‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 152 sur 167 · VIRUPA · texte numérisé non relu

VIRUPA

Le bienheureux Buddha (1) résidait à Çràvastî, à Jètavana, dans le iardin d’Anâthapindada.

Il y avait un maître de maison^ riche... (9) Dsscription dhin homme riche. Il épousa une femme... (6) Mariage fécond... Il lui naquit un fils qui vint au monde avec un corps tout couvert de difformités. L’enfant était laid, repoussant, remarquable par dix-huit défectuosités physiques. En voyant combien tous ses membres étaient laids et repoussants, combien il était difforme, son père et sa mère furent absorbés dans leurs réflexions.

On célébra une fête à l’occasion de sa naissance, et on lui donna un nom. « Quel sera, dit -on, le nom de cet enfant? » — Les parents dirent : « Puisque, dès sa naissance, il est laid et difforme, que son nom soit donc Virûpa (« laid » ou « difforme ») ! »

Quand il fut devenu grand, la honte qu’il éprouvait lui causa de grandes angoisses : « En quel autre lieu irais-je bien? (se dit-il), où pourrais-je résider? » — Après avoir délibéré, il se rendit dans un parc abandonné (Sujîrna ^).

Or, Bhagavat, entouré de ses grands auditeurs, vint dans le parc abandonné Lui, apercevant Bhagavat, fut rempli de honte, et alla de côté et d’autre cherchant à fuir. Mais Bhagavat, par sa puissance surnaturelle, le fixa sur place si bien qu’il ne put s’enfuir. Bhagavat, avec ses grands

1 Ce début u’est pas dans la forme h ibituelle; il semble qu'il y ait quelque chose d'omis. Le tibétain dit ; « En ce temps-là, au pays de Bharga, il y avait un maître de maison, etc.

2 Sujirna signifie « bien vieux ». Je l’ava:s d'abord pris pour un nom propre, et je ne suis pas bien sûr que ce n’en soit pas un; mais les indices habituels manquent, et le tibétain, en ajoutant l'article indéini, en fait un véritable qualificatif; seulement, je ne puis compendre l'interprétation qu'il en donne. Il traduit par du/'i-ÿaÿ, — Yag a bon «répond au sanskritsw; mais comment expliquer duA « écaille, trompette «'peut-être « chancelant, vacillant »? — En lisant dur on aurait le sens de « tombe, sépulture », ce qui ferait considérer le parc dont il s'agit comme un cimetière ; mais il est difficile d'arriver grammaticalement à ce sens, même en faisant cette correction que rien n'autorise d'ailleurs,

* Jusqu'ici tout ce commencement est rédigé d'une manière un peu différente dans le Kaudjour. Les deux textes reprennent ensuite leur co'incidence ordinaire.

auditeurs, obtint alors l’état parfait d’obstructiou (Nirodhasamâpatti, . Ouaiul il sortit de (cet état d’) obstruction, il prit lui-même la forme de Virû^ . , une fois transformé de la sorte, il se munit d’une écuelle remplie d’aliments, et quand il se vit près de Virùpa, il fut dans le ravissement et l’appela en ces termes : « Arrive, ami! d’où viens-tu? Arrête, nous sommes tous deux compagnons et camarades. » En disant ces paroles, Bliagavat lui offrit de la nourriture, et il eut les sens réjouis.

Alors Bhagavat se présenta (de nouveau) sous sa forme propre ; et Virùpa, voyant le bienheureux Buddha, lui dit ; « Tues maintenant beaucoup plus beau; par l’influence de quel acte? « Bhagavat répondit : « Je possède une science appelée « la mère qui enfante les bonnes dispositions d’esprit » (Gittaprasâdajàtajananî^) ; c’est par son influence. » Alors ce Virùpa éprouva de bonnes dispositions d’esprit envers Bhagavat et ces grands auditeurs qui avaient obtenu la demeure définitive^. Aussitôt la beauté parut dans sa personne^ ; puis il se fit initier et l’état d’Arhat se manifesta pour lui.

: Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes : Vénérable, quels actes Virùpa avait-il faits pour être laid, repoussant, remarquable par dix-huit difformités, et pour que, après son initiation, l’état d’Arhat se soit manifesté pour lui? . ,

Bhagavat répondit : Bhixus, Vii'ùpa, autrefois, dans des naissances antérieures... (12) Le fruit des œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un Buddha nommé Pusya... (14) Apparition d’un ancien Buddha... parut dans le monde. Par la suite, il entra dans une capitale, et y résida.

Le. parfait et accompli Buddha, absorbé dans une méditation profonde, regarde. En ce moment deux Bodhisattvas étaient près de là, le bienheureux Gâkyamuni et Maitreya. Pour ùlaitreya, son caractère propre était complètement mûri [dans le sens de la purification], mais ceux qui devaient

‘ Le tibétain dit beaucoup plus simplement et brièvement « qui rend l’espril joyeux »; et il traduit v.idyù « science » par rig-sàags qui désigne ordinairement les incantations, les formules magiques (rnantras et dliâranis).

2 Alayasamâpanna ce que le tibétain rend [lar le terme dont il s'etait servi plus haut pour traduire nirodhasamâpatt isamâpanrui : De cette répétition et des rapports qui existent entre les différentes parties du récit, nous devons conclure que âlaya est synonyme nirodhasamâpatti.

3Xe tibétain dit: « il cessa d'ètre laid et devint beau » ou bien « sa laideur disparut et fit place à la beauté. »

AVADÂNA-ÇATAKA X, 7, (97)

être disoi. ^ par le Maître] n’étaient pas complètement mûrs ^ ; quant à Çâkjamani jii caractère propre n’étaient pas complètement mûr, mais ceux qu ait à discipliner étaient complètement mûrs.

Aloi-t. i i'Sja, le parfait et accompli Buddha, pour mûrir ^ complètement le caravdore propre du Bodhisattva Çâkyamuni, gravit la montagne de THiir avat, entra dans une caverne remplie de pierreries, s’j assit les jambes oisées, et atteignit (dans cette position) l’élément de la lumière.

A ce moment, le Bodhisattva Çâkvarnuui gravit la montagne de l’Himavat )Our y chercher des fruits et des racines. En rôdant çà et là, il aperçut Pusya, le parfait et accompli Buddha... (16) Description physique du Buddha...

Aussitôt qu’il l’eut aperçu, il tomba dans une telle extase que, pendant sept jours et sept nuits, il se tint sur un seul pied, le louant par une seule stance :

Ni dans le ciel ni sur la terre, ni dans ce monde, ni dans la demeure de Vaiçravana.

Ni dans le palais du Meru, ni dans la résidence divine, ni dans les régions principales ou secondaires.

Parcourût-on la terre entière, dans tous ses reliefs, (la terre) avec ses montagnes et ses forêts,

On ne trouvera pas, ô le premier des hommes, un particulier, un grand Çramana d’une vigueur semblable à la tienne

Alors Pusya, le parfait et accompli Buddha, voyant que le caractère propre du Bodhisattva Çâkyamuni était parfaitement mûr, lui donna son approbation en ces termes :

1 Le tibétain distingue deux choses : ran-gi-rgyud « le caractère propre (?) » et gdul-var-hyat^nams « ceux qui sont à discipliner ». Ces expressions répondent au sanskrit sva-santati et vaineyâ ; mais le sanskrit rattache à la première, pâvanârtha (pour la purification) et à la deuxième, çâstra (par le Maître — ou les Livres), termes pour lesquels il n'y a pas d'équivalent dans le tibétain. Ces mots sont, peut-être, des gloses qui auront été incorporées dans le texte.

2 Le Ms. népalais dit « pour purifier» paripâvanârtha, répétition du terme dont l'existence a été signalée (voir note 1) dans la phrase précédente.

3 Purusavrsabhakâstutulotpâlo m'ihâçramana : hiituvî ; — Ce texte doit être fautif; il y a des ratures à kâ et à lo (2). — Je lis kostitulyotpâli « qui a une santé (morale) semblable »? — Le tibétain ne rend pas utpdli et dit simplement : «qui est semblable à toi? » Quant au mot kutuvi il dépasse le nombre de syllabes voulu et n'est pas représenté dans le tibétain; je lis kutumhî.

ANNALES Dü MÜSEE GUIMET

Excellent! Excellent! homme de bien, par cette force et cet héroïsme, que tu as acquis, ô le meilleur des Dvijas, tu as franchi * (d’un seul bond) neuf Kalpas, puisque, aujourd’hui, tuas loué unTathâgata.

Cependant Bliagavat, entouré d’illustres dieux se tint dans cette grotte, si bien que la divinité qui l’habitait, ayant peu d’illustration, ne pouvait plus se mouvoir à l’aise dans la grotte. Alors, prenant un regard farouche, elle menace Bliagavat; mais elle a beau menacer pendant longtemps, elle no peut faire à Bliagavat aucun tort. Eprouvant alors de bonnes dispositions^, elle (se) dit : « Ce Rsi est plein d’éclat et a des vœux prospères »; et, prenant un air bienveillant^, elle tomba aux pieds de Bliagavat, implora son pardon et lui offrit des aliments.

Bliagavat ajouta : Que pensez-vous, Bhixus ? — Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut la divinité habitant la grotte, c’était ce Virûpa. C'est par suite de la maturation de cet acte qu'il a éprouvé dans le Samsara une douleur sans fin et c’est par cette même cause que, maintenant encore, il s’est trouvé (si) laid... Mais, parce que, ensuite, son esprit est entré 'dans de bonnes dispositions % sa laideur l’a quitté, la beauté s’est montrée en sa personne, et, après son initiation, la qualité d’Arhat s’est manifestée pour lui.

Bhixus, les actes entièrement noirs (12). Actes noirs et actes blancs...

Ainsi parla Bliagavat... (2)...

Rapprochements et remarques

Nous avons annoncé qu’il y a une différence de rédaction entre le texte sanskrit et la version tibétaine. Voici ce que dit le Kandjour :

Il y avait en ce temps-là, au pays de Bharga ®, un maître de maison riche (9)... homme

* Le texte porte prdvrttâ ; avec la correction râ (en marge) relative à la première syllabe. Le tibétain traduit par : dums-par gyur (unis, mis d'accordi. J’entends ainsi la phrase : « cet acte à lui seul te vaut les mérites que tu aurais acquis pendant neuf Kalpas. »

* Le mot lha (dieu) du tibétain n’est pas dans le sanskrit, sans doute par oubli.

3 Prasâda rendu en tibétain par dad « foi ».

* Le texte dit : sàdhudâram rùyaùï nirmâya, ce qui semble indiquer une métamorphose. Sâdhuddram doit peut-être se lire sâdhukâram; l’expression tibétaine correspondante est illisible.

* Prasâda rendu ici par dga « joie ».

® Ce nom, très indistinct, est à peine lisible à cause de la mauvaise impression de notre édition du Kandjour. Cependant, je crois qu'il y a bien Bbarga.

AV ADÂNA-GATAKA X, 8, (98)

riche. . o) Mariage fécond... Il lui naquit un fils : c’était un enfant qui avait dix-huit diffoi roités. Quand il vint au monde, son père et sa mère s’attachant à lui le soignèrent. Plus :ird, quand il fut, par degrés, devenu grand, à cause de sa laideur, son père et sa mère le chassèrent de la maison. Partout où il allait, il déplaisait, et bien des gens le renvoyaient ; même les êtres qui avaient en partage la condition animale le méprisaient hautement, à combien plus forte raison les hommes!

Chassé de la ville il se rendit à un parc de la Bonne-Trompette (! duh yag). Tantôt il trouvait des fruits et des racines, et il les mangeait ; tantôt il ne trouvait ni fruits ni racines : il vivait de racines, de fleurs, de feuilles.

Ensuite Bhagavat, ayant vu que le moment de la conversion de Virûpa était arrivé, dit à ses quatre grands auditeurs : Bhixus, venez; car je vais convertir Virûpa. — Puis, Bhagavat, entouré de ses grands auditeurs, se rendit au parc de la Bonne -Trompette En voyant Bhagavat, Virûpa honteux alla à droite et à gauche, cherchant à fuir...

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