‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 156 sur 167 · GUPTIKA · texte numérisé non relu

GUPTIKA

— Cacliè — -

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çràvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

Lorsque Bhagavat, invité par Stavakarnika attira à sa discipline beaucoup de gens dans la ville de Saupàraka^, et inspira à la grande foule des habitants de Saupâraka des dispositions favorables pour le Buddha et sa Loi, et de l’empressement pour la Confrérie, il y avait dans la ville de Saupâraka un maître de maison riche (9)... Description d'un homme riche .. 11 épousa

1 Je prends Stavakarnika pour un nom propre d homme, quoique ce ne soit pas clairement indiqué. Stava signifie ï louange », karnika « qui a des oreilles »; d'où l'interprélation « qui a les oreilles pleines (ou avides) de louange ». L'équivalent tibétain est rgya-shegs-kyi rna-va-can. Les trois derniers éléments du composé répondent à karnika; mais comment interpréter rgya skegs? Le mot skegs signifie « mal, dommage »; en lisant rgyun « coulei », on aurait « mal qui coule », et l'ensemble pourrait .se traduire « qui a un écoulement des oreilles ». Le mot sanskrit devrait alors se lire Srava (ou snava) karnika. Mais la leçon sanskrile stava est aussi claire que la leçon tibétaine rgya.

2 Ce nom est écrit chaque fois d'une manière différente. Nous avons : Saupariraka, Sarvapârakn, Saupâraka, Çauparika. La traduction tibétaine est slob-ma-can « possédant des écoliers (ou de* etudiants) ». — Je ne puis rendre compte de C3 nom et j'écris Saupâraka.

AVADÂNA -GATAKA X, 6, (90)

une femme... (G) Mariage fécond... Il lui naquit un fils, qui vint au monde le corps tout couvert et gonflé de clous. Quand les clous se furent ouverts, il ne fut plus qu’une masse de chair (vive) ; le pus et le sang sortaient de son corps goutte à goutte, une odeur forte et fétide s’en exhalait. Le père, comptant sur la force (que lui donnait) son opulence, lui prodiguant les drogues les mantras, les herbes médicinales, les serviteurs, le soigna luimême; mais il eut beau faire l’office de médecin, la maladie ne s’adoucissait pas, à cause de la puissance du Karma attaché après le (malade). Voyant donc que le corps restait dans le même état, il en eut honte et l’enveloppa d’habits complètement de manière à le cacher ; de là vient qu’on donna à l’enfant le nom de Guptika (« caché »).

Quand l’enfant Guptika fut devenu grand, (quelques-uns de) ses contemporains, nés en même temps que lui, à Çrâvastî, vinrent (s’établir) dans la ville de Saupâraka. Ils dirent à son père : « Très cher, si on le conduisait à Çrâvasti, il serait possible de le délivrer de cette maladie; car on y trouve aisément des médecins, des médicaments, etc. » — A l’ouïe de ce discours, le père, donnant force joyaux et serviteurs, le fit partir pour Çrâvasti. Celuici, avançant toujours en compagnie de ses contemporains, atteignit Çrâvasti. Mais la maladie née de ses actes ne put se guérir en dépit de l’abondance des médecins, des drogues des herbes médicinales, des serviteurs.

Par la suite, étant sorti, il vint à Jetavana. Il vit alors le Buddha... (16)... Description physique du Buddha... Il ne l’eut pas plus tôt aperçu qu’il éprouva de bonnes dispositions ^ envers Bhagavat. En vertu de ces bonnes dispositions, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Bhagavat, connaissant son état d’esprit, son repentir, son caractère et sa nature, lui enseigna les cinq agrégats de la prise de possession ^ (de l’existence), (argumentant) de la maladie, des ulcères, de la souffrance, du péché de l’impermanence, de la douleur, du vide, du non-moi®. — Lui

1 Bravya que le tibétain rend par nor ; peut-être faut-il traduire : « l'argent ».

2 Encore le mot dravya rendu par le tibétain nor qui, peut-être, désigne plutôt l'argent employé à payer les frais de cette cure difficile.

3 Prasâda rendu en tibétain par dga «, joie ».

Pancopâdânaskandha.

5 Apata, tib. sdig-pa.

® Ces deux derniers termes « vide » et « non-moi » ne sont pas dans le tibétain.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

donc, ayant compris l’impermanence des Sanskaras ^ se fît initier à l’enseignement de Bhagavat. A force d’application... (23) Arrivée à l'étal (T Arhat. . .

Les compagnons de Guptika s’étaient fait initier du même coup. Il se rendirent au lieu où était l’Â^usmat Guptika; quand ils y furent arrivés, ils parlèrent ainsi al’ Ayusmat Guptika : Ayusmât Guptika, qu’est-ce qui, dans le monde, dans ce monde-ci*, est soumis à la loi du dépérissement? Qu’est-ce qui, dans le monde, dans ce monde-ci, n’est pas soumis à la loi du dépérissement?— Ayusmats, la îovmQ (rûpa) est soumise à la loi du dépérissement ; de la suppression de ce qui est soumis à la loi du dépérissement (résulte) le Nirvana qui n’est pas soumis à la loi du dépérissement. La sensation (Vedanâ), Ayusmats, la connaissance complexe (&ahj7iâ), les composés la connaissance analytique (Vijnâaam), sont soumis à la loi du dépérissement. De la suppression de ce qui est soumis à la loi du dépérissement (résulte) le Nirvana qui n’est pas soumis à la loi du dépérissement. — Que pensez-vous, Ayusmats? la forme est-elle permanente ou impermanente ?

— Elle est impermanente, Ayusmat Guptika.

— Eh bien ! ce qui est impermanent est-il douleur, oui ou non ?

— Il est douleur, Ayusmat Guptika.

— Eh bien! ce qui est impermanent, douleur, soumis à la loi du changement, est-ce que l’auditeur de l’Aiya qui a bien entendu (et compris) pourrait le considérer comme étant de son moi (et dire) : Ceci est de moi, je suis ceci, ceci est (mon) moi?

— 11 n’en est point ainsi, Ayusmat Guptika.

— Que pensez-vous, Ayusmats? La sensation, la connaissance complexe, les composés, la connaissance analytique, tout cela est-il permanent ou impermanent ?

— Il est impermanent, Ayusmat Guptika.

— Eh bien! ce qui est impermanent est-il douleur?

— 11 est douleur, Ayusmat Guptika.

— • Eh bien ! ce qui est impermanent, douleur, soumis à la loi du changement, est-ce que l’auditeur de l’Arva qui a bien entendu (et compris) pourrait

• I.e Ms. népalais a (la transmigration) et le libélain 'du bi/ed (sanskàra).

2 Je rends ainsi apraloke que je lis atra loke et dont l'équivalent n'est pas dans le tibétain.

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le considérer comme étant de son moi (et dire) ; Ceci est de moi, je suis ceci, ceci est (mon) moi ?

— Non, Âyusmat Giiptika;

— Alors donc, Âyiismats, tout ce qui est forme, quel qu’il soit, présent, futur ou passé, interne ou externe, grand ou petit, vil ou précieux, proche ou éloigné, rien de cela n’est de moi, je ne suis pas cela, ce n’est pas (mon) moi. Ainsi doit considérer et parler celui qui connaît comjilètement les choses telles quelles sont. (De même) la sensation quelle qu’elle soit, la connaissance complexe, les composés, la connaissance analytique quelle qu’elle soit, présente, passée ou future, interne ou externe, grande ou petite, vile ou précieuse, éloignée ou proche, rien de cela n’est de moi, je ne suis pas cela, cela n’est pas moi. Ainsi doit considérer (et parler) celui qui a la connaissance complète de la réalité.

Quand il considère ainsi (les choses), Ayusmats, l’auditeur de l’Ârya qui a bien entendu (et compris) a horreur de la forme, de la sensation, de la connaissance complexe, des composés, de la connaissance analytique. En' ayant horreur, il s’en détache; en étant détaché, il est délivré. Cette délivrance est (pour lui) la vue de la connaissance. La naissance a péri pour moi, dit-il, j’ai revêtu la pureté (brahmacaryam), j’ai fait ce que j’avais à faire, je ne connais pas d’autre existence que celle-ci.

Pendant que cet exposé de la loi était prononcé, l’œil de la loi sans poussière et sans tache naquit pour les contemporains (de Guptika) à l’égard de (toutes les) lois.

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes : « Vénérable, (dirent-ils), quels actes Guptika avait-il faits pour qu’une maladie si cruelle et d’une odeur repoussante ait envahi son corps ? Quel acte avait- il fait pour avoir une intelligence si vive, si pénétrante, et pour que, après son initiation, il ait obtenu l’état d’Arhat ? »

Bhagavat répondit : Bhixus, Guptika, dans d’autres existences antérieures (12)... Le fruit des œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, il y avait un Gresthî qui était brouillé avec un autre Çresthî. Il offrit au roi des sommes considérables en lui faisant cette ouverture : « Sire, ce Çresthî est un criminel, il faut lui appliquer un châtiment ». — Leroi y consentit, et

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le chargea même d’inllig'er la punition h 11 fit donc amener chez soi, et battit de verg'es^ (son ennemi) ; puis, pendant que son corps ruisselait de sang, on lui fit prendre, en grande quantité, une poudre d’un poison énergique, en sorte que son corps ne fut plus qu’une seule masse une boule de chair (vive).

Cependant les compagnons de ce Çresthî apprirent quel traitement r(adversaire) lui avait infiigé, et, unissant leurs efforts, grâce à des procédés d’une efficacité supérieure, ils le délivrèrent de cette maladie. Lui, du même Coup, quitta sa maison, renonça au monde et développa sans maître ”, dans son esprit, les lois des trente-sept parties de la Bodhi, en sorte que la Pratjekabodhi se manifesta pour lui.

Alors cette pensée lui vint à l’esprit : « Go Gresthî, par sa conduite envers moi, s’est acquis bien des démérites; si j’allais à lui pour lui faire peur? » 11 se présenta donc devant lui, s’éleva en liant dans les airs, et se mit à faire voir divers prodiges. La puissance surnaturelle incline les gens •simples à croire promptement. Gomme un arbre déraciné, il tomba à ses pieds, et, faisant la salutation des mains, il adressa cette supplique au bienheureux (Bhagavat) : « Descends, descends, ô toi qui es digne d’un grand salaire, j’ai commis un crime contre toi, mais je suis revenu (à de meilleurs sentiments), et je veux te rendre mes devoirs. » Après avoir ainsi demandé pardon au Pratjêkabuddha, il lui fournit des aliments et le revêtit d’étoffe, puis lui exprima ce souhait ® ; « Si, dominé par la colère, j’ai commis une offense contre toi, puissé-je ne pas recueillir le fruit de cet acte! Si je t’ai rendu hommage, puissé-je, à cause de cela, recevoir des qualités telles (que les tiennes), m’attacher à un maître encore plus éminent, et ne pas me l’aliéner! »

Bhagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus?Gelui qui en ce temps-là, à cette époquc-là fut le Gresthî, c’étaît ce Gresthî. Par Tîntluence de cet acte,

1 Je traduis d’après le tibétain; le Ms. iiépâlais poite simplement ; tato jnàtasyevànujnâta:

2 Latâhistâtrita ; (pour Latâbhistürjita) : ce que le tibétain rend pai Icag-gis (avec des coups) vjus-so (il le fît fondre).

3 Ekaghana, expression qui n'est pas rendue par le tibétain.

* Je rends ainsi pravrajita : dont la traduction ordinaire « initié » ne convient pas ici.

“ Le sansluit porte : tenâcâryakena, ce que le tibétain rend par des (par lui) slob-dpon med-par sans avoir de maître). Je traduis selon celte indication ; mais le sanskrit doit être fautif, et il faut sans doute lire ; lenànâcâryakena.

' 6 Proposition qui ifest pas dans le sanskrit, sans doute, par suite d’un oubli du copiste.

AVADÂNA- ÇATAKA X, 8, (98)

. Alors les poils du roi Ajàtaçatru se hérissèrent comme la tleur du Kadamba; avec des larmes dans la voix, le visage inondé de pleurs, il prononça (cet) Udâna : « Oh ! ils sont parfaitement mûrs, le jugement et le caractère de cet (homme) il a bien saisi les défauts du Samsara et sa foi est parfaite, puisque, en vue d’ètre initié, il est bien décidé à renoncer à la vie si désirée (de tous). » — Puis, le roi, après l’avoir consolé, lui dit :

(( Mon fils, je suis le maître de ta vie; va maintenant, fais-toi initier à l’enseignement de Bhagavat! a

Envoyé en ces termes par le roi, il se fit initier à l’enseignement de Bhagavat; à force d’application (23)... Arrivé à Vêtat cV Arhat...

Alors Bhagavat interpella ses Bhixus : « Bhixus, le premier des Bhixus mes auditeurs initiés par foi, n’est autre que Gangika de Bénarès, le fils de ; Çresthi. a. — A ces mots, les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes : Quels actes,, ô vénérable, Gangika, avait-il faits, pour que ni le feu, ni le poison, ni le fer n’aient prise sur son corps, qu’il n’ait pas pu périr dans l’eau, et qu’il ait' obtenu la qualité d’ Arhat ? , , G .

Bhagavat répondit : Bhixus, Gangika, dans des naissances antérieures... (2)... Le fruit des; œuvres et la transmigration...

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, il y avait un homme de caste vile (Màtanga), qui faisait métier de voler dans les ciraetièresi Une fois qu’il avait terrassé un passant ’ et s’était saisi d’un objet, des voleurs^ se mirent à sa poursuite. Or, dans un cimetière^, setrouvait un Pratyekabuddha absorbé dans la -méditation do l’obstruction^. L’homme de caste vile adonné au vol dans les cimetières lui offrit l’objet volé,et se tintQà caché. Les voleurs, n’apercevant que le Pratyekabuddh-a, se mirent à lancer- contre lui le fer et le :feu, mais sans réussir à faire mouvoir ,

a Le Ms. offre ceUe'leçon qui ne peut être correcte : 6uddhisantaiîsva-. , — Le tibélain a : hlo-i rgywfl^ faisant du pr.emier ter, me le com.plément du s.econd : la question est donc.de savoir si nous avons deux expressions distincies' :'su,ntatiçca ou un composé bu ddhisantati : — La traduction tibétaine-' est en faveur de la seconde interprétation; le texte du Ms. semble exiger la première.

2 I..e Ms. porte, p6iait/iâua>n. «■ un chemin a; le tibétain tra luit ; 'dron 2^o-dag « des voyageurs »,

3 Tdskarâ reniia en tibétain- par wî-r^^o:/, expression qui, désigne des.sauvages malfaisants, etpar-.fo,is des êires Imaginaires.

Le tibét'iin dit ; « dans une région du cirhetiére ». ... ■ j

5 Nirodhasamâdhi = Nirodhasamapatti (comparer ci"=-dessus, page 412, 1. 1, et note 2).

Ann. g. — XIX 53

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même le bord de son manteau; en sorte qu’il demeurait absorbé dans sa méditation de l’obstruction.

Quand les voleurs lassés se retirèrent, le Pratyekabuddha sortit progressivement de sa contemplation. Alors, l’homme de caste vile, qui faisait métier de voler dans les cimetières, donna des aliments au Pratyekabuddha; après quoi, il fit C3 pranidhâua : Puissé-je participer à des mérites tels que ceux de ce (personnage) invulnérable ! comme lui, partout où je naîtrai, puissé-je être invulnérable ! (Puissé-je enfin) m’attacher un maître plus éminent que lui et ne pas me l’aliéner !

Bhagavat ajouta : Que pensez -vous, Bhixus? — Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut l’homme de caste vile qui volait dans les cimetières, c’était ce Gangika. Depuis, il fut initié sous le bienheureux Kàçyapa; là, il garda soigneusement l’habitation dans la pureté (brahmacarya); et c’est à cause de cela que l’état d’Arhat s’est manifesté pour lui.

C’est que, Bhixus, les actes entièrement noirs... (5)... Actes noirs et actes blancs...

Ainsi parla Bhaghavat. . . (2). . .

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