‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 138 sur 167 · TRIPITA · texte numérisé non relu

TRIPITA

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çràvastî, à Jetavana, dans lejardin d’ Anâthapindada .

Or, en ce temps- là, à Çràvastî, le roi Brasenajit de Koçala exerçait la royauté (10)... Roi jouissant et junte...

Cependant, il joue avec sa reine, se livre au plaisir, s’empresse autour d’elle ; à force de jouer, de se livrer au plaisir, de s’empresser autour d’elle, l’épouse devint enceinte. Quand huit ou neuf mois furent passés, elle accoucha et donna naissance à un fils couvert de vêtements jaunes, ayant la tenue d’un Çramana et le souvenir des existences (antérieures). A peine né, il fit celte question : « Bhagavat est-il ici à Çràvastî (aussi bien que) Çàiâputra, Maudgalyàyana, Kàçyapa, Ananda, et les autres grands auditeurs? » — La mère, tout étonnée et ravie, lui dit : « Mon fils, Bhagavat est ici à Çràvastî et les grands auditeurs y sont aussi ».

La chose fut annoncée au roi Brasenajit : « Ton fils^ (lui dit-on) est couvert de vêtements jaunes, il a la tenue d’un Çramana et se rappelle les existences (antérieures), il demande des nouvelles de Bhagavat et des grands auditeurs ». Alors, le roi Brasenajit de Koçala, pour le bien de son fils, invita Bhagavat avec la confrérie de ses auditeurs au repas (de midi).

Bhagavat, donc, entourée d’une troupe de Bhixus, suivi de la confrérie des Bhixus, se rendit à la salle à manger du roi Brasenajit. Quand il y fut arrivé, il s’assit en tête de la confrérie des Bhixus sur un siège préparé pour lui ; alors le roi Brasenajit de Koçala, prenant son fils dans ses bras, le présenta à Bhagavat : « Voici mon fils, Bhagavat ! A peine né, il se souvient de Bhagavat et des grands auditeurs » . — Alors Bhagavat s’adressant à l’enfant (royal) : « Bonne santé, Tripita ! » lui dit-il; — « Salut, Tathàgata

1 Ces mois ne sont pas dans le sanskrit, sans doute, par oubli. — Il faut les rétablir.

AVADÀNA- CATAKA IX, 4, (84) 310

Arhat, parfait Buddlia ! », répondit l’enfant. Le roi Prasenajit fut dans un suprême étonnement.

Lorsque (l’enfant) eut sept ans, il se lit initier à l’enseignement de Bliagavat; il était (déjà) vêtu d’habits jaunes L A force d’application (23)... Arrivée à Vétat cV Arhat.. .

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui détruit tous les doutes : « Quels actes, ô vénérable, Tripita avait-il faits pour naître couvert d’habits jaunes, avec la tenue d’un Crama na et le souvenir des existences (antérieures), et pour que, âpre? son initiation, l’état d’ Arhat ait été manifesté pour lui ? »

Bhagavat répondit : « Bnixus, Tripita, dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration. . .

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le Buddha nommé Kâçyapa parut dans le monde (14) Apparition d’un ancien Buhdha...

Étant entré à Bénarès, il résidait à Rsipatana, dans le Mrgadàva.

Or le fils du roi Krkî^ vint à Rsipatana. 11 y vit donc le Buddha (16)... Description physique du Buddha...

Dès qu’il le vit, de bonnes dispositions naquirent en lui ; en raison de ces bonnes dispositions, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Bhagavat, connaissant ces dispositions natives, son repentir son caractère propre et son naturel, lui fit une instruction sur la loi, si bien propre à dégoûter du Samsâra que, après l’avoir entendue, pénétré des défauts du Samsâra, pénétré également des qualités du Nirvana, il fit au roi cette demande : « Permets, cher (père), que je me fasse initier à l’enseignement de Bhagavat ». — Le roi répondit ; « 11 ne m’est pas possible de le faire; le jour n’est pas loin où tu dois être sacré jeune roi ». — -Le prince répartit : « Merci bien de la royauté, où les défauts abondent, où la loi est pervertie! 11 faut absolument que je me fasse initier à l’enseignement de Bhagavat ».

* La phrase est très laconique dans le sanskrit [lai : ca hasâ’jai ! prâvrta ;) Le tibélain est plus explicite et la construction qu'il donne à toute la phrase est plus significative : « ayant un manteau de religieux, vu qu’il était vêtu de ces (habits) mêmes, il se fit ini'ier à l’enseignement de Bhagavat. »

2 II y a ici Krmî dans le Manuscrit népalais : le Kandjour a toujours Krilci i. Je rétablis Krhi par les raisons déjà données.

ANNALES DU MUSEE G U IM ET

Ps’in’ant pu obtenir rautorisatioii de son père, il jeûna une première fois, puis une deuxième et une troisième fois, enfin il jeûna jusqu’à six fois. Alors ses compagnons^ firent au roi cette demande : « Seigneur [nous t’en supplions], autorise le jeune prince à se faiie initier, de peur qu’il ne meure ». — Alors le roi donna son consentement à son fils, et, lui faisant faire une promesse, lui dit : « Ne te présente plus devant nous, tant que tu n’auras pas lu entièrement les trois corbeilles - ».

Lui donc, ayant la permission de son père, fut initié à l’enseignement de Bhagavat. A force d’application, d’énergie, d’activité, il eut bientôt lu entièrement les trois corbeilles^. Il n’avait (plus d’autre) désir que celui de l'application (à la vertu) et de la délivrance, (ne parlait pas d’autre chose que) de la loi ; cette pensée lui vint alors à l’esprit : « Si je dégageais ma promesse antérieure ! » Il vint donc en la présence de son père qui lui demanda : « (ju’est ce mon fils? As-tu lu quelque chose ?» — « Les trois corbeilles », répondit il. — Il fit alors à son père un tel exposé de la loi que, après l’avoir entendu, le roi fut transporté. Des dispositions favorables naquirent en lui, et il dit : « Mon fils, que te faut- il ?» — c Je désire, répondit le fils, inviter Bhagavat avec la confrérie de ses Bhixus et les couvrir des six ustensiles (pariskàrâ). — Le roi répondit : « Fais selon ton désir; la résidence royale est assez vaste ».

Alors Tripita, avec des aliments purs, rassasia Bhagavat et les vingt mille personnes qui l’accompagnaient ; (en même temps) chacun des Bhixus fut couvert des six ustensiles. Ensuite, tombant aux pieds (de Bhagavat, Tripita) fit un pranidhàna : « Puisque maintenant, non sans grande peine, j’ai obtetenu l’initiation et rendu hommage au Tathàgata, ainsi qu’à la confrérie des auditeurs, puissé-je par cette racine de vertu, par cette production de pensée, par cet abandon conforme à la loi du sacrifice, puissé-je, à chaque nouvelle naissance, oû qu’elle se produise, être couvert d’habits jaunes, avoir la tenue d’un Çramana, et le souvenir des existences (antérieures).

Bhagavat ajouta : « Que pensez vous, Bhixus ? Celui qui, en ce temps là.

* « Ses égaux par l'âge, » le tibétain dit : « ses commensaux ».

2 Jraya ; pitakâ : le corps complet des écritures bouddhiques, le Tripilaka.

* Yuktamuktàbhilâfi, expression singulièrement faite, où le mot j/i/Àfa surtout nous embarrasse : le tibétain le rend par rig-pa (« science », qui traduit ordinairement vidyù. Le mot correspondant à abhil(hi est smra-va (« parlant de »), réj>ondant sans doute à la leçon abhilàpl.

AVADÀNA -ÇATAKA IX, 4, (S4)

à cette époque-là, fut le fils de KrkP, c’est ce Tripita. C’est par cette cause qu’il est né dans la maison d’un roi opulent, fils beau, admirable, charmant, ayant le souvenir des existences antérieures.

C’est que, Bliixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes bleuies et actes noirs...

Ainsi parla Bhagavat (2),..

Le Tripita-avadâua est le vingtième récit du Ratna-av-mfdà (fol. 192-202). En voici l’analyse.

Règne heureux de Prasenajit : sa passion pour la reine. Naissance d'un fils d'une beauté supérieure, vêtu d’habits jaunes, ayant la tenue d’un Çraraana et la mémoire des naissances. Il s’informe du Ruddha et de ses disciples ; la mère répond à ses questions et reste confondue. Elle fait avertir le roi et, quand il est venu, lui montre l’enfant. Qu’estque cet enfant ? Est- ce un Deva, un Dânava, etc., etc. ? Mais le roi est aussi embarrassé que sa femme, qui lui conseille de consulter le Buddha. Après avoir donné huit nourrices à l’enfant, il va avec une nombreuse suite inviter le Buddha et sa confrérie à dîner. Pendant qu’il fait préparer le repas, le Buddha arrive avec sa suite. Réception qui lui est faite. Après le repas, le roi montre son fils au Buddha et lui demande ce que signifient les particularités que le distinguent. La Buddha souhaite bonne santé à l'enfant qu’il appelle Tripita et qui répond par un salut au Buddha, chacun s’exprimant en un ç-loka sous une forme plus verbeuse que dans l’Avadâna-Çataka.

Iæ Buddha recommande au roi de bien garder son enfant pendant six ans afin que, arrivé à sa septième année, il soit initié, et devienne un saint. Le roi répond en demandant pardon d’une offense qui n’est pas spécifiée (^tout ce développement ne se trouve que dans le Ratna-av.-mâlâ et paraîtêtre une réminiscence du Sumanâ-avadâna).

Après avoir bien profité pendant six ans, l’enfant arrivé à sa septième année demande à ses parents la permission de se faire initier. Désespoir des parents : le père voudrait bien refuser et ne peut retenir quelques paroles contre l’initiation dans un âge si tendre ; mais les circonstances de la naissance et les paroles du Buddha lui dictent sa réponse ; il consent. Tripita va trouver le Buddha ; description détaillée de son initiation, et de son arrivée à l’état d’Arhat.

Doute et question des Bhixus. — Réponse du Buddha,

Le Buddha Kàçyapa était à Bénarès. Le fils du roi Krkî rencontre le Buddha et s’approche de lui : discours du Buddha (sept çlokas). Le prince déclare prendre son refuge en Buddha, et Kàçyapa lui annonce qu’il ne peut se faire initier sans la permis sion de ses père et mère. Le prince s’empresse de solliciter l’autorisation de son père. Celui ci refuse et oppose à l’initiation les avantages, même religieux, qu’on peut obtenir

1 II y a bien ici Krkî dans le Manuscrit népalais.

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE OUIMET

par la royauté (dix çiokas). Désespoir du prince ; ses réflexions. « Il passe une journée à se rappeler le Jina en renonçant à toutes les jouissances. » Un de ses amis lui demande la cause de son chagrin. Le prince lui expose les motifs qui le poussent cà demander l’initiation et le prie d’obtenir la permission de son père (sept çiokas). — L’ami du prince exécute le message et tâche de fléchir le roi en faveur de son fils qui « est resté un jour sans manger ». Le roi, décidé à sacrer son fils comme jeune roi, demeure inflexible. L’ami du prince, en lui rendant compte de sa démarche infructueuse, l’engage à se soumettre et à ajourner le moment de son initiation. Mais le jeune homme désespéré jeûne encore ce jour-là, puis le troisième et jusqu’au sixième jour. Les amis du prince fort inquiets vont ensemble trouver le roi, lui apprennent la situation de son fils et sollicitent pour lui la permission désirée. Krki cède, mais déclare qu'il ne veut pas revoir le prince, tant qu’il n’aura pas lu les trois corbeilles.

Le prince se rend au Mrgadâva, résidence du Buddha, se fait initier, est bientôt versé dans les trois corbeilles, et va trouver son père pour l’instruire. Le père réjoui demande ce que son fils désire; celui-ci demande la faveur de recevoir le Buddha avec sa con • frérie à dîner et de faire don à tous les Bhixus des six ustensiles. Le roi consent. Kâçyapa arrive avec une suite de 20.000 personnes. Le prince les nourrit, donne à chacun les six ustensiles et, se prosternant devant le Buddha, fait le vœu de naître toujours avec la tenue d’un Çramana, ayant le souvenir des existences antérieures.

Tripita n’est autre que ce fils du roi Ki kî.

Page 1