‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 155 sur 167 · SAMSARA · texte numérisé non relu

SAMSARA

Le bienheureux Buddha (1) résidait à Çrâvastî à Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

Il y avait à Çrâvasti un maître de maison riche... (9)... Description d'un homme riche... Il épousa une femme... (6) Mariage fécond... Il lui naquit un fils beau, admirable, charmant, pourvu de tous ses membres et organes.

A peine né, (l’enfant) regarda la maison ^ et proféra ces mots : « le Sanisâra est la douleur. Messieurs le Sainsàra est la suprême douleur ! » Ces paroles prononcées, il resta silencieux.

On fit une fête à l’occasion de sa naissance, et on lui donna un nom. — Quel sera le nom de cet enfant? demanda-t-on. — Les parents dirent ;

* « Les gens de la maison » dit le tibétain

2 lihadanta, que je lis bhavanta; et qui n’est pas représenté dans le tibétain.

A>n. g. — XIX

ANNALES Dü MUSEE GUIMET

Puisque, à peine né, il a fait entendre le mot « Samsara », que le nom de cet enfant soit donc Samsara.

L’enfant Samsara fut confié à huit nourrices... (7) Education hrïllante et prospère. . .

Quand l’enfant Saiîisâra fut par degrés devenu grand, comme il avait, par sa nature, le souvenir des existences passées, il enseignait la loi à la foule en disant : « Messieurs, ne laissez pas échapper des paroles violentes contre vos gurus, ou ceux qui en tiennent la place, vos pères, vos mères, vos maîtres, vos précepteurs; le Sainsâra (n’)est (que) douleur. »

Plus tard, en circulant de côté et d’autre, il arriva jusqu’à Jetavana. Alors, il vit le Buddha (16)... Description physique du Buddha.

A l’instant même, où il le vit, il éprouva de bonnes dispositions envers Bhagavat. En vertu de ces bonnes dispositions, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Bhagavat lui fit un exposé de la loi propre à détacher (des passions) du Sainsâra, (exposé) tel que, après l’avoir entendu, le jeune Sainsâra, ayant vu les défauts qu’il y a dans le Sainsâra, se fit initier à l’enseignement de Bhagavat, après avoir obtenu la permission de ses pere et mère. A force d’application (23)... Arrivée à l'état d'Arhat...

Quoique devenu Arhat, il enseignait la loi aux Bhixus en disant ; « Ayusmats, ne laissez point échapper des paroles violentes contre vos gurus, ou ceux qui en tiennent la place, vos pères, mères, maîtres et précepteurs ; le Sainsara (n’)est que douleur; le Sainsâra est la suprême douleur. »

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrçnt le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes.

Vénérable, quels actes Sainsâra avait-il faits, accumulés pour que, pendant cinq cents naissances, il soit sorti du sein de sa mère comme un cadavre en putréfaction', et que, apres son initiation, l'état d’Arhat se soit manifesté pour lui ?

,Bliagavat répondit : Bhixus, Sainsâra, dans des existences antérieures... (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration...

* Rien n’a été dit pour faire ronnaiti e cette particularité qui n'est pas très claire. S'agit-il d'un enfant vieillard, comme Sthavira (9î?)? S’agit‘il d'un enfint mortmé? On verra que la suite du récit laisse subsister le doute.

AVA DÂNA-ÇATAK A , X, 5, (^^o) 403

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans ce même Bhadra-kalpa, où nous sommes, quand la vie des créatures humaines était de vingt mille ans, le Buddha nommé Kâçyapa parut dans le monde... (14) Apparition d'un ancien Buddha. ..

Etant entré à Bénarès, il y résidait à Rsipatana, dans le Mrgadâva.

11 y avait, dans la ville de Bénarès, un fils de Gresthî qui avait été initié par un Sthavira. Ce Stliavira était un Arhat qui avait renoncé aux passions. Or, il y eut une fête dans le pays. Alors le jeune Bhixu chercha à faire lever le Sthavira : « Lève-toi, lui dit- il, allons au village où se tient la fête! » — Le Sthavira répondit : « Mon fils, maintenant il est trop matin ; va pourtant ! mais garde bien le parti delà vertu, »

Deux fois, trois fois, le jeune Bhixu essaya de faire lever le Sthavira. Deux fois, trois fois, le Sthavira répondit : a Mon fils, il est maintenant trop matin; va pourtant! mais garde bien le parti de la vertu. » Alors le jeune Bhixu, avide de mangeaille, laissa échapper cette parole violente ; « Puisses-tu, pendant cinq cents naissances, ne jamais sortir d’un corps vieux ^ ! Quant à moi; je pars. »

Bhagavat ajouta ; Que pensez vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps -là, à cette époque- là fut le jeune Bhixu, c’était Saihsâra.

C’est pour avoir conçu de mauvais sentiments à l’égard d’un Arhat et avoir laissé échapper une parole violente, c’est parla maturation de cet acte, que, pendant cinq cents naissances, il est sorti du sein de sa mère comme un cadavre puant. Maintenant que les cinq cents naissances sont écoulées, il a atteint la qualité d’homme ; et alors, se souvenant de ce fait, il dit : Le Saihsàra n’est que douleur, le Saihsàra est la suprême douleur. Mais parce qu’il a éprouvé du regret, qu’il a confessé sa transgression au Sthavira, et gardé soigneusement l’habitation dans la pureté fèraAr/zacarî/ayasaj, à cause de cela, l’état d’ Arhat s’est manifesté pour lui.

i Je traduis ainsi : Mâ... jirnakâyânirgaccha; ce qui revient à dire : « habite toujours un corps vieux, un corps devieillarJ! » Le tibétain traduit gson-por {k l'état de vivant) khgim-nas (de la maison) p/iyr ma vguH-}ig (ne parais pas dehors), c'est-à-dire « ne sors pas vivant de la demeure ». La demeure dont il s’ag'it me paraît être la matrice. Cette phrase signifierait donc : « ne sors pas vivant du sjinde ta mère! » Pour faire concorder le sanskrit avec le tibétain il faudrait lire jivakdyo ou jivo kiyâa au lieu As jirn ihàyân. Mais il y a désaccord entre le sanskrit et le tibétain. L'omission signalée, dans le Ms. népàlais, à l’en Iroit correspondant du récit 9J, nous prive d’une ressource pour a solution de la difficulté. (Voir ci-dessus p. 381, note 2.)

ANNALES DU MUSEE GUIMET

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs (5)... Actes blancs et actes noirs...

Ainsi parla Bhagavat... (2)...

Ce récit a tout l’air d’une variante du récit 92 (Sthavira). Le thème est identique, le récit du temps passé diffère à peine. Il n’j a que le récit du temps présent qui soit arrangé de manière à donner l'impression de deux individualités distinctes. La dernière naissance des deux héros s’accomplit dans des circonstances qui ne permettent pas de les confondre; mais leurs naissances antérieures se laissent moins facilement déterminer. Sthaviraka a dû naître 500 fois après un séjour de 60 ans dans la matrice; quant à Samsara il a dû, 500 fois, ou bien naître sous la forme d’un vieillard, ce qui ne le ferait différer de Sthavira que par la durée du S(^our dans la matrice, ou bien sortir mort du sein de sa mère. Cette seconde hypothèse est celle qui établit la plus grande différence entre les deux héros, et c’est celle que nous adoptons. C'est d’ailleurs celle qui parait être la meilleure interprétation du texte.

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