GANGIKA
Le bienheureux Buddha (1)... étant entré à Bénarès résidait à Rsipatana, dans leMrgadàva.
Il y avait à Bénarès, un maître de maison riche (9)... Description d’un homme riche... Il épousa une femme... (6) Mariage stérile...
...II n’avait ni fils ni. fille... (11) Manière d obtenir des enfants...
Il lui naquit un fils beau, admirable, charmant, doué de tous ses membres et organes. On fit une fête à l’occasion de sa naissance, et on lui donna le nom de Gangika ’ .
Lejeune Gangika fut confié à huit nourrices... (T)... Éducation brillante et prospère.
Or, il était doué de racines de vertus dans lesquelles il n’y avait aucune lacune*; il ne se plaisait pas à la maison, et, tombant aux pieds de ses père et mère, il leur fit cette demande : « Chère mère, cher père, permettez-moi de me faire initier à l’enseignement de Bhagavat ». Mais, son père et sa mère se dirent : « C’est notre fils unique » ; et ils ne lui permirent pas.
1 Contrairement à l'usage, le motif du nom donné à l'enfant n'est pas indiqué, et ce nom reste inexpliqué. Le tibétain le rend par ga,\-ga-va qui n’est que la reproduction du vocable sanskrit et n'emporte aucune signification précise.
2 Nirbhedabhàgîgai ; que le tibétain traduit par ûes-pai (vrai, certain) cha (portion) daA mthun pa (uni à) « qui a en partage la certitude, la vérité, la réalité » (?) ou simplement « ferme dans toutes ses parties ». — Nirbheda signifie proprement « sans fissure ».
ANNALES Dü MUSEE GÜIMET
Gangika fit alors cette rétlexioii : Il est difficile d’obtenir la condition humaine, il est difficile de voir l’apparition d’un Tathâgata, il est difficile aussi d’obtenir la perfection des organes des sens b Quel moyen pourrais-je -bien trouver pour me faire initier à l’enseignement de Bhagavat?
Cette pensée lui vint alors à l’esprit : « Si, après avoir fait un vœu (pra nidhâna), je m’ôtais moi-même la vie afin que, ayant obtenu (de nouveau) la condition humaine, je puisse aisément, facilement me faire initier? » — Cette .décision prise, il avala du poison, mais il n’en mourut pas ; il se précipita dans le feu, il se précipita (du haut) d’uue montagne, il se jeta dans un cours d’eau : de celte façon encore il ne mourut pas.
Cette pensée lui vint alors à l’esprit ; « A quel moyen pourrais-je bien avoir recours pour mourir? — 11 se dit donc : En toute circonstance, ce roi Ajâtaçatru est furieux, emporté, cruel, violent ; si [me rendant à son palais] je faisais de nuit une brèche à sa demeure? » Il se rendit donc dans la ville de Ràjagrha; et, la nuit venue, quand l’œil distingue à peine, il commença à faire la brèche. Les gardes le prirent vivant et le conduisirent ,au roi Ajâtaçatru : « Voici, dirent-ils, sire, un voleur, un méchant, un malfaiteur qui, de nuit, fait brèche dans la demeure du roi. » Leroi répondit : « C’est un criminel » ; puis le fit enchaîner et le livra (pour être mis à mort^). On lui fit revêtir un costume de couleur foncé, on attacha à son cou une guirlande (de fleurs) de Karavira; des bourreaux, ayant les armes à la mains, le firent passer par les rues, les grandes voies, les carrefours, les places; après avoir proclamé son crime dans les lieux où se font les proclamations, ils le firent sortir par la porte méridionale de la ville, et le conduisirent à la forêt (sombre et) froide du cimetière. Pendant qu’on l’y menait, il disait aux bourreaux : « Marchez vite, (marchez) vite. Messieurs, de peur que parfois le roi ne vienne échanger de résolution. «Les bourreaux .firent savoir au roi cette circonstance. Le roi fit revenir le (patient) : « Quel motif te pousse au désir d’abandonner cette vie qu’on désire tant (conserver)? » — Il expliqua au roi l’affaire dans tous ses détails.
1 VoirNuO’O e7i 4S articles, XXXVI, 1, 2, 3,
* Ce membre de phrase est dans le tibétain seulement.
* Le tibétain dit la même chose, mais d'une manière plus claire et plus satisfaisante : « le roi le condamna à mort pour son crime, n
AVADÂNA-GATAK A X, 2, (92)
Cependant il ii’est rien qui échappe aux Biuldhas... (18)... Tonte-science, toute-puissance et miséricorde des Buddhas.
Si bien que Bhagavat, s’étant absorbé dans la méditation, vint à lui en vertu de sa puissance surnaturelle et lui fit une telle démonstration de la loi que, après l’avoir entendue, l’Àyusinat Sthaviraka.. (23).. devint Arhat.
Sthavira, une fois arrivé à l’état d’Arbat, se mit à rétlécliir profondément : « Qui pourrais -je bien convertir? » (se disait-il). 11 aperçoit cinq cents marchands [sur mer] ^ troublés par les vents de Kâlikâ, ayant en face d’eux le danger et la mort. « 11 faut, dit- il, que je les délivre de cette crainte. » « Parla, ajouta- t-il, il seront mes convertis. » — Alors Sthaviraka, survenant au moyen de sa puissance surnaturelle, les délivra de cette crainte. Et eux, remplis envers lui de bonnes dispositions, se firent tous initier; la fixation dans l’esprit leur fut accordée, et tous, à force d’application, d’énergie, d’efforts vertueux, s’étant débarrassés de tous les Kleças, obtinrent que l’état d’ Arhat se manifestât pour eux.
Leurs qualités n’avaient aucun témoin. Un groupe de six se mit à les mépriser. Les cinq cents, après avoir été avec le vieux résidant (de la forêt), s’étaient approchés d’eux : « Ceux-ci (dirent-ils) ne seront pas disciplinés comme (les autres) »
Cependant l’Ayusmat Ananda, plein de tendresse pour ceux qui pratiquent la pureté^ toujours prêt à faire du bien aux autres, désireux d’aider au développement de r.'VjuismiL nommé Sthaviraka, se rendit au lieu où était rÀyusmat nommé Sthavira : quand il y fut arrivé, il commença par échanger avec le Bhixu nommé Sthavira des félicitations et des compliments ; après qu'ils eurent tenu divers propos, il s’assit à peu de distance. Une fois assis à peu de distance, rAyirsinat Ananda parla ainsi au Sthavira nommé Sthaviraka ; « Nous interrogerions sur quelque point l’Avusmat, le Sthavira nommé Sthaviraka, si tu veux bien nous accorder la permission d’exposer notre demande.
1 « Sur mer » u'est que dans le tibétain qui diffère ici légèrèment et peut se traduire ainsi : II voit sur mer cinq cents marchands qui étaient là enveloppés par le vent de Kàlikà ; « Ces gens, dit-il, sont en proie aux douleurs; il faut que je les délivre de la douleur : ainsi je les convertirai.»
2 « Comme ceux-là » dit le til)étain qr.i suit de très prés le texte sanskrit, reproduisant un enchevêtrement que j'y remarque dans la construction de la phrase. Malgré cette coïncidence, le paragiaphe est d'un laconisme obscur. .Je traduis plus loin la pa:tie correspondante du Kalpa-dr.-av. un peu pins délayée, mais pas beaucoup plus claire (Voir page 383).
3 Brahmacàrivalsala. — Kalpa-dr.-av. ; Ih'ahmavihârivatsala
ANNALES DU MUSEE GUIMET
— Interroge, Ayusmat Ananda, je (te) ferai connaître mon sentiment.
— Ayusmat Sthavira, quand un Bliixu s’est retiré dans la forêt, retiré au pied d’un arbre, retiré dans une demeure vide, quelles sont les lois qu’il doit assidûment réaliser dans son esprit?
(Sthaviraka) répondit ; Ayusmat Ananda, le Bliixu qui s’est retiré dans la forêt, retiré au pied d’un arbre, retiré dans une demeure vide, doit réaliser assidûment deux lois dans son esprit, le calme de l’esprit (çamatha) et la vue claire et distincte (vipaçyanà).
— Sthavira, quand on a pratiqué assidûment, développé par la méditation, répété bien des fois le calme de l’esprit, quels avantages en reçoit-on? — Quand on a pratiqué assidûment, développé par la méditation, répété bien des fois la vue claire et distincte, quels avantages en reçoit-on ?
Ayusmat Ananda, quand on a pratiqué assidûment, développé par la méditation, répété bien des fois le calme de l’esprit en s’appuyant sur la vue claire et distincte, on possède la délivrance parfaite; quand on a pratiqué assidûment, développé par la méditation, répété bien des fois la vue claire et distincte en s’appuyant sur le calme de l’esprit, on possède la délivrance parfaite. Quand un auditeur de l’Arya a complètement développé (en lui même) par la méditation, le calme de l’esprit et la vue claire et distincte, Ayusmat Ananda, quand il (en) a entendu (l’exposé), son esprit est complètement affranebi selon les éléments.
— Sthavira, quels sont ces éléments ?
— Vois, Ayusmat Ananda : (ce sont) l’élément de rabandon, l’élément du défaut d’attachement, l’élément de l’empêchement,
— Sthavira, quelle est la chose dont l’abandon constitue ce qu’on appelle élément de l’abandon ? Quelle est la chose pour laquelle le manque d’attachement constitue ce qu’on appelle élément du défaut d’attachement? Quelle est la chose dont rempêchement constitue ce qu’on appelle l’élément de l’empêchement?
— Ayusmat Ananda, c’est l’ensemble des Sahiskâras dont l’abandon constitue ce qu’on appelle l’élément de l’abandon; c’est l’ensemble des Saihskâras pour lesquels le manque d’attachement constitue ce qu’on appelle l’élément du défaut d’attachement ; c’est l’ensemble des Saihskàras dont rempêchement constitue ce qu’on appelle l’élément de rempêchement.
AVADÀNA-ÇATAKA X, 2, (92)
L’Âyusmat Ânancla, satisfait et réjoui des paroles du Sthavira appelé Stliaviraka, se rendit au lieu où étaient les cinq cents Bhixus; et, quand il y fut arrivé, il adressa la parole en ces termes aux cinq cents Bhixus : Ayusmats, quand un Bhixu s’est retiré dans la forêt, retiré au pied dhin arbre, etc... (comme ci-dessus^)...
L’Âyusmat Ânanda, satisfait et réjoui des paroles des cinq cents Bhixus, se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et se tint à une petite distance. Se tenant ainsi à une petite distance, rÂyusmat Ananda parla ainsi à Bhagavat : Vénérable, quand un Bhixu s’est retiré dans la forêt, retiré au pied d’un arbre, etc... (comme précédemment)... (Ananda reprend^ :)
C’est une chose merveilleuse que la manière dont les discours du maître et celui des disciples concordent et se répètent pensée pour pensée, phrase pour phrase, mot pour mot, et, pour ainsi dire, lettre pour lettre^. — Pourquoi cela? — C’est que, vénérable, je me suis rendu au lieu où était le bhixu, le Sthavira nommé Sthaviraka. Quand j’y fus arrivé, je questionnai le bhixu, le Sthavira appelé Sthaviraka dans le même sens, avec les mêmes phrases, les mêmes termes (que j’ai employés tout à l’heure), et il a répondu à ma question dans le même sens, avec les mêmes phrases, les mêmes termes dont Bhagavat vient de se servir. Moi, donc, satisfait et réjoui des paroles de rÂyusmat, du Sthavira, du bhixu appelé Sthaviraka, je me rendis au lieu où étaient les 500 Bhixus, Quand j’y fus arrivé, je les questionnai dans le même sens, avec les mêmes phrases et les mêmes termes. Eux aussi, ils répondirent à ma question dans le même sens, avec les mêmes phrases et les mêmes termes dont Bhagavat vient de se servir. Eh bien ! vénérable, c’est une chose merveilleuse que la manière dont le maître et les auditeurs s’accordent et se rencontrent pensée pour pensée, phrase pour phrase, mot pour mot, et, pour ainsi dire, lettre par lettre.
* Leprécélent dialogue d’Anandaet de Sthavira est reproduit ici dans des termes identiques, Ananda et les cinq cents Bhixus étant les interlocuteurs.
2 Le dialogue déjà donné deux fois comme ayant eu lieu entre Ananda et Sthavira, entre Ananda et les cinq cents Bhixus, est reproduit une troisième fois, et dans des termes identiques, avec Ananda et le Buddha comme interlocuteurs.
3 Yadutâr/rapadxi : ce que le tibétain rend par ts'iy-gi « des mots », m'^hog-gis « par les meilleurs », c'est-à-dire « par les meilleures expressions »; néanmoins, comme il y a ici une gradation visible, j'iulerpréte padai : (les phrases) agra (extrêmes), c'est-à-dire considérées dans leurs éléments les plus simples.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Que penses-tu donc, Ananda, dubhixu Slliaviraka? — Vénérable, le bhixu Sthaviraka est un Arliat, qui a supprimé les souillures, qui a fait ce qu’il avait à faire, qui a terminé son oeuvre, rejeté le fardeau, obtenu son propre bien, entièrement détruit les attaches à l’existence, dont la science est parfaite et l’esprit complètement délivré ; et les cinq cents Bhixus aussi sont tous des Arhats, qui ont supprimé les souillures, etc., etc... dont la science est parfaite et l’esprit complètement délivré.
Lorsque l’Ajusmat Ananda s’exprima ainsi au sujet de Sthavira et de ces Bhixus pour les exalter, les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha celui qui détruit tous les doutes ;
Vénérable, quels actes Sthaviraka avait-il faits et accumulés pour être demeuré soixante ans dans le sein de sa mère ? Quels actes avait-il faits pour avoir (l’esprit) émoussé, émoussé au plus haut degré*, et pour que, après son initiation, la dignité d’Arhat se soit manifestée pour lui?
Bhagavat répondit : Bhixus, Sthaviraka, dans d’autres naissances antérieures... (^[2)... Le fruit (les œuvres et la transmigration...
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce Bhadra-kalpa où nous sommes, quand les créatures (humaines) vivaient dix mille ans, le bienheureux Buddha nommé Kâçyapa... (14)... parut dans le monde. Etant entré à Bénarès, il y résidait à Ilsipatana, dans le Mrgadâva.
Là, un hls de Gresthî avait été initié par les soins d’un Sthavira. Or, ce Sthavira avait renoncé aux attachements. Un jour, il y eut une fête dans le pays ; le jeune Bhixu fit lever le Sthavira : «Lève-toi ! (lui dit-il), nous irons au village où se célèbre la fête. » « Mon fils, répondit le Sthavira, il est maintenant trop tôt. Va seul; mais prends bien la résolution de rester fidèle à la vertu. » Deux fois, trois fois le jeune Bhixu voulut faire lever le Sthavira, en disant: Lève -toi, nous irons au village où l’on célèbre la fête; deux fois, trois fois, le Sthavira répondit : «Mon fils, il est maintenant trop tôt^; va seul, mais prends bien la résolution de rester fidèle à la vertu. »
Alors le jeune Bhixu, poussé par la gloutonnerie, laissa échapper un
1 Dhanva « émoussé » ; l'exprefsion se retrouve dans le Kal|)a-dr.-av. Le tibétain traduit yid (cœur, esprit) rtul (lourd, pesant, faible) et ne répète pas ce terme, comme lait le texte.
2 Le texte se sert d'un mot yuya remplacé dans le récit 95 (qui reproduit ce passage) par prâtar « matin ». Le mot yuya se trouve aussi dans le Kalpa dr.-av. Quant au tibétain, il traduit yuga et prâtar par la même expression : diin-m'uis.
AVADÂNA- GATAKA X, 2, (92)
acte violent de la parole ; « Hé bien ! toi, dit-il, ne sors pas de la maison pendant soixante ans ! quant à moi, je pars »
Bhagavat reprit : Que pensez -vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque là, fut le jeune Bhixu, c’était précisément ce bhixu Stliavira. C’est pour avoir éprouvé des dispositions perverses envers un Arliat et lui avoir adressé des paroles dures par un acte de méchanceté', c’est par la maturité de cet acte qu’il a passé soixante ans^ dans le sein de sa mère. C’est pour avoir été chiche de la loi que l'acquisition de la connaissance lui a été (si) difficile, que ses sens ont été si péniblement mûris
C’est parce qu’il a fait soigneusement les meilleures lectures et acquis ainsi la connaissance des Skandhas, la connaissance des Avatanas, la connaissance des causes et des effets successifs, la connaissance du lieu et du non-lieu, c’est pour cela que, initié à ma doctrine, il a renoncé à tous les Kleças, en sorte que l’état d’ Arliat a été manifesté pour lui.
En conséquence, Bhixus, il faut faire des efforts pour renoncer aux mauvais actes de la parole. Ainsi on n’aura pas les torts de Sthaviraka homme vulgaire; au contraire, on aura la foule de qualités qui lui ont fait obtenir l’état d’Arhat.
Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.
Ainsi parla Bhagavat... (2)...
Rapprochements et remarques
I. Le Sthaviraka-avadâna se trouve dans le Kalpa-druma-avadâna, où il occupe la 19® place et les feuillets 152-160. Voici l’analyse de ce récit :
Un maître de maison de Râjagrha, riche et vertueux, se marie ; sa femme devient enceinte, mais elle est maigre et jaune; le terme arrive, le foetus reste dans le sein de la mère. Après un an écoulé, le mari, à la demande de sa femme, fait venir un médecin qui
* Tout ce passage est répété, avec une variante à la fin, dans le récit 95 (Saiîisàra).
2 Le teste sanskrit depuis a Hé bien!... jusqu’à... méchanceté » manque dans le Ms. évidemment par suite d'une étourderie de copiste, étourderie regrettible qui nous prive de l'expression donnée dans le texte à la parole injurieuse du disciple. Le tibétain l'a sans doute rendue exactement ; mais il faut la combiner avec la version du Kalpa-dr.-av. pour l’avoir pleine et entière.
3 Le texte sanskrit dit : « soixante mille (!) ans. s Si cette leçon était vraie, cela signifierait que le fait le serait renouvelé pendant mille naissances. Le chiffre ordinaire est cinq cents. Gomme la traduction tibétaine ne confirme pas cette leçon nous pensons qu'elle est inexacte.
Je ne vois pas dans le récit d’acte qui justifie ce reproche et la punition qui en fut la conséquence. Cette observation s’applique aussi au Kalpa-dr.-av.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
déclare l’enfant formé et complet, mais annonce en même temps qu’il ne sortira pas de sitôt, sans dire la cause de ce prodige. Etonnement et anxiété des parents, qui cependant oublient leur chagrin et se livrent de nouveau au plaisir. Nouvelle conception, grossesse heureuse, naissance d’un enfant, le premier fœtus restant toujours dans la matrice. Dix fils naquirent ainsi, le premier fœtus n’était pas sorti. On emploie tous les remèdes, mais en vain. La femme devient malade et meurt en priant son mari d’extraire le fœtus une fuis qu’elle sera morte. Mort de la femme conduite au cimetière en grand appareil. Jivaka, roi des médecins, est appelé et chargé de l’opération. Le bruit de cette aventure se répand dans la ville. Une grande foule se rend au cimetière. Pûrana et les autres docteurs Tîrthikas y viennent avec leurs disciples. Le Buddha fait prévenir ses Bhixus par Ananda, et toute la confrérie se rend au même endroit. En présence de cette foule, Jivaka ouvre le corps de la morte, et il en sort un nain décrépit, qui adresse aussitôt à la foule le précepte de respecter les pères et mères, les gurus et les maîtres. — Etonnement silencieux de la foule. — Le Buddha en prend occasion de recommander à ses Bhixus la satiété de l’existence, puis il interpelle ce personnage en le traitant de paresseux et l’appelant vieillard, d’où le nom de Sthaviraka (vieillard) par lequel on le désigna. Le personnage répond en se déclarant « vieux » et paresseux, et priant le Buddha de le sauver. Bhagavat alors fait une démonstration de la loi qui fait arriver ses auditeurs à divers degrés et établit Sthaviraka dans la loi. Après quoi il rentre dans son ermitage, et le père de Sthaviraka l’emmène chez lui et l’élève avec scs dix autres fils.
Au bout de 10 ans, Sthavira, âgé de 70 ans (il en avait passé 60 dans le sein de sa mère), résolut de renoncer aux passions et de se faire initier. Demande qu’il adresse à son père (12 elokas). Refus du père invoquant la richesse et les jouissances qui sont à la portée de Sthaviraka (2 glokas). Réplique de Sthaviraka (2 çlokas). Il vante l’excellence de la Loi. Le père finit par consentir. Initiation et réception de Sthaviraka racontées avec détails sous la forme habituelle. Le Bhixu Sthaviraka se retire sur la montagne de Grdhrakûta avec 25 Bhixus. Là, « le plus âgé de la troupe de la conférie et le Sthavira, le grand Yati *, » donne aux Bhixus la formule de leur engagement (hriydkaram), qui est de ne pas vivre comme les gens du commun sous peine d’exclusion de la confrérie si on leur ressemble. Au bout de trois mois, tous, ayant rempli la condition, étaient devenus Arhats, à l’exception du seul Sthaviraka qui était resté homme du commun à cause de sa paresse et fut expulsé.
Il s’arme alors d’un couteau pour se tuer et entre dans une grotte où il se livre à ses réflexions. Long monologue de 18 çlokas, commençant par les vers de l’Avadâna-eataka, et finissant par une supplication au Buddha. Miséricorde du Buddha qui vient au devant de lui, lui enseigne la Loi et le fait arriver à l’état d’Arhat.
Désir de Sthavira de se faire des convertis. Il se présente à 500 navigateurs en détresse, les sauve du danger et les initie.
‘ Le teste est ; Tatra saÀghag inajyestha : sthaviraçca muhayati : — Il s'agit ici d'un seul et même perso.inage qualifie « aîné, vieux, yali »; aussi la conjonction ea ne se justifie guères ; elle semble indiquer l'existen :e de deux personnages distincts.
Alors tous ces Bhixus habitèrent clans la forêt, sans asile.
Leurs qualités et lois n’avaient aucun témoin quel qu’il fût.
Alors, des Bralimacàris qui formaient un groupe de six, les ayant vus, animés du désir de les censurer s’en approchèrent étourdiment.
Après avoir été avec le vieux résident (de la forêt), les cinq cents aussi s’approchèrent d’eux (c’est-à-dire des six).
Ceux-ci (dirent les six) sont donc aussi disciples du Bhixu Sthaviraka;
Ils ne seront pas disciplinés bien ciue gardant le Brahmacarya.
Ces mots (firent) réfléchir le vieux qui se dirigea vers eux pour les attirer; mais ils ne s’éloignèrent pas de là (?), ces Bhixus sans asile-.
Cependant Ananda ce l’ami de ceux qui résident dans la pureté » vint trouver Sthaviraka, et le questionna sur les conditions intellectuelles du Bhixu solitaire. Sthaviraka répond qu’un tel Bixu doit développer constamment en lui le calme et la vue distincte, que, par ce moyen, il est délivré selon les éléments de l’abandon, de l’absence d’attachement, de l’obstruction. Muni de cette réponse, Ananda va trouver les cinq cents Bhixus, puis Bhagavat, et reçoit d’eux exactement la même réponse que de Sthaviraka. (Tout ceci raconté brièvement et sans les répétitions de l’Avadâna-çataka).
Ananda exprime à Bhagavat l’étonnement que lui cause la pai’faitc concordance des réponses, puis, sur la demande du maître, fait de Sthavira une description conforme à celle de l’Avadâna-çataka.
Les Bhixus étonnés demandent pourquoi Sthaviraka a été soixante ans dans le sein de sa mère, pourquoi, avant d’être initié et de devenir Arhat, il a eu la tête si dure (ou l’esprit si émoussé, dhinva). Le Buddha raconte que, à Bénarès, du temps de Kàçyapa, un fils de Gresthî, initié par un Sthavira, voulut aller voir une fête et pria le Sthavira de l'accompagner. Celui-ci reproche à son disciple ses restes d’attachement mondain, mais doucement, et tout en lui permettant d’aller seul. Après avoir réitéré sa demande, le jeune Bhixu part en lui jetant cette injure : « Je vais en avant ; toi, reste comme dans un ventre » (aham eva prayasyâmi tvam ti^fha yathodare). Voir ci-dessus page 381, ligne 1-2.
Ce jeune Bhixu était Sthaviraka. Cette parole lui valut le séjour de soixante ans dans le sein de sa mère ; son refus de communiquer la loi (qui n’est l’objet que d’une simple mention) fut cause de sa difficulté à acquérir la connaissance. (Voir page 381, note 4). — Son initiation à l’école de Kàçyapa et sa lecture assidue du « Sûtra du grand Véhicule » lui ont fait acquérir l’état d’ Arhat.
IL Les histoires de naissances de vieillards ne sont pas rares. Dans les traditions persanes, nous avons celle de Sâm, fils de Zal et père de Rustem, venu au monde avec des cheveux blancs, et que son père, le prenant pour le fils d’un Div, fit exposer sur le mot Elbourz. Un personnage moins fabuleux, le célèbre philosophe Chinois Lao-tseu, « vieux fils », est le sujet d’ua cjute semblable à celui de Sthavira; on prétend qu’il demeura quatre -vingts ans dans le sein de sa mère avant de voir le jour.
1 Voir ci-dessus page 377, note 2. Je ne puis discuter ici les difficultés de ces dix vers.
ANNALES DU MUSEE GUIMET