‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 151 sur 167 · STHAVIRA · texte numérisé non relu

STHAVIRA

Le bienheureux Buddha (1)..., étant entré à Râjag'rha, résidait dans le bois de Bambous, dans l’enclos du Kalandaka.

Un Çresthî riche... (9) Description d un homme riche... épousa une femme... (G) Mariage... A force de jeu, de plaisir, d’empressement, sa femme devint enceinte, mais elle n’accoucha pas. 11 recommença à jouer avec elle (6)... un fils naquit ; mais le premier fœtus paraissait être resté dans le sein de la mère. Depuis, dix fils naquirent successivement; et néanmoins le premier fœtus était toujours dans le sein de la mère.

Enfin, l’épouse du maitre de maison tomba en langueur. On eut beau lui prodiguer des soins (lui administrer) des racines, des tiges, des fleurs, des feuilles, des fruits, (toute sorte de) médicaments, son mal ne se calma pas. Quand les douleurs de l’agonie se manifestèrent chez elle et que l’on dit : « elle va mourir », elle parla à son mari en ces termes : Sache-le bien, fils d’Arya, mon premier fœtus est toujours ici : Quand je serai morte, ouvre mon côté droit avec un instrument tranchant et retire l’enfant qui est venu le premier; puis elle ajouta :

Tout amas finit par la dispersion; toute élévation finit par la chute; toute union finit par la séparation; et la vie finit par la mort*.

Ces paroles prononcées, elle subit la loi de la mort.

Quand elle fut morte, on la plaça sur une civière ornée d’étoffes violettes, jaunes, rouges, blanches, et on la porta dans la forêt froide, au cimetière. (Puis) on manda Jîvika, le roi des médecins.

Ce bruit se répandit de toutes parts dans la ville de Râjagrha : « il y a tant d’années, la femme une telle a eu un fœtus; il lui est né dix autres enfants,

1 Cette stance revient plus d'une fois dans les textes. (Voir l'anaiyse du Kandjour, Annales du Musée Guimet, t. II, p. 154, note.) Le Ms.de l’Avadâna-çat. nous 1a donne tronquée et altérée; celui du Kalpa dr -av. nous permet de la rétablir. En voici le texte:

Xayàntâ nicayd : sarre | patanântds ; amucchrayâ : |

Samyogâ viprayogdntâ [ maranànt'am hi jivitatn \

AVADÂNA-ÇATA K A X, 2, (92)

mais le fœtus qui s’était formé le premier n’est pas sorti. Aujourd’hui Jivika, le roi des médecins, va ouvrir avec un instrument tranchant le flanc de la morte pour en tirer l’enfant constitué le premier de tous.» — A l’eiiiede cette nouvelle, plusieurs centaines de milliers d’êtres, (poussés) par la curiosité, se rassemblèrent dans la forêt froide du cimetière, (parmi eux) les six (docteurs) fiers de leur science^ Pùrana et les autres.

Alors Bhagavat, s’adressant à l’Ayusmat Ânanda, dit : «Va, Ânanda, dis aux Bhixus : Bhagavat ale désir de faire une promenade au cimetière; que celui qui a le désir de voir des merveilles vienne (aussi) ! » Ensuite, Bhagavat, entouré d’AJhàtà Kaundinya, de Vâspa, de Mahânàma, d’Aniruddha^, de Çâriputra, de Maudgalyâyana, de Kâçyapa, d’ Ananda, de Revata et des autres grands auditeurs se rendit à la forêt froide, au cimetière. La foule, apercevant Bhagavat, s'ouvrit (pour le laisser passer).

Alors Jivika perça le côté droit de la femme; et un enfant^ en sortit de lui-même, (enfant) à rides et à cheveux blancs, aux membres vieillis, aux sens émoussés, grêle et infirme. A peine sorti, iljeta un regard sur la foule et fit entendre ces mots : « Messieurs, ne laissez jamaisAchapper une parole dure contre vosgurus, ceux qui tiennent la place de vos gurus, vos pères et mères, vos précepteurs, afin de ne pas subir une situation telle que la mienne ; car, pendant soixante ans, j’ai demeuré entre l’intestin grêle et le gros intestin.» Ces mots prononcés, il garda le silence.

Alors Bhagavat interpella les Bhixus : « Bhixus, soyez rassasiés de toutes les productions de l’existence, soyez rassasiés de tous les appareils des productions de l’existence, puisque telle est la condition d’un être arrivé à sa dernière existence ! » — Bhagavat, s’adressant alors à l’enfant : «Enfant, tu es un vieillard (Slhaviraka) » — «Bhagavat, je suis un vieillard.» — «Enfant, tu es un vieillard? » — « Je suis un vieillard, Sugata. » — Làdessus on lui donna le nom de Sthaviraka.

* Je traduis ainsi j îiâstrpratij nâs, lisant jnàna au lieu de jnûstr ... Ce terme n’est pas représenté, non plus que le reste de la phrase, dans le tibétain qui dit simplement : « les six, Pùrana à leur tète, se rassemblèrent par curiosité dans la forêt froide du cimetière. »

* Le Ms. népalais porte Yibuddha, mais le Kandjour donne la traduction habituelle du nom de Aniruddba.

3 Je traduis le tibétain klujeu; car il n’y a dans le sanskrit aucun terme, probablement par la négligence du copiste. Le Kalpa-druma-av. dit sans doute avec plus de raison : « Un homme exigu, un nain » {puruso hrasvo).

annai.es du musée gui met

Alors Bhagavat fit, à ce propos, une démonstration de la loi telle que, après l’avoir entendue, les êtres, profondément émus, atteignirent par centaines la grande distinction (maliâviçesa :).

Après dix années de séjour à la maison, âgé de soixante-dix ans, il se fit initier à l’enseignement de Bhagavat. Il se relira sur la montagne du pic des vautours avec vingt-cinq Bhixus^, pour y passer la saison des pluies. Le Sthavira delà confrérie fit cette recommandation : « Que nul ne se comporte en homme vulgaire ! »

Après trois mois écoulés, (les) vingt-quatre Bhixus avaient obtenu la qualité d’Arhat; Sthavira seul restait à l’état d’homme vulgaire. Alors le Sthavira de la confrérie, au moment de l’exercice, le chargea d’un blâme sévère et le mit hors de la réunion. Il se munit d’une arme tranchante, entra dans une caverne, et (là), pleurant, il se lamenta de plusieurs manières. Il disait :

Une forêt brfile en entier, les arbres sont détruits (?) noais cet esprit de péché, il n’y a pas moyen d’en être délivré, même aujourd’hui.

Les bruits des eaux et des montagnes viennent à se calmer, les eaux courantes finissent par s’épuiser;

mais cet esprit de péché, même aujourd’hui, il n’y a pas moyen d’en être délivré.

Ces oiseaux sortis de l’œuf se fatiguent et leur voix s’affaiblit; mais cet esprit de péché, même aujourd’hui, il n’y a pas moj'en d’en être délivré.

Ce feuillage a beau être vert, l’arbre perdra son feuillage; mais cet esprit de péché, même aujourd’hui, il n’y a pas moyen d’en être délivré.

Les Sthaviras dispensateurs de la doctrine sont partis pour aller les uns d’un côté, les autres d’un autre;

mais cet esprit de péché, même aujourd’hui, il n’y a pas moyen d’en être délivré. ®

— C’est à l’arme tranchante que je me consacre ; à quoi bon la vie?

Puisque je ne suis qu’un homme vulgaire, comment puis-je me rendre auprès

du maitre?

1 La suite montre qu’il faut entendre qu'il était lui viug-t-r.inquiéme avec vingt-quatre autres Bhixus.

- Pavatâpiparihrtû ; Il y a, dans le Kalpa^druma-av. jjaruatâ; pi palikrtâ : — Je prends p/rri-atâ dans le sens de « arbres ». — La traduction tibétaine, rc-rnams sem-por gyur-zin-nn, ne m'est d’aucun secours; elle ne m'offre pas un sens clair et en rajijiort avec le sanskrit.

3 Celte stance n'est pas dans le sanskrit; da is le Kalpa-dr.-av. elle est remjilacée par celle-ci dont l’ancienneté me paraît plus que douteuse ; Que ferai-je? où irai-je? Je ne puis être délivré de mon péché. Quand pourrai-je, délivré du péché, aller dans Sukhavalî?

AVADÂNA -GATAKA X, G, (96)

pendant cinq cents naissances, il a été atteint de clous, dont il mourait et c’est par cette même cause qu’il a un corps tel (que celui que vous avez vu). Plus tard, avec ses égaux et ses compagnons, il se fit initier sous le bienheureux Kûçvapa, et alors ils gardèrent fidèlement l’habitation dans la pureté. C’est à cause de cela que maintenant l’état d’Arhat s’est manifesté pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes enlièrement noirs (5)... Actes blancs et actes noirs...

Ainsi parla Bhagavat... (2)...

Rapprochements et remarques

I. Eugène Burnouf adonné la traduction du dialogue de Guptika et de ses compagnons dans V Introduction à l'histoire du Buddhisme indien. (Réimpression p. 453-4).

II. 11 ne faut pas croire que l’enseignement donné par Guptika à ses compagnons et qui roule sur les « cinq aggrégats » {pauca-skandha) lui soit personnel. C’est une théorie du Buddha, qui revient nombre de fois dans les textes pâlis, notamment dans le Samyutta- Nikâja, et toujours formulée dans les mêmes termes. Guptika la tenait certainement de son maître, ou, s’il l’avait découverte par lui-même (ce que la teneur de notre récit sanskrit permet de supposer), il la devait à sa qualité d’Arliat, à sa possession delà Bodhi, qui est la possession même de la vérité. Du reste, un passage du récit (p. 405, 1. 3 en remontant,) indique assez que cette doctrine émanait du Buddha.

II. Ces « cinq aggrégats, » comme on les appelle ordinairement (il vaudrait mieux dire « l’aggrégat des cinq »), sont un des sujets les plus importants de l’enseignement bouddhique. Le Buddha j revient toujours pour démontrer et affirmer qu’ils sont impermanents, qu’ils ne sont pas le moi. Mais il y a une chose dont il se met beaucoup moins en peine, c’est de nous dire en quoi consistent ces « cinq aggrégats », de nous en donner la définition. Je ne puis discuter ici ces différents termes et les interprétations qu’on en a données. J’ai traduit Râpa, le premier des cinq, par « forme, » Vedanû, le deuxième par « sensation, » Sanjùâ, le troisième par « connaissance complexe (ou synthétique) », Samskâras, le quatrième par « les composés », Vijnânam, le cinquième par « connaissance analytique ». Je crois que ces traductions rendent bien le sens propre de cés cinq termes. Je ne puis songer à les justifier ici; mais, comme j’ai rencontré un texte, le seul, a ma connaissance, qui donne une définition de chacun des termes du Panca-Skandha, je crois devoir en essayer ici une traduction. C’est un fragment du 79^ Sûtra du Khandha-

* Le Ms. porte kiniibhl ; tldyamln i : kâla.n krtavân’, je lis gandâbhi : au lieu de kanâbhi. — Mais le libétaiu ne ren l pas ce terme p>r un mot qui si^'iiifii « clou »; il emploie Icags (îer) qü'il faut peut-être lire Icag (coup) et dit ; Icags og -ta-qi-o ; « il mourait sous le fer » ou « sous les coups » . Peut-être cela est-il préférable. Il est possible que le texte ait varié en cet endroit.

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE OUIMET

Samyutta, première section de la troisième partie du Samyutta-Nikâya. Ce Sùtra est intitulé Khajjanija. Voici le passage qui nous intéresse.

1. Bliixus, que diriez-vous qu’est la «forme » (rwpa)? — Le (sujet) est formé, Bhixus ; c’est pour cela qu’on dit « la forme. » — Par quoi est-il formé? — 11 est formé par le froid, il est formé par le chaud, il est formé par la faim, il est formé par la soif, il est formé par le contactées taons, des cousins, du vent, du soleil (brfdant), des serperas. — Il est formé, c’est pour cela qu’on dit « la forme ».

2. Que diriez -vous, Bhixus, qu’est la sensation {Vedanâ)!. — Une sensation est éprouvée, c'est pour cela qu’on dit sensation. — Qelle sensation éprouve-t on? — On éprou e une sensation de plaisir, une sensation de douleur, une sensation sans plaisir ni douleur, mais on éprouve une sensation, c’est pour cela qu’on dit « sensation ».

3. Que diriez -vous, Bhixus, qu’est la connaissance complexe [Sanjnti) ? — Le (sujet) connaît bien. — Que connaît-il bien? — Il connaît bien le noir, il connaît bien le jaune, il connaît bien le rouge, il connaît bien le blanc. 11 connaît bien, c’est pour cela qu’on dit « connaissance complexe (ou complète?) ».

4. Que diriez-vous, Bhixus, que sont les composés (SansMras)? — Bhixus, ils composent le composé, c’est pour cela, Bhixus, qu’on dit les composés. — Et quel composé composent- ils? — Ils composent la forme composée selon la forme, ils composent la sensation composée selon la sensation, ils composent les composés, composés selon la composition, ils composent la connaissance analytique composée selon la connaissance analytique. Ils composent le composé, c’est pour cela, Bhixus, qu’on dit les « composés ».

5. Que diriez-vous, Bhixus, qu’est la connaissance analytique (Vijnâna) ? — Le (sujet) connaît distinctement, Bhixus ; c’est pour cela qu’on dit connaissance analytique. — Que connaît-il distinctemjiit? — 11 connaît distinctement l’acide, il connaît distinctement l’amer, il connaît distinctement l’astringent, il connaît distinctement le doux, il connaît distinctement le fort, il connaît distinctement le salé, il connaît distinctement le non salé. 11 connaît distinctement; c’est pour cela, Bhixus, qu’on dit la « connaissance distincte ou analytique ».

D’après cela, le premier Skandha est ce qui subit l’action des agents extérieurs, le deuxième est la faculté de jouir et de soufi’rir, le troisième est la perception des couleurs, le cinquième la perception des saveurs, le quatrième (qui devrait venir le dernier) est une sorte de combinaison des quatre autres, en même temps qu’il a son objet propre. Le système qui voit, dans le premier Skandha, le corps, et dans les autres, des facultés de l’àme, semble par là justifié; mais il l’est d’une façon singulière et inattendue.

Du reste, pour bien se rendre compte de ces définitions, il faudrait avoir les explications du commentaire. 11 faudrait surtout rencontrer d’autres définitions des cinq Skandhas pour voir si elles concordent entre elles et avec celle-ci. Le cas existe déjà pour le deuxième Skan’dha, la sensation (Vedand). Ce que dit notre texte est répété bien des fois; l'accord sur ce point est complet; c'est une présomption en faveur de son existence sur les autres. Mais cette présomption ne suffit pas. Je pourrais, malgré l’insuffisance des textes, me livrer à des réflexions sur ce sujet. Mais cela serait en dehors du plan que

AVADÂNA-GATAKA X, 7, (97)

je me suis tracé, et j’arrête ici cette digression déjà trop longue sur cette matière, très importante d’ailleurs, mais très difficile, des cinq Skandhas.

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