‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 154 sur 167 · HASTAKA · texte numérisé non relu

HASTAKA

Lu bienheureux Buddha (1) — résidait à Çrâvastî, à Jetavaiia dans le j ardin d’ Anâ t liapi ndada .

Or, il y avait à Çrâvastî un ÇresÜii riche... (9)... Description d’un homme riche... (C) Mariage fécond... 11 lui naquit un fils beau, admirable, charmant, ayant la couleur de l’or, bien pourvu de ses membres et de ses organes, ayant le don de se souvenir des existences passées. Saisissant sa propre main, il l’embrasse, la baise, la couvre de baisers, et prononce ces paroles : O mes deux mains, j’ai mis bien du temps à vous obtenir! O mes deux mains, j’ai mis bien du temps à vous obtenir !

A l'occasion de sa naissance, on célébra une fête et on lui donna un nom. « Quel sera (demanda-t-on) le nom de cet enfont? » — Les parents dirent: « Puisque, à peine né, il s’est mis à embrasser, à baiser ses deux mains, que, pour ce motif, le nom de l’enfant soit Hastaka (celui qui a des mains) !

L’enfant Hastaka fut confié à huit nourrices (7)... Education brillante et prospère. . .

Quand il survient dans le pays quelque sujet de crainte, la foule effrayée court çà et là, éperdue, (chacun) cache sa vaisselle; lui, il cache ses deux mains. Et il dit à la foule : « Messieurs, gardez-vous de tout sentiment mauvais envers ceux qui sont dignes de récompense ! Gardez-vous de prononcer des [>ai’oles violentes ! O mes deux mains, que j’ai mis de temps à vous obtenir! O mes deux mains, que j’ai mis de temps à vous obtenir!»

Par la suite, Hastaka alla à Jetavana, Il vit alors le bienheureux Buddha... (16) Description physique du Buddha... 11 ne l’eut pas plus tôt aperçu que, dans son esprit, il éprouva de bonnes dispositions envers Bhagavat. En vertu de ces bonnes dispositions, il fit le salut des pieds de Bhagavat, et s’assit devant lui pour entendre la loi. Alors Bhagavat, connaissant scs pensées et ses inclinations, sa nature et son caractère, lui fit un tel exposé de la loi contenant l’explication des quatre vérités que... (22)... il obtint le degré de Srotaâpatti.

Ayant vu les vérités, après avoir obtenu la permission de ses père et mère.

AYADÂNA-ÇATAKA X, 3, (93)

il se fît initier à renseignement de Bhagavat. A force d’application... (23)... Arrivée à Vétat d' A rhat. . .

Même éta:.t devenu Arhat, il enseignait encore la Loi aux Bhixus de cette même façon : « Messieurs, gardez-vous de tout sentiment mauvais envers ceux qui sont dignes de récompense, ne laissez i a? échapper des paroles violentes! O mes deux mains, il m’a fallu bien du temps pour vous obtenir! O mes deux mains, il m’a fallu bien du temps pour vous obtenir ! »

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes: Quels actes, ô vénérable, Hastaka avait- il faits, avait-il accumulés pour que, même après avoir obtenu l’état d’Arhat, il dise : «O mes deux mains, il m’a fallu bien du temps pour vous obtenir ! »

Bhagavat répondit : «C’est un être responsable^ qui voit comme devant ses yeux le fruit de ses actes; vous désirez [entendre] l’enchaînement (de ces faits)^?» — « Oui, vénérable. » — Bhixus, Hastaka, autrefois dans des naissances antérieures. (12)... fruit des œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dons la voie du \ assé, dans ce même Bhadrakalpa où nous sommes, quand les créatures humaines vivaient vingt mille ans, le Buddha Kâçyapa... (14) Apparition d'un Buddha ancien... parut dans le monde. Etant entré à Bénarès, il résidait à Rsipotana dans le Mrgadâva.

Là, il y avait alors deux Bhixus étroitement unis par l’amitié^, l’im Arhat qui avait beaucoup étudié, l’autre, ayant peu étudié n’était qu’un simple (bhixu). L’ Arhat qui avait beaucoup étudié avait beaucoup de connaissances'^, de grands mérites acquis ; il recevait force manteaux, aumônes, lits, sièges, remèdes, médicaments, objets utiles; il avait un grand nombre d’invitations, et, partout où il était invité, il emmenait avec lui le Bhixu son ami, comme auditeur à sa suite

Un jour, l’Arhat reçut une invitation. Désireux de s’y rendre, il vint chercher l’auditeur (qui marchait d’ordinaire) à sa suite et ne le trouva pas. Faute de celui-là, il emmena un autre bhixu à sa place. Les jeunes Bhixus

* Piidgala (le Ms. a pingala), libélain : ga,‘.-zag.

* Le texte sanskrit doit être ici défectueux : on l.t tout simplement : icchatha güyam sandhâyüyam ; il y a dans le tibétain un mot vstsams-te qui doit correspondre à sandhâyâgani ; mais je ne me rends pas mieux compte de l’un que de l'autre.

•* Sa>7içitikau tib. gnis rjg mdza jiâ dag Ç!)-ste.

* S injndlo, tib. kua-gyi çes. — Je lis kan-gyis et pense qu'il s'ay^it ici des relations sociales.

5 Paçcüt-çravani (au lieu dj -çramaaa). — Voir pages 310 et 3il, note 1.

Ann. g. - XIX

AO

ANNALES DU MUSEE GUIMET

s’égayèrent à ce propos ; « ^’oyez, vénéiables! dirent-ils; aujourd’hui, il ii’a pas emmené l’auditeur (qui marche d’ordinaire) à suite, il en a emmené un autre! » — Celui (qu’on raillait), dominé par la colère, éprouva envers l’Arhat des sentiments mauvais et se laissa entraîner à l’acte d’une parole violente [ : « Si désormais, dit-il, je touche à son vase à aumônes pour le laver, je veux n’avoir plus mes deux mains. » — Bhagavat ajouta : « Que pensezvous, Bhixus, celui qui, en ce temps-là fut le Bhixu compagnon, c’était précisément ce Ilastaka. Pour avoir, dans un accès de mauvais sentiments contre l’Arhat, laissé échapper l’acte d’une parole violente'^j, il est né sans mains pendant cinq cents naissances. Plus tard, quand il se fut repenti de cette imprécation, qu’il eut hautement reconnu ses torts, et fut revenu à de meilleurs sentiments, il recouvra ses deux mains. Ensuite, comme il a lu, médité, appris la théorie des Skandhas, [des Dhûtu], des Ayatanas, de la série connexe des causes et des effets, [du lieu et du non-lieu], à cause de cela, il s'est fait initier à mon enseignement et l’état d’Arliat s’est manifesté pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs. (5)... Actes blancs et actes noirs. . .

Ainsi parla Bhagavat... (2)...

Rapprochements et remarques

I. Ce récit est reproduit dans le Ratna-avadâna-mâlâ, où il occupe le onzième rang (f°^ 92-101).

Un maître de maison de Çrâvasti, riche et opulent, prend femme et devient père. A peine né, l’enfant baise ses deux mains et se félicité de les avoir enfin recouvrées. Etonnement de la mère qui fait venir son mari. Celui-ci, non moins surpris, appelle ses parents. L’enfant, en leur présence, recommence le même jeu en y ajoutant la recommandation de ne pas mépriser ni insulter les Arhats. Les parents rassurent le père et donnent à l’enfant le nom de Ilastaka.

Education soignée de l’enfant. Dans ses jeux il répétait à ses camarades ce qu’il avait

' Tout ce qui est entre crochets ne se trouve que dans la version tibétaine ; l'absence de cette portion dans le Ms. népalais s'explique trop bien par une inadvertance du copiste et est trop choquante pour qu’on songe à une différence de rédaction. Le scribe a sauté une ou deux ligues : la répétition du membre de jdirase « laisser échapper l'acte d'une parole violente » aura, sans doute, été la cause de sa méprise. Mais cette lacune est fâcheuse; car elle nous prive des termes de l'imprécation du disciple contre le maître, selon le Ms. népalais. — 11 est toutefois remarquable que l'injure soit supprimée dans deux récits consécutifs (voir jiage 381 »ote 2.) — Le cojdste aurait-il craint de se compro mettre en l'écrivant?

AA’ADÂNA-GATAKA X, 3, ('93)

dit en naissant à ses parents; quand on l’envoya à l’école, où il réussit très bien, il redisait le même refrain, toujours cachant ses deux mains, comme s’il craignait de les perdre. Quand l’alarme se répandait dans le pays, chacun cachait ses richesses, lui, il cachait ses deux mains, tenant toujours le même langage.

Une promenade à Jetavana et la vue du Buddha firent sur lui un tel effet qu’il devint Srota-âpanna, et, rentré chez lui, demanda à ses parents la permission de se faire initier. Refus du père motivé dans un discours de 17 çlokas. Réplique du fils qui persiste dans son dessein (12 çlokas). Le père cède, mais la mère fait un dernier effort pour le retenir. (2 çlokas). Nouveau discours de Hastaka (20 çlocas); il insiste pour obtenir la permission demandée et justifie sa résolution. La mère donne enfin son consentement.

Hostaka fait le partage de ses biens, se fait initier et devient Arhat. Les Bhixus questionnent leur maître sur la cause de ce succès et de ces faits étonnants. Le Buddha raconte l’histoire suivante :

Du temps de Kàçyapa, à Bénarès, deux Bhixus étaient liés étroitement, l’un Arhat très honoré, l’autre homme simple et inconnu. L’Arhat, invité un jour par un donateur, voulut emmener son compagnon avec lui et, ne le trouvant pas, se fit accompagner par un autre. Le compagnon habituel de l’Arhat, ne le voyant plus dans l’ermitage, resta triste et désolé. Ce fait provoqua les remarques des Bhixus. Quant au délaissé, il se laissa emporter par le dépit au point de souhaiter à l’Arhat d’être sans mains quand il voudrait manger. L’Arhat n’ignora pas la malédiction prononcée contre lui ; mais, ému de compassion à la pensée du châtiment qu’elle attirait à son auteur, il se livra à un Sàmâdhi (contemplation) profond pour en conjurer les effets. Le Bhixu coupable, subissant l’influence de cette méditation, éprouve un profond repentir et demande pardon. L’Arhat sort alors de sa méditation et adresse à son compagnon une longue exhortation (en 15 çlokas) comprenant l'énumération des dix actes qui doivent être évités.

Le compagnon touché prit son refuge dans les trois joyaux et devint un parfait disciple du Buddha. Ce compagnon, c’était Hastaka, privé de mains pendant 500 naissances à cause de la malédiction qu’il avait lancée, récompensé de son repentir par l’obtention de la qualité d’Arhat.

IL On remarquera que la malédiction, telle qu’elle est énoncée dans ce récit, ne coïncide pas exactement avec celle que nous avons traduite du tibétain du Kandjour et qui semble être la plus naturelle.

III. Mais il y a une différence plus importante : c'est le rôle attribué à l’Arhat dans le repentir de son compagnon. L’Avadâna-çataka ne dit rien sur la façon dont ce repentir s’est produit; le Ratna-av.-mâlà en donne la cause et la fait résider tout entièi’e dans l’attitude de l’Arhat. Du reste, on verra plus loin des repentirs provoqués par l’offensé, selon l’Avadàna-çataka lui-même.

i 'Voii' ci-dessus page 386 et note.

ANNALES DU MUSEE OUIMET

k. LEKUNCIKA (94)

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

11 y avait à Çravaitî un brâhinane riche... (9)... Desct'iption d'un homme riche... (0) Mariage fécond... Il lui naquit un garçon d‘un vilain teint, laid avoir, repoussant. 11 ne fut pas plus tôt né que le lait tarit dans les deux seins de sa mère. Alors le brahmane fit venir une autre nourrice : à celle-là aussi le lait tarit à cause de la maturité des actes de cet enfant. Quand on vit qu’aucun des moyens employés pour lui procurer du lait ne réussissait, on le traita avec du leha K ce qui lui fit donner le nom de Lekuncika.

11 avait peu de réputation peu de mérites ; lorsqu’il fut devenu grand, il ne parvenait pas à remplir son ventre. 11 voyait les Bhixus bien habillés bien couverts par leurs vêtements munis de leurs vases semblables à des abeilles (noires^), qui entraient dans Çrâvastî pour les aumônes, et revenaient les vases remplis. Ce spectacle fit naître en lui le désir d’être initié à l’enseignement de Bhagavat. Ayant donc obtenu la permission de ses père et mère, il fut initié à l’enseignement de Bhagavat ; malgré cela, il ne réussit pas à se remplir le ventre. A force d’application... (23)... Arrivée à l'état d' Arhat...

Par la suite, il lui arriva une fois de balayer la chambre parfumée (Gandhakutî) de Bhagavat. Apres avoir balayé, il prit son vase et son manteaiP, puis entra dans Çrâvastî pour mendier; il réussit à obtenir des aumônes abondantes et saines, de sorte que ses sens et ses esprits furent dans le contentement. Quand ses sens eurent été rassasiés, il passa la nuit tout entière recueilli dans le Dhyûna, dans (la méditation de) la délivrance parfaite, (vimoxa) dans la possession de l’égalité d’esprit (samagatti) .

1 Toute chose qu’on suce ou qu'on lèche. Le Ratna-av.-mâla dit lehya.

2 Le Ms. porte alpasaukhyo « ayant peu de bonheur » ; mais le tibétain donne la traduction habituelle du mot alpûçakhya qui revient, du reste, fréquemment.

* Ou « de bonne tenue ». Le Kaudjour dit: « bien vêtus de leurs tuniques et de leurs manteaux. » Le Kaudjour dit : « d'une couleur noire comme celle des abeilles. »

s Le mol civara est rendu ici par deux mots tibétains çam-thabs et chos-gos ; plus haut, ces deux expressions représentaient les participes nivaçatdn (que je lis nivdsitân) el pràvrtân (note 3).

AVA DANA -ÇATAKA X, 4, (94)

Celle pensée lui vint alors à l’esprit : « Le moyen est excellent ; si je m’en ouvrais à la confrérie des Bhixus ? » Il s’en ouvrit donc à la confrérie des Bhixus tout entière : « \'énérables, dit-il, j’ai bien peu de mérites : mais, lorsque j'entre (en ville) pour mendier après avoir balayé la chambre parfumée, j’obtiens de quoi être rassasié. Que la confrérie ait donc pitié do moi et ne charge aucun autre de balayer la chambre parfumée de Bhagavat » ! Alors la confrérie fit ce règlement : « Que nul ne balaye la chambre parfumée de Bhagavat ! » Lui donc, avec con6ance‘, balayait la chambre parfumée de Bhagavat; après quoi il entrait dans Çràvastî pour mendier.

Cependant Çâriputra ayant passé la saison des pluies à la campagne, avec son entourage de 500 (disciples), rentra à Grâvasti. Plein de respect pour le maitre, il se mit à balayer la chambre parfumée. Le Sthavira Lekuncika s’en aperçut et lui dit : Sthavira, tu as porté un coup à mon ventre en balayant la chambre parfumée. — Le Sthavira répondit : « Comment ? »

— Lekuncika reprit : « C’est que, Sthavira, quand je n’ai pas balayé la chambre parfumée, je ne puis pas obtenir d’aliments. »

Alors le Sthavira lui dit : « S'il en est ainsi, j’ai une invitation ailleurs, ne te tourmente pas, je te fournirai là des aliments. »

Le Sthavira Çâriputra partit donc avec les cinq cents qui formaient sa suite pour se rendre à son invitation ; Lekuncika se mit en marche avec eux. Quand on fut arrivé près de la demeure du maitre de maison, une grande querelle naquit dans cette habitation, à cause de la maturité des œuvres de Lekuncika. Alors Lekuncika se dit en lui-même : « C’est à cau<ïe de mon peu de mérites que cette querelle s’est élevée » ; puis, revenant sur ses pas, il rentra au Yihàra et jeûna.

Le lendemain, le Sthavira Çâriputra lui dit : « Pourquoi n’es-tu pas venu ? »

— 11 répondit : « Le Sthavira sait bien quelle querelle s’est élevée là bas à cause de mon peu de mérites. »

Un autre jour, le Sthavira Çâriputra le mit en tête (de la troupe) et entra

^ Ou « avec humilité, modestie » le mot de Ms. est tJÎçraddAo. (pour vzçra6dAa?j rendu en tibétain par hag.

* Çâi'odvatiputra dans le Ms. népàlais; « en vertu d'un vœu» ajoute le tibétain qui rend le sanskrit janapada par rgyal-bu-rgyad (pour rgyal) byed (= Jetavaiia), traduction qui ne s'explique que par une singulière étourderie du lraducteur,ou par une faute non moins singulière du texte qu'il avait sous les yeux et qu'il aurait dû corriger.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

dans cette maison. Quand il fut là au milieu de la confrérie, on fit les largesses consistant en aliments^ ; mais, ceux qui servaient oublièrent (Lekuncika) qui, de cette manière, jeûna pour la deuxième fois au milieu même de la confrérie.

Enfin, riiistoire parvint aux oreilles du Sthavira Ananda. Quand il en fut informé, il dit à Lekuncika : « Puisqu’il en est ainsi, reste ici à Jetavana, Je t’apporterai des aumônes ». Mais pendant que le Sthavira Ânanda était occupé à se remémoi'er 80.000 éléments de la loi que lui avait enseignés Bhagavat, tandis que les autres Bhixus n’en avaient appris que 20.000, il arriva, à cause de l’obscurité des actes de Lekuncika, que le Sthavira Ânanda oublia (sa promesse), et ainsi (l’infortuné) jeûna pour la troisième fois.

Un (autre) jour, le quatrième, le Sthavira Ananda ^ s’évertua si bien qu’on lui donna des aumônes j mais, pendant qu’il s’en allait, les chiens les lui enlevèrent; et ainsi (Lekuncika) jeûna pour la quatrième fois.

Le cinquième jour, le Sthavira Maudgalyàjana, qui avait appris (la chose), prit des aliments pour Lekuncika et il les lui apportait au moyen de la puissance surnaturelle quand à cause de la maturité des œuvres de Lekuncika, Suparni, le roi des oiseaux, les précipita d’un coup d’aile dans l’Océan, si bien que Lekuncika jeûna pour la cinquième fois.

Le sixième jour, le Sthavira Çàriputra, qui avait entendu (raconter le fait), se dit en lui-même ; « Si je recueillais moi-même, de mes propres mains, les aumônes de Lekuncika? » Le Sthavira Çàriputra, ayant donc recueilli les aumônes de Lekuncika, disparut de cette maison et se présenta à la porte de l’habitation de Lekuncika. Mais, à cause de la maturité des actes de Lekuncika, cette porte se trouva obstruée par des quartiers de roche. Alors le Sthavira Çàriputra ’se dit : « Je l’ouvrirai'* bien par ma puissance surnaturelle. » A ces mots, il posa son vase à terre ; mais alors, à cause de la maturité des actes de Lekuncika, il (le vase) se trouva transporté à 80.000 yojanas de là, sur un solfjrmé d’une couche d’or Mais ensuite, le Sthavira Çàriputra,

1 D'après le tibétain, « on offrit les aliments en faisant le salut à droite ».

2 Le Ms. népalais porte : Slh'wirûndsthâm, le nom de Ananda est en partie supprimé ainsi que le terme rendu en til)étain par vsgrims-te « s'élanl évertué. »

3 C'est à-dire : à travers les airs.

■* Le mol du texte est rnoxdmi que le tibétain traduit par sgo (la porte) dvye-o (j'ouvrirai).

3 Küncanaqayyâm prthivyâm : ce que le tibétain rend gser-gyi « d'or » sa (terre) vji-od-pai.

AVADÀNA-ÇATAKA X, 4, (94)

ayant, par sa puissance surnaturelle, enlevé (et rapporté) ces aliments, quand (Lekuncika) en approcha ses lèvres, sa bouche, par suite de la maturité de ses actes, ne forma plus qu’une masse compacte h En voyant (jusqu’où allait) l’infortune de Lekuncika, l’Âyusmat Çàriputra fut consterné. Voilà comment ce vénérable jeûna pour la sixième fois.

En suite, le septième jour, Lekuncika, pour exciter les êtres, pour montrer combien les actes sont inépuisables, pour développer la force du Karma, remplit son vase de cendres; puis, s’étant assis en face de la confrérie des Bhixus qui avait le Buddha à sa tète, il les mélangea d’eau [et les but]^, après quoi, il entra dans le Nirvana complet, dans l’élément du Nirvâna, où il n’y a aucun reste d’agrégat (Upadhi).

A cette vue, les Bhixus furent tout en émoi. Quand ils eurent rendu à son corps les derniers devoirs, comme un doute était né dans leur esprit, ils questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes ; « Vénérable, quels actes Lekuncika avait-il faits pour que, même après avoir obtenu la qualité d’Arhat, il ait misérablement ^ jeûné six jours, et que le septième, il soit entré dans Nirvâna complet, dans l’élément du Nirvâna oû il n’y a aucun reste d’agrégat. »

Bhagavat répondit : Bhixus, Lekuncika aiitrefoi', dans d’autres naissances antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, il y avait une femme de maître de maison, croyante, honnête, aux inclinations vertueuses, sans cesse occupée à faire des libéralités aux Gramanas, aux Brâhmanes, aux misérables, aux nécessiteux, aux mendiants.

Par la suite, son mari vint à mourir et son fils se trouva le maître dans la maison. C’était un homme égoïste, avare, tenant ferme ce qu’il possédait, qui ne pouvait pas même se résoudre à donner aux corbeaux leur pitance ; chaque fois qu’il voyait des Çramanas , des Brâhmanes , des misérables , des

« quatre clartés » steà-du « sur ». Ce terme est représenté dans le Ratna-atadâna-mâlâ par le mot Rasâtala nom d'une région infernale.

i Cette histoire bizarre est assez peu claire. D'après le texte, c'est Çàriputra qui paraîtrait s’en aller à 80.000 jojanas : — le sens indique que ce doit être le vase; et il n'est pas nécessaire de changer beaucoup le texte pour eu tirer cette interprétation. — Ce récit est bien plus clair dans le Ratna-Avadànamâlà.

* « But » n'est pas dans le texte sanskrit, sans doute, par suite d'un oubli du copiste.

3 Je rends ainsi le mot krpa placé devant le terme bhahta-cheda qui signifie « jeûne », mais non représenté dans le tibétain.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

mendiants, il endurcissait son cœur. La mère, se conformant à ses antécédents, faisait des dons et des largesses aux Çramanas, aux Brahmanes, aux nécessiteux. Mais le fils dominé par l’égc/isme lui disait : Mère, cela ne me plaît pas ; ne fais pas de largesses! — Et la mère reprenait : « Mais mon fils, dans cette famille-ci, c’est la loi de la famille. »

Alors il la fit manger à part* ; malgré cela, elle faisait don de la moitié de ses aliments et mangeait elle-même l’autre moitié. Mais, lui, dominé par l'égoïsme, aveuglé par la colère, cherche de nouveau à l’empêcher. Voyant qu’il n’y peut parvenir par aucun moyen, il dit à sa mère : « Mère, il y a quelque chose à faire dans la cave; entres- y! » — Elle, avec la candeur qui lui était naturelle, entra dans la cave. Aussitôt il ferma la porte et la laissa jeûner [tout un jour]. Elle lui dit: « Mon fils, j’ai faim ! » — Alors il laissa échapper l’acte d’une parole dure : « Mange de la cendre a, lui dit-il. Dans cette situation misérable, pénible, angoissante, poussant des cris lamentables, oui ! lamentables, elle fut privée de nourriture pendant six jours. Après quoi, n’étant pas délivrée, elle mourut. Quand au fils que l’égoïsme avait aveuglé, lorsqu’il se vit privé de sa mère, il n’éprouva pas^ de regret.

Que pensez-vous Bhixus ? Celui qui, en ce ternps-là, à cette époque -là, fut le fils du maître de maison, c’était ce Lekuncika. Pour avoir fait une ofiéiise à sa mère, il renaquit pour tout un Kalpa dans le grand enfer Avîci, par la maturité du fruit de cet acte. Et c’est par cette même cause que, maintenant, après avoir obtenu l’état d’Arhat, il a jeûné six fois et est même entré dans le Nirvana complet, n’ayant eu pour toute nourriture que de la cendre.

Bhixus, Lekuncika a encore fait et accumulé d’autres actes.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, il y avait dans la ville de Bénarès un brahmane adorateur des dieux, objet du respect, de la vénération, de la considération, des hommages de tous les brâhmanes maîtres de

1 Prthaghhaktena sthâpitd. J'avais d’abord traduit railla rationna peur la nourriture » et je n'abandonne pas sans regret cette interprétation qui, je crois, est la vraie, bien qu'elle ne soit pas littérale ; mais le tibétain, quoique peu clair, et surtout le Ralna-av.-màlà, très affirmatif, m'ont décidé à changer ma traduction.

2 II n'y a pas de négation dans le sanskrit, et cela paraît devoir être satisfaisant : mais la même phrase revient plus bas, avec la négation. Toutefois il est remarquable que le Ilatna-av-màla, dans les passages correspondants, parle d'un repentir très sérieux.

* Le Ms. porte: tahni landh'lraeva,.. « par suiti sans avoir miigé, etc... » La traduction tibétaine dit : « ayant mangède la cendre »; rien n'est plus facile que de lire bhasmi au lieu de tasmâ mais hhasmidanühâra n’est pas fahleà justifier grammaticalement; il faudrait, au moins bhasmdhâra'

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maison habitant Bénarès. Tous, sans exception, l’honoraient. Or, c’est une loi que lorsqu’il n’y a pas d’apparition de Buddhas, il paraît dans le monde des Pratyêkabuddhas compatissants, etc.

Or, un Pratyèkabuddha était entré à Bénarès pour les aumônes. Gomme il sortait les mains pleines, le vase rempli, le brahmane l’aperçut et éprouva un sentiment d’égoïsme; il lui dit ; « Apporte- moi ton vase, que je le voie. » La vue de la connaissance manque aux Gràvakas et aux Pratyêkabuddhas, quand ils n’ont pas réfléchi profondément. Ce vénérable présenta son vase. Alors le brahmane jeta le vase à terre et le broya sous son pied. Le Pratyèkabuddha fut donc réduit à jeûner, et le brâhmane ne se repentit pas h Que pensez-vous Bhixus ? Celui qui fut le brahmane, c’était précisément ce Lekuncika. Plus tard, il fut initié sous le bienheureux Kâçyapa, et dans cette condition observa soigneusement l’habitation dans la pureté. C’est pour cela que maintenant, l’état d’Arhat s’est manifesté pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs... (Actes blancs et actes noirs...) Ainsi parla Bhagavat... (2)...

Rapprochements et remarques

I. L’Avadâna de Lekuncika se trouve dans le Ratna-avadâna-mâlâ (f“ 202-212) où il occupe la vingt-unième place. En voici l’analyse ;

Un Brahmane prudent et riche se marie et devient père. L’enfant était difforme et repoussant ; quand sa mère voulut l’allaiter, il se trouva que les seins étaient vides de lait; on fit venir une nourrice, puis une autre, puis une troisième, jusqu'à dix, dans les seins desquelles le lait tarit complètement. Lamentation (en 6 çlokas) du père, qui se décide à élever son fils en lui donnant quelque chose à lécher et à sucer [lehyaco-syopacârena) et l’appela Lekuncika.

L’enfant grandit ainsi, mangeant beaucoup et toujours affamé. Ayant été témoin d’une tournée matinale des Bhixus, de l’empressement avec lequel on leur donnait et de l’abondance où ils étaient, il résolut de se faire initier. Le père y consentit à la suite de réflexions où entrèrent des sentiments plus élevés que ceux qui inspiraient le fils, car il entrevoyait pour lui la délivrance du péché et la réalisation delà perfection.

Initiation de Lekuncika racontée avec assez 'de détails; il arrive à l’état d’Arhat. Un jour, il balaie et nettoie bien la chambre parfumée du grand Muni, puis il prend son vase et son manteau et va mendier. Un maître de maison l’appelle, lui remplit son vase, si bien qu’il fit un repas comme il n’en avait encore jamais fait. Grande satisfaction.

i D'après le Ratna-aüadâna mâlù^ au contraire, il se repentit comme nous l’annonçons plus haut.

Asn. g. — XIX

ANNAT^ES DU MUSEE OUIMET

Il expose son cas à la Confrérie et demande le privilège de balayer la chambre parfumée ; ce qui lui est accordé.

Cependant Çàriputra, rentrant d’une excursion avec cinq cents disciples, se met à balayer ladite chambre, Lekuncika, qui avait mendié s’approche, le voit. Explication entre les deux personnages. Çàriputra promet à I/ekuncika de l’aider, m’engage une fois à l’accompagner dans une maison où il était invité. On arrive; une querelle éclate au dedans. Lekuncika, persuadé qu’il est la cause involontaire de ce désordre, rebrousse chemin, rentre au Vihâra et se plonge dans le Dhyâna au lieu de diner. Après s’être entretenu à ce sujet avec lui, Çàriputra lui promet de nouveau son concours. On se rend de nouveau à la maison, Lekuncika marche en avant. Quand on arrive, on le fait asseoir au milieu, mais les serviteurs l’oublient; de honte il s’échappe, rentre au Vihâra et s’absorbe dans le Dhyâna. Ananda, ayant appris ces faits, lui conseille de ne pas sortir, promettant de lui apporter des aliments. Mais voilà qu’il oublie sa promesse; le pauvre Lekuncika jeûne pour la troisième fois, et Ananda à son retour le trouve plongé dans le Dhyâna. Il lui promet d’avoir désormais plus de mémoire et tient parole ; il lui apporte en effet des aliments. Lekuncika veut manger sur le bord de l’étang et pose son vase à terre; des chiens viennent dévorer ce qu’il renferme. Maudyalyâyana, ému de compassion, veut réparer le mal, va chercher des aliments il les apportait par sa puissance surnaturelle, quand Garuda par un choc les précipite dans l’eau, et Lekuncika n’a d’autre consolation que le Dhyâna. A cette nouvelle, Çàriputra tente un nouvel effort : il apporte de la nourriture à Lekuncika et trouve sa porte obstruée par des pierres ; pendant qu’il tente de l’ouvrir de force, le vase étant posé à terre, les aliments s’échappent dans les régions infernales; Çàriputra y court à 8Û.0J0 yojanas pour les reprendre, ouvre la porte de la cellule ; mais voilà que la bouche de Lekuncika reste fermée et ne peut recevoir les aliments. La complète infortune du malheureux était démontrée.

Après six jeûnes consécutifs, Lekuncika, devant la Confrérie réunie, remplit son Vase de cendres, y mêle de l’eau, puis ingurgite le tout. Après quoi « il s’en alla dans la cessation (le Nirvâna), en faisant la commémoration des trois joyaux. »

Après lui avoir rendu les derniers devoirs, les Bhixus questionnent Bhagavat sur cette destinée extraordinaire. Bhagavat raconte l'histoire suivante :

Un chef de maison de Kâçi, marié à une femme vertueuse et libérale, a un fils qu’il appelle Kânta. Il meurt, et le fils devenu chef de famille se distingue par sa ladrerie i il s’oppose aux libéralités de sa mère et finit « par la faire manger à part dans un appartement (une maison, dit le texte) où il la confine. » Mais elle faisait deux parts de sa nourriture, mangeant l’une et donnant l’autre. Nouveaux reproches du fils qui, voyant sa mère passionnée par la libéralité, l’enferme par ruse dans le grenier de la maison et, ayant bien clos la porte, lui retranche la nourriture. La mère crie la faim. « Mange de la cendre! » répond le fils, qui la laisse ainsi mourir misérablement. Regrets profonds du malheureux qui meurt en entrevoyant les souffrances de l'Avici et passa en effet un kalpa dans cet enfer.

• Le texte dit : qu'il avait déjà mendié : ce qui est fort peu ratisfaisant. Il fallait dire qu’il se disposai! à mendier.

AVADÂNA-ÇATAKA X, 4, (94)

Son crime expié, il Tenait à Bénarès dans une famille de Brahmanes ; il était fort savant. Rencontrant un Pratyekabudda, qui revenait des aumônes, il éprouva un sentiment d’égoïsme, lui demanda à voir ce qu’il avait dans son vase, et, saisissant le vase, le jeta par terre et le broya sous ses pieds. Le Pratyekabuddha s’élève dans les airs sans rien dire, et le Brahmane, dévoré de chagrin, va, après sa mort, passer encore un kalpa dans l’Avîci où il se repent de ses crimes.

Revenu à la vie, après sa purification, dans la maison d’un Brahmane de Bénarès, il se montre savant et vertueux, se fait initier sous Kâçyapa, pratique la pureté et va à sa mort dans la demeure des Buddhas.

Enfin, il revint de nouveau dans ce monde, et naquit à Çrâvastî, dans la maison d’un Brahmane, où il fut Lekuncika, C’est pour avoir offensé sa mère qu’il a jeûné six jours; c’est pour avoir broyé le vase d’un Bhixu que le lait tarissait dans le sein de ses nourrices ; c’est à cause de l’insulte faite à sa mère qu’il a mangé de la cendre avant d’entrer dans le iS'irvàna. Enfin, c’est pour être venu en refuge auprès de Kâçyapa et pour avoir gardé la pureté, qu’il s’est fait initier sous Bhagavat et a obtenu l’état d’Arhat.

On remarquera que certains épisodes, tels que les jeûnes du quatrième et du sixième jour, et le dernier repas de Lekuncika sont plus clairement racontés que dans l’Avadànaçataka. Même observation sur les trois épisodes des existences passées ; ils sont mieux caractérisés ou même présentés un peu différemment, tels que le double séjour dans l'Avîci et l’épisode delà troisième existence. Enfin, le rapport des principaux incidents de la vie de Lekuncika avec ses faits et gestes antérieurs est indiqué d’une manière plus précise et plus complète que dans l’Avadâna-çataka.

IL Le Jàtaka pâli 41, que nous avons rapproché du Maitrakanyaka, se rapproche tout aussi bien et peut-être mieux du Lekuncika; car le héros de ce récit est un Arhat qui meurt de faim en punition de ses péchés d’autrefois. 11 se rapproche amsi, par une partie du récit, du Jàmbàla(oO), la première partie correspondant au récit du temps présent du Lekuncika, la deuxième au récit du temps passé du Jàmbâla, la troisième à certaines parties du Maitrakanyaka. Puisque ce texte touche à trois récits de l’Avadâna-eataka, nous croyons bien faire d’en donner ici une traduction complète.

Jâtaka 41. Lolahatissa o\\ Mittavindaka

Le maître, résidant à Jetavana et prenant pour sujet de discours le Sthavira appelé Lolakatisya, prononça le Lolakâjataka qui commence par ce pada : Celui qui n’écoute pas ceux qui lui veulent du bien...

Qui était-il ce Sthavira Lolakatisya? C’était un objet de reproche dans le royaume de Koçala, une cause de ruine pour sa propre famille, un Bhixu qui recevait peu d’aumônes. Ayant transmigré de sa résidence primitive, il avait pris attache dans le royaume de Koçala, dans un village de pêcheurs habité par mille familles, au sein d’une femme de pêcheur. Le jour où il prit attache, les mille familles cherchèrent du poisson dans le fieuve et dans les étangs; elles ne prirent pas même un (pauvre) petit poisson. A partir de ce moment, ces pêcheurs n’eurent que du malheur ; une fois que ce (Lolakatisya) fut entré

ANNALES DD MUSEE GÜIMET

dans le sein de sa mère, leur village eut sept incendies, il fut sept fois puni par le roi. Voyant les maux se succéder, ils se dirent : « Autrefois cela ne nous arrivait pas ; mais maintenant nous décroissons : il faut qu’il y ajt parmi nous quelque fatalité. Partageonsnous en deux parties. » Aussitôt ils se divisèrent en cinq cents familles de part et d’autre. A partir de ce moment, la section où se trouvent le père et la mère de ce (Lolakatisya) décline, l’autre prospère. Ils divisent encore en deux cette section, puis encore en deux, et ainsi de suite, jusqu’à ce que cette famille se trouva seule. Connaissant parce partage quels étaient ceux que poursuivait la fatalité, ils les battirent et les chassèrent.

La mère vécut péniblement jusqu’au moment où, étant venue à terme, elle accoucha en un certain lieu. On ne peut faire périr un être qui en est à sa dernière existence. Gomme une lampe dans un vase, la prédisposition à la dignité d’Arhat brille dans son cœur. La (mère) veille l’enfimt, le soigne avec empressement, l’entoure de soins assidus. Quand il fût en âge de marcher, lui mettant en main un vase : « Mon fils, lui dit-elle, entre dans une maison. » L’ayant ainsi formé, elle s’en alla.

Lui donc, dès ce moment, livré à lui-méme, cherche çà et là des aumônes ; il couche en un lieu (quelconque), ne se baigne pas, ne prend pas soin de sa personne; comme un Piçâca poudreux, il vit péniblement.

Arrivé, par succession de temps, à l’âge de sept ans, (se trouvant) à la porte d’une maison, dans un lieu où l'on jetait l’eau qui avait servi à laver les pots à faire bouillir le riz, il y recueillait une à une, comme un corbeau, les parcelles de riz bouilli et d’aliments pour les manger. A ce moment, le général en chef de la loi (Çâriputra), allant à travers Çrâvasti pour les aumônes, le vit et se dit : Cet être est dans une situation digne de pitié au plus haut degré. Quel village habite-t-il donc? — Ses dispositions bienveillantes augmentant ; Hé! lui dit-il, viens! — Lui, ayant salué le Sthavira, se tint devant lui. — Le Sthavira lui dit : Quel village habites-tu? Où sont ton père et ta mère? — A cette question, il répondit : Vénérable, je suis sans appui. Mon père et ma mère m’ont renvoyé, en me disant : « Nous sommes épuisés, » et, après m’avoir abandonné, ils ont disparu. — Te ferais-tu bien Bhixu? lui demanda-t-il. — Sans doute, vénérable, je me ferais bien Bhixu ; mais qui ferait entrer dans la confrérie un misérable comme moi? — Moi, reprit le Sthavira. je te ferai entrer. — Bien ! fais-moi entrer. — bit le (Sthavira) lui donna à manger, le conduisit au vihâra, le forma de sa propre main, le fit entrer (comme novice), et, au bout d’une année, le reçut solennellement.

Devenu vieux, ce (Bhixu) était appelé le Sthavira Lolakatisya; il était sans mérites et recevait peu lors de la distribution du gruau de riz. Aussi, même dans les dons extraordinaires, quoiqu’il pût se rassasier, comme il n’avait pas l’habitude de recevoir beaucoup, il n’obtenait que juste de quoi entretenir sa vie. En efièt, quand on avait mis dans son vase une seule mesure de gruau de riz, son vase paraissait plein et l’on se disait : son vase est plein. Si, plus tard, on lui donnait encore du gruau de riz, quelques-uns disent que, dans le temps où l’on mettait ainsi du gruau de riz dans son vase, le gruau de riz disparaissait (pour aller) dans les vases des autres. Voilà comment les choses se passaient pour les aliments solides et autres.

Plus tard, ce Sthavira, dont la vue était devenue plus distincte, arriva au plus haut

AVAÜÂNA -ÇATAKA X, 4, (94)

degré, celui d’Arhat; néanmoins, il recevait toujours peu. Cependant, les sanskâras de sa vie étant usés, il arriva au jour de son Parinirvâna. Le général en chef de la loi s’en aperçut et, eomprenant qu’il en était à son Parinirvâna, se dit : Ce Sthavira Lolakatisya entrera aujourd’hui dans le Parinirvâna ; il faut que je lui donne de la nourriture en suffisance. L'ayant donc pris avec lui, il entra dans la Çrâvasti pour mendier ; mais le Sthavira (Çàriputra), tendant la main près de lui à beaucoup de gens dans Çrâvasti, ne reçut pas même un salut. Alors le Sthavira lui dit : Mon cher, va-t-en! assieds-toi dans la salle des séances. — Ainsi congédié (Lolakatisya) s’en alla ; à peine fut-il parti que les habitants dirent : Sire, tu es venu! et, faisant asseoir (Çàriputra), ils le nourrissaient. Le Sthavira, disant : « Donnez cela à Lolaka, » lui envoya la nourriture qu’il avait reçue. Les (messagers) la prirent et s’en allèrent ; mais, ne voyant pas le Sthavira Lolaka, ils la mangèrent eux-mêmes.

Quand le Sthavira s’en alla et rentra dans le Vihâra, le Sthavira Lolakatisya s’avança en ce moment et salua le Sthavira. Le Sthavira, de retour, se tint près de lui ; Mon cher, lui dit- il, as-tu reçu des aliments? — Vénérable, je ne reçois pas d’aliments. Le Sthavira fut troublé; il regarda l’heure. L’heure était passée. Le Sthavira reprit : Soit, mon cher, assieds-toi ici; et, faisant asseoir le Sthavira Lolaka dans la salle des séances, il se rendit dans la demeure du roi de Koçala. Le roi fit prendre le vase : Ce n’est pas l’heure du repas, dit-il ; et il fit rendre le vase plein des quatre douceurs. Le Sthavira le prit; et, quand il fut de retour : Cher Tisya, dit -il, viens! (prends) ces quatre douceurs, mange! et tenant le vase, il resta près de lui Mais lui, confus à cause du respect que lui inspirait le Sthavira, ne mangea rien. Alors le Sthavira lui dit : Cher Tisya, va, je tiendrai ce vase; assieds-toi et mange. Si je laissais le vase quitter ma main il n’y aurait plus rien (dedans). Alors le Sthavira Ayusmat Lolaka mangea des quatre douceurs, le disciple principal, général de la loi, debout près de lui, tenant le vase. Grâce à la noble force surnaturelle du Sthavira, ces (quatre douceurs) ne disparurent pas. Alors le Sthavira Lolakatisya se remplissant le ventre mangea sa suffisance, et le jour même il entra dans le Parinirvâna par les éléments du Parinirvâna, sans aucun reste d’Upadhi. Le parfait Buddha, se tenant près de lui, soigna l’ensevelissement de son corps, en prit les restes (Dhâtu) et en fit un Gaitya.

Alors les Bhixus, s’étant réunis en conférence sur la loi, tinrent séance en prononçant ces paroles : Hélas! le Sthavira Lolaka avait peu de mérites, il recevait peu. Gomment un homme qui avait si peu de mérites, qui recevait si peu, a-t-il pu recevoir la loi sublime? — Le maître, étant venu dans l’assemblée de la loi, fit cette question : Bhixus, pour quel discours êtes-vous réunis en ce moment ? Geux-ci l’informèrent en disant : Vénérable, nous sommes réunis pour tel et tel sujet. — Le maître dit : Bhixus, c’est par lui-même que ce bhixu s’est rendu incapable de recevoir des aliments et capable de recevoir la loi sublime. Gar,en se créant autrefois à lui-même un obstacle à recevoir, il est né impropre à recevoir beaucoup ; tandis que, par la vue distincte de cette vérité : « La douleur est transitoire, elle n’est par le moi, » par la force d’une puissance de méditation constamment appliquée à la vue distincte, il est né propre à recevoir la loi sublime A ces mots, le (maître) raconta une histoire du temps passé :

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Autrefois, dans le temps du Buddha Kâejapa, un bhixu habitait dans un vil'age, chez un propriétaire : il était exact dans l’accomplissement de ses devoirs, moral, appliqué, s’exerçant constamment à la vue àhimcie (vipaçyanâ).

Cependant un Sthaviia, qui avait anéanti les passions et n’avait pas de demeure fixe, finit par arriver de proche en proche au village où habitait ce propriétaire serviteur (des Bhixus). Le propriétaire, ayant pris plaisir à la tenue décente du Sthavira, le débarrassa de son vase à aumônes, le fit entrer dans la maison, le traita avec égards, lui donna à manger, écouta un petit discours sur la loi, salua le Sthavira et lui dit : Vénérable, allez dans notre Vihâra principal, ce soir nous irons vous voir.

Le Sthavira se rendit au Vihâra, salua le Sthavira qui y résidait, échangea avec lui des questions, puis s’assit près de lui. L’autre, liant conversation avec lui : « Mon cher, lui demanda t-il, tu as reçu des aumônes ? — Oui, j’en ai reçu, — Et où les as-tu reçues? demanda-t-il encore. — Dans votre village principal, dans la maison du propriétaire. » Après avoir prononcé ces paroles, il demanda un siège et un lit, prit soin (de sa personne), rangea son vase et son manteau, puis s’assit, occupé à goûter le bien-être du Dhyàna, le bien-être de la Voie.

Sur le soir, le propriétaire, muni de guirlandes odorantes et d’huile de lampe, se rendit au Vihâra. Après avoir salué le Sthavira résident : Vénérable, demanda-t-il, un Sthavira voyageur n’est- il pas venu? — Si, il est venu. — Où est il? demanda-t-il encore. — Il est à tel siège, tel lit. Lui donc étant allé en présence de l'étranger, l’ayant salué, s’assit près de lui ; et ayant entendu (l’enseignement de) la loi, à l’heure du froid, après avoir rendu son hommage au Gaitya et à la Bodhi, avoir allumé les lampes et adressé une invitation à ces deux personnages, il partit.

Le Sthavira résident se dit : Ce propriétaire est tout d’une pièce ; si ce Bhixu habite le Vihâra, il ne me comptera plus pour l ien. Et, ressentant du mécontentement à l'égard du Sthavira. il se dit : C’est à moi de faire en sorte qu’il n’habite plus ce Vihâra. En conséquence, à l’heure du service (Upasthâna), il ne parla plus avec lui. Le Sthavira qui avait détruit les passions, connaissant son dessein, se dit : Ce Sthavira ne comprend pas que je suis aft’ranchi de tous les obstacles, que je ne suis lié ni par une famille, ni par une maison ; puis, s’étant rendu dans sa cellule, il jouit du bien-être du Dhyâna, du bien-être du fruit.

Le lendemain, le Sthavira résident, ayant touché la cloche avec le dos de l’ongle, ayant gratté la porte avec l'ongle, se rendit à la maison du propriétaire, qui lui prit son vase et le fit asseoir sur un siège préparé : Vénérable, où est le Sthavira étranger? demanda-t-il. — Je ne sais pas ce qui arrive à ton protégé, répondit (le résident) ; j’ai eu beau frapper la cloche, heurter à la porte, je n’ai pu le réveiller; sans doute, ayant mangé dans ta maison des aliments recherchés, il n’aura pu les digérer ; et maintenant il sera tombé dans le sommeil. Puisque tu accordes tes faveurs à de tels sujets, sois satisfait !

Cependant le Sthavira, qui avait détruit les passions, voyant que c’était l’heure d’aller aux aumônes, donna à sa personne les soins nécessaires, prit son vase à aumônes, s’éleva dans l’a;r et s’en alla.

Le propriétaire fit prendre au Sthavira résident un breuvage composé de beurre cia-

rifié, de miel et de sucre; puis, ayant bien nettoyé son vase avec une poudre odorante, le lui remplit de nouveau : Vénérable, dit-il, le Sthavira aura été fatigué du voyage. Portez-lui cela, ajouta-t-il, en le lui remettant. — L’autre le prit comme un homme qui n’ose pas refuser, et, tout en s’en allant, il se disait : Si le Bhixu prend ce breuvage, on aura beau le prendre à la gorge pour le mettre dehors, il ne s’en ira pas. Si je donne ce breuvage à un homme, mon action sera divulguée ; si je le verse dans l’eau, le beurre (en remontant) révélera sa présence ; si je le jette à terre, le rassemblement des corbeaux me trahira. L’ayant donc jeté en un lieu quelconque et recouvert de charbons, il rentra au Vihâra. N’y trouvant pas le Sthavira, il se dit : Assurément ce bhixu est un de ceux qui ont détruit les passions; il aura vu mon dessein et sera allé ailleurs. Hélas! j’ai fait, par gourmandise, une mauvaise action! — Et un profond chagrin s’empara de lui.

Depuis ce temps, devenu Prêta humain, il mourut peu après et alla dans le Niraya. Après plusieurs centaines de mille ans passés dans le Niraya, en raison de ce qui lui restait à accomplir pour mûrir ses œuvres, il devint Taxa pendant cinq cents naissances; et, un jour il ne recevait pas assjz d’aliments pour se remplir le ventre, un autre jour il recevait des excréments en suffisance pour se remplir le ventre. Ensuite, il fut chien pendant cinq cents naissances ; un jour, il recevait des aliments vomis en suffisance pour SC remplir le ventre ; le reste du temps, il ne recevait pas ce qu’on appelle nourriture, de manière à avoir le ventre plein.

Déchu de la matrice de la race canine, il naquit dans le royaume de Kâçi, en un certain canton, dans un village, au sein d’une famille malheureuse. Depuis le moment de sa conception, la famille fut dans une extrême infortune; depuis sa naissance, elle ne pouvait plus même obtenir un peu de vinaigre de gruau de riz. On lui avait donné le nom de Mittavindaka. Le père et la mère, ne pouvant supporter cette douleur (à la cause) mystérieuse, lui dirent : Va- 1 en, maudit ! puis le battirent et le renvoyèrent.

Sans ressource, il arriva en voyageant à Bénarès. Le Bodhisattva était alors un docteur célèbre à Bénarès ; il instruisait cinq cents jeunes gens. Alors, les habitants de Bénarès, ayant donné des secours déroute aux malheureux, (les) faisaient instruire dans la morale.

Ce Mittavindaka s’instruisit donc en présence de Bhagavat. Rude, impatient du blâme, il allait repoussant ceci, cela. Blâmé par le Bodhisattva, il n’acceptait pas le blâme ; en tant qu’il dépendait de lui les bénéfices (du maître) étaient médiocres. Disputant avec les disciples et n’acceptant pas le blâme, il s’enfuit. En courant à l’aventure, il arriva à un village de la frontière, où il gagna sa vie en travaillant pour un salaire. Là, il cohabita avec une femme misérable qui, de ses œuvres, mit au monde deux enfants. Les habitants du village se dirent : 11 nous communiquera les avis bons ou mauvais ; et, donnant une paye à Mittavindaka, ils le placèrent à la porte du village, dans une hutte. Une fois en contact avec Mittavindaka, les habitants du village frontière reçurent sept fois un châtiment de la part du roi ; sept fois leurs maisons brûlèrent, sept fois leur étang eut des fissures. lisse dirent : Autrefois, avant l’arrivée de Mittavindaka, rien de pareil ne nous arrivait; depuis qu’il est venu nous décroissons. Là-dessus, ils le battirent et le renvoyèrent. Prenant sa femme et ses enfants, il alla ailleurs et entra dans une forêt habitée par

ANNALES DU MUSEE GUIMET

des êtres non humains. Les êtres non liumains saisirent la femme et les enfants, les tuèrent et se nourrirent de leur chair. Quant à lui, il s’enfuit, erra ça et là, et arriva à un bourg nommé Gambhîra, juste un Jour où il y avait un navire en partance ; il y monta. Pendant sept jours le navire s’avança sur la surface de la mer; le septième jour, malgré tous les efforts, il s’arrêta, comme fixé sur place. Les gens du navire tirèrent au sort le (nom du) malheureux; sept fois ils obtinrent (celui de) Mittavindaka. On lui donna une botte de bambous; et, quand il l’eut à la main, on le jeta à la mer, A peine y eut-il été jeté que le navire se mit en marche.

Mittavindaka s’avança étendu sur un radeau de joncs ; c’était au temps du Buddha Kâçyapa. Par la force de la moralité qu’il avait observée, (il rencontra) sur la surface de la mer, dans un palais de planches, quatre filles de dieux, qu’il eut en sa possession, et avec lesquelles il demeura sept jours, goûtant le bien-être. Les Pretis, habitantes de ce palais, goûtent le bien-être pendant sept jours. Partant pour endurer la soufirance pendant sept jours, elles lui dirent ; Pendant notre absence, reste ici. Elles partirent. Mittavindaka, au moment de leur départ, monta sur un radeau de joncs, et, poussant en avant, trouva huit filles de dieux dans un palais d’argent ; puis, allant plus loin, il trouva seize filles de dieux dans un palais de pierreries; plus loin encore, trente-deux filles de dieux dans un palais d’or. Ne se conformant pas à leurs conseils, et allant de l’avant, il vit dans une île plus éloignée une ville de Râxasas. Là, se promenait une Yaxinî sous la forme d’une chèvre. Mittavindaka, ignorant que c’était une Yaxinî, se dit : Je vais manger de la viande de chèvre, et il la saisit par la patte. Elle, par sa puissance de Y'axa, l’enleva et le lança au loin. Lancé par elle, il passa par dessus la mer et vint tomber dans le pays de Bénarès, sur un buisson d’épines, dans un fossé, d’où, s’avançant, il arriva sur la terre (ferme).

En ce temps là, près de ce fossé, les chèvres du roi pâturaient. Des voleurs en avaient enlevé et les chevriers s’étaient dit : Nous prendrons les voleurs. Ils se tenaient donc cachés à une petite distance. Mittavindaka, s’étant dégagé et étant arrivé à terre, vit les chèvres et se dit : Dans une île de la mer j’ai saisi la patte d’une chèvre, elle m’a lancé et je suis tombé ici. Si maintenant je saisis une chèvre par la patte elle me lancera en avant, sur la surface de la mer, en présence des divinités des palais. Raisonnant ainsi d’une manière complètement fausse, il saisit une chèvre par la patte. La chèvre à peine saisie se mit à crier. Les chevriers accoururent de différents côtés : Voilà longtemps, s’écrient- ils, que ce voleur se nourrit de chèvres aux dépens du roi. — Ils le battent, le lient et le conduisent devant le roi.

En ce moment, le Bodhisattva, entouré de cinq cents jeunes gens, sortait de la ville pour se baigner. Ayant vu Mittavindaka et l’ayant reconnu, il dit aux hommes : Mes amis, c’est un de nos élèves ; pourquoi vous emparez-vous de lui? — Seigneur, c’est un voleur de chèvres ; il a saisi une chèvre parla patte et c’est pour cela qu’il est pris. — Eh bien, reprit-il, faites-en notre esclave et donnez-le nous; il vivra avec nous. — Bien, maître, répondirent-ils ; et, le laissant aller, ils partirent,

Alors le Bodhisattva le questionna : Toi, Mittavindaka, où as-tu demeuré pendant tout ce temps ?- Il fit connaître alors tout ce qu’il avait fait. Le Bodhisattva dit : Si l’on

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ne suit pas les avis de ceux qui sont animés d’intentions bienveillantes, on obtient la douleur. Puis il prononça cette stance (Gâthâ) :

Celui qui, sans égards pour ceux qui désirent ses succès et ont pour lui des sentiments bienveillants, — repris par eux n’exécute pas leurs ordres, — celui-là a du chagrin, comme Mittavindaka, après qu’il eut saisi la patte d’une chèvre.

Par cette stance, le Bodhisattva enseigna la loi : c’est pour avoir offensé le Sthavira qu’il (Mittavindaka) a passé par ces épreuves, que, dans trois (séries d’) existences individuelles, il n’a eu pour se remplir le ventre que des aliments déjà reçus; — que, étant Taxa, il n’a eu un jour que des excréments ; — que, devenu chien, il a eu un jour des aliments vomis; — que, au jour de son Parinirvâna, il a, par la (seule) puissance du général en chef de la loi, reçu les quatre douceurs, de manière à se remplir le ventre. — Ainsi, il faut savoir que c’est un grand péché d’empêcher un autre de recevoir... Le maître ajouta : Bhixus, c’est ainsi que celui-là a été le propre auteur de la double condition (à laquelle il fut soumis) de recevoir peu d’aumônes, de recevoir la Loi de l’Arya.

Il y aurait bien des remarques à faire sur ce récit. Nous nous bornerons à signaler le peu d’importance du rôle actif io\xé par le Bodhisattva. Ce récit est un Jâtaka, mais il est aussi peu Jâtaka que possible. C’est surtout un Avadâna. On peut le considérer comme le type de la forme donnée dans la littérature pâlie aux récits dénommés Avadâna dans la littérature sanskrite bouddhique.

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