YAÇOMITRA
— Ami de la gloire —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çràvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.
Or, il y avait à Çràvastî un négociant riche (9)... Personnage riche...
En ce teinps-là, une famine cruelle désolait (le pays) ; le mendiant obtenait diftîcilement son aumône. Et les devins avaient fait cette déclaration : « le ciel n’enverra pas de pluie n .
Cependant l'épouse du marchand devint enceinte. Après huit ou neuf mois écoulés, elle accoucha et donna naissance à un fils beau, admirable, charmant. Le jour où l’enfant naquit, ce jour-là même, la sécheresse prit fin; et tout Çràvastî fut rempli de la gloire de cet (enfant). On fit une fête à l’occasion de sa naissance, et on lui donna un nom : « Quel sera, dit-on, le nom de cet enfant ?» — Les parents dirent : « Puisque sa gloire s’est répandue partout, que le nom de cet enfant soit donc Yaçomitra (Ami de la gloire) ».
AVADÂNA-GATAKA IX, 5, (85)
L’enfant Yaçomitra fut confié à huit nourrices (T)-.. Education brillante.
Quand l’enfant Yaçomitra fut devenu grand, une affaire quelconque l’amena à Jetavana. Il y vit le Buddha (16)... Description physique du Buddha...
Il ne l’eut pas plus tôt aperçu que de bonnes dispositions* naquirent en lui. En vertu de ces bonnes dispositions, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Bhagavat lui fit un exposé de la loi si bien propre a détourner des passions du Samsara que, après l’avoir entendu, voyant les défauts du Samsara et les qualités du Nirvâna, il sollicita l’autorisation de ses père et mère et se fit initier à l’enseignement de Bhagavat.
A force d’application (23)... Arrivée à l'état d' Arhat...
De ses deux dents principales ^ coule une eau formée de huit éléments en sorte que jamais il ne souffre de la soif. Au temps des chaleurs, quand les Bhixus, dévorés de soif, descendent, pour avoir de l’eau, au lieu de réunion de la confrérie^, lui, il ne descend pas. Alors les Bhixus qui le connaissent le mieux ^ lui disent ; « D’où viens-tu que tu ne souffres point de la soif? » — Lui leur répond : « De ces deux dents principales que j’ai là coule une eau formée de huit éléments, grâce à laquelle je ne souflVe pas de la soif. »
A ces mots, les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes : « Quels actes, ô vénérable, Yaçomitra avait -il fait pour être beau, admirable, charmant, pour qu’une eau formée de huit éléments coule de ses dents principales, et que, après son initiation, l’état d’Arhat se soit manifesté pour lui.
Bhagavat répondit : « Yaçomitra, Bhixus, dans ses existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration...
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce même Bhadrakalpa où nous sommes, le Buddha nommé Kâçyapa (14).., Apparition d'un Buddha ancien... parut dans le monde. Le bienheureux Buddha, étant entré dans la ville de Bénarès, résidait à Rsipatana, dans le Mrgadàva.
1 Prasâda, tib. dad-pa « foi ».
2 DaîTistràbhyâm, les canines supérieures {?).
3 Anga (« membre »), en tibétain yan-lag.
Littéralement ; « ils descendent dans la confrérie » ; le texte n’emploie que le mot san^/îa/Ti (tib. : dge ’dun); et ce terme désigne une réunion de personnes, et non un lieu, proprement.
5 Supremakâ, tib. : vçes-pa.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Or, im fils do Çresthi fut initié en présence d’un vieux Bhixu. Il était indolent, et n’avait aucune prévenance pour ceux avec qui il se trouvait. Ses compagnons dans l’exercice de la pureté le désignèrent pour le poste d’honneur auprès du Sthavira. Mois lui, s’imaginant que c’était lui-même qui avait la place éminente, prenait })Our soi les hommages rendus (à son maître) par les plus vieux Bliixus. Ses racines de vices étaient intiniesh
Enfin, par la suite, il tomba en langueur. Le Sthavira, par ordonnance du médecin, lui fit prendre du beurre clarifié. Pendant la nuit, il eut soifj bien embarrassé, il se dirigea vers son réservoir en se disant «je boirai de l’eau »; mais il le trouva sec : il alla de même à celui des docteurs et des précépteurs, et jusqu’à celui de la confrérie; mais il le trouva également à sec. Enfin il se rendit à l’eau du fleuve; le lleuve lui-même était à sec. Tout consterné, et, pour consterner également ses compagnons dans l’exercice de la pureté, alin de (leur) montrer toute la valeur du don qui doit être fait avec foi, il avisa un arbre qui était de l’autre coté du lit du fleuve et, v fixant une bande (d’étoffe) de coton, il monta dessus. « Mes actes sont à moi r, se dit-il, et il resta là occupé à revenir ([nr la pensée) sur ses actions.
Le lendemain, aux premières lueurs du jour, il fit savoir à ses compagnons dans l’exercice de la pureté ce qui lui était arrivé. Ses compagnons dans l’exercice de la pureté, avant appris son cas, furent consternés, et en répan dirent le bruit de coté et d’autre. Alors son précepteur lui fit apporter de l’eau ; mais il ne la vit pas non plus. Tout bouleversé, le ([irécepteur) en informa le bienheureux Kàçjapa.
Le bienheureux Kàçvapa dit : Qu’on fasse résonner la gandi. — Alors le gardien (du Vihara) fit résonner la gandi ; (aussitôt) la confrérie des Bliixus, se réunit ayant le Buddha à sa tète. Le bruit s’en répandit de toutes parts dans la ville de Bénarès, et plusieurs centaines de milliers d’êtres y accoururent en foule.
Cependant le précepteur fit asseoir le (Bhixu) sur un siège honorable®, et, lui mettant entre les mains une calebasse pleine d’eau, lui dit : « Mon fils.
‘ Le tibétain déplaçant la négation dit ; « ses racines de vertu étaient épuisées. »
2 Ou « élevé ». VrddhdCe, ternie qui s'est déjà [irésenlé dans le 40'“® récil où il était écrit huddhdnte. On [lourrait supposer Buddhàntike (« en face du Buddha ») ; mais le tibétain traduit gral-dpoyi (« siège supérieur »); je \\& vy'ddhûsane.
AVADÂNA-ÇAT.UvA IX, 5, (85)
distribue cette eau à la confrérie ». Lui doue, voyant comme devant ses yeux le fruit (de son action), sous le coup même de cette émotion éprouva de bonnes dispositions^ envers le Buddha et ses auditeurs, et, avec le plus grand entrain, se mit à distribuer l’eau à la confrérie. Alors Bliagavat, avançant son bras semblable à la trompe de l’éléphant, lui fit la grâce de prendre de l’eau avec cette main qui rassure les (plus) épouvantés ^ ; les grands Çrâvakas en prirent aussi : et elle ne s’épuisa pas. Finalement cette eau fut distribuée parmi toute la confrérie, et néanmoins elle ne s’épuisa pas.
A la vue de cette merveille, de ce prodige qui incline à la foi les dieux et les hommes, des centaines de milliers d’êtres obtinrent la vue des vérités, et des racines de vertu furent renouvelées dans le terrain de la nature morale de ce (Bhixu). Lorsqu’il fut sorti de sa langueur, la confrérie des Bhixus avec le Buddha en tête n’eut plus à avoir aucun souci pour l’eau à boire ; car ce fut lui qui, pendant douze mille ans, fit à la confrérie la distribution de l’eau. Quand fut arrivée l’heure, le moment de sa mort, il fit ce pranidhâna : « Puissé-je par cette racine de vertu, par cette })roduction de pensée, par cet abandon conforme à la loi du sacrifice, quand celui que le bienheureux Kaçyapa a déclaré son disciple supérieur (uttara), en disant : au temps où les créatures vivront cent ans, tu seras, disciple, le Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha appelé Çâkyamuni, puissé-je me concilier sa (faveur) et ne pas me l’aliéner ; et puisse de mes dents principales sortir une eau douée des huit qualités ! »
Bliagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus ? Celui qui en ce temps-là, à cette époque- ià, était devenu bhixu, c’était ce(Yaçomitra)^. C’est pour avoir pendant deux mille ans distribué de l’eau à la confrérie et avoir fait le pranidhâna que, dans sa naissance actuelle, une eau formée de huit éléments sort de ses dents principales ; et c’est par cette cause aussi que l’état d’Arhat s’est manifesté pour lui .
* Samvegena; le con’espoudaiit tibétain ski/o (« tristesse ») indique la nuance de « repenlir. »
2 Prasâda, rendu en tibétain par dad-pa (« foi »).
3 II n’y a pas de superlatif dans le texte sanskrit; mais le tibétain a thams-cad (tous), qui en tient lieu.
■* Il y a dans le Manuscrit népalais : yo... bhixurâsîd aliam sa : « Celui... qui fut le bhixu, c'était moi », leçon absurde due évidemment à l’inattention d’un co]>iste. Ayant à écrire Yaçomitro ayamsa : il a omis Yaqoinitro et écrit ahaînsa : qui revient assez fréquemment daus les phrases analogues à celle-ci et ne diffère que par une lettre de ayamsa :
ANNALES Uü MUSEE OUIMET
C’est que, Bhixus, les actes enlièreineiit noirs (5)... Actes blancs et actes nou's...
Ainsi parla Bhagavat (2)...