‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 3 sur 167 · II. — Du GENRE AvaDÂNA ET DE SON CARACTERE PROPRE · texte numérisé non relu

II. — Du GENRE AvaDÂNA ET DE SON CARACTERE PROPRE

Sens du mot Avadàna. — Il n’est pas facile de déterminer le sens propre de ce mot Avadâna, Les termes « légende, action héroïque, » par lesquels nous le rendons ne sont pas de véritables traductions. Nous ne sommes pas, sur ce point, plus avancés que les peuples bouddhistes de l’Asie, dont l’embarras est égal au nôtre. Ni le mongol domoli « tradition historique », ni le tibétain vrlogs-vrdjod « jugement » ne sont des traductions exactes et précises. L’expression chinoise 'pi-yû « comparaison » est plus exacte et plus

claire ; cependant les Chinois eux-mêmes n’en paraissent pas très satisfaits, puisqu’on a tenté de lui substituer l’expression chu~yao «lumière perçant, point du jour » — ce qui ne me paraît pas fort heureux, — et qu’on la remplace volontiers par l’expression in-yuen « causes et conséquences » , qui conviendrait assez, mais qui a déjà reçu une autre application; car elle correspond au mot Nidâna qui, dans réniimération précitée, occupe la sixième place.

Pi-yü est évidemment la meilleure traduction ; malheureusement, ce terme est trop étendu. 11 désigne à la fcis, la Comparaison, — l’Apologue, — ^A^adàna, — trois genres voisins, analogues, mais distincts.

Comparaison, Fable, Avadâna. — La Comparaison (upamâ en sanskrit, dpe en tibétain) est un mode de démonstration très usité dans le Bouddhisme. Wassilief dit qu’il est spécial à l’école septentrionale Vaibhâsika. Soit ! mais la Comparaison fourmille dans des ouvrages qui n’émanent pas de cette école. Je n’insiste pas ; et je me permets de renvoyer, pour le type du genre, à la’traduction que j’ai donnée du Kumâra-drstânta-sûtra ^ — parceque ce texte est cité dans l’ Avadâna- Çataka (sous son autre titre ; Dahara-sûtra).

La Fable, qui repose sur une comparaison, ou qui est le point de départ d’une comparaison, est trop connue pour que je m’y arrête longtemps. On sait qu’elle est essentiellement, sinon exclusivement, indienne. Mais il ne paraît pas qu’elle se rencontre dans le Bouddhisme sous sa forme propre ; elle ne s’y présente que sous la forme de l’ Avadâna. L’ Avadâna n’est cependant pas la Fable.

Qu’un conteur, Esope ou Babryas, Phèdre, La Fontaine, nous explique, en y joignant une moralité, comment jadis un oiseau à long cou et à long bec retira un os de la gorge d’un loup et ne fut payé de sa peine qu’en injures et en menaces; nous avons là une fable, un apologue, c’est-à-dire un récit fictif et allégorique, augmenté de conseils sur la manière de se diriger dans la vie. Mais que ce récit soit mis dans la bouche d’un personnage qui ajoute que l’oiseau, c’était lui-même, que le loup était un sien cousin dont il n’a pas à se louer, et que leurs relations d’aujourd’hui ne sont que la continuation ou la conséquence de leurs relations d’autrefois ; nous avons alors un enseignement d’un tout autre caractère et d’une tout autre portée, qui nous montre la fatalité

1 Annales du musée Guimet, V, p. 133-138.

INTRODUCTION

s’exerçant à travers les âges, — la justice d’outre -tombe dominant, réglant, déterminant les destinées individuelles : nous avons un Avadâna.

Définition et nature de V Avadâna. — Je définis donc l’Avadâiia : une instruction destinée à rendre palpable le lien qui rattaclie les événements de la vie présente aux actes accomplis dans des existences antérieures, le présent étant considéré comme le produit du passé. Ainsi tout Avadâna se compose essentiellement de deux récits : le récit d’un événement actuel, — le récit d’un événement passé qui l’a déterminé. Ce second récit, qui exige une connaissance complète des choses d’autrefois, ne peut pas être fait par le premier venu. 11 n’y a que ce Buddlia omniscient qui puisse évoquer de tels souvenirs ; et, comme ce Buddlia est essentiellement un docteur, l’explication qu’il donne est nécessairement suivie d’une leçon, d’un précepte, d’une instruction appropriée, qui répond à la morale de nos fables. Un Avadâna se compose donc de ces quatre parties : 1“ un préambule, qui exalte plus ou moins le Buddha en faisant connaître le lieu de sa résidence ; 2“ un récit du temps présent, fait par un narrateur quelconque ; 3" un récit du temps passé, expliquant le récit du temps présent et fait par le Buddha ; 4“ une conclusion, qui est le précepte donné par le Buddha à l’occasion des faits dont il vient d’être témoin et des souvenirs qu’il vient de rappeler. — 11 y a, dans la littérature bouddhique, un très grand nombre de récits faits suivant ce plan.

L’ Avadâna est donc un genre bien caractérisé ; et je ne puis me ranger à l’opinion de Burnouf qui a cru voir, dans les recueils d’Avadânas, le Vinaya (ou la Discipline) du canon népâlais. Le Vinaya est proprement l’ensemble des règlements donnés à la Confrérie bouddhique par son fondateur. Il est vrai qu’on y peut faire entrer et qu’on y a fait entrer bien des choses étrangères à cet objet spécial. Il est d’ailleurs certain qu’on trouve dans le Vinaya tibétain un grand nombre d’Avadânas, et tout porte à croire qu’il en existe beaucoup dans le Vinaya népâlais que nous ne connaissons pas. Certains Avadânas, certaines conclusions d’Avadânas peuvent avoir un caractère nettement « disciplinaire». En un mot, il se peut que l’avis émis par Burnouf se justifie dans un grand nombre de cas particuliers. Comment l’aurait-il formulé sans cela? Et, toutefois, il a senti le besoin de faire des réserves.; il a signalé, et signalé avec insistance, des analogies entre les Avadânas et les Sùtras. Mais il y a là comme une contradiction; car il faut bien qu’un texte

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