X.II
ANNALES DD MUSEE GUIMET
bouddhique appartienne soit au A'inaya, soit au Sùtra. Il est vrai qu'il en est plusieui's, et non des moins importants, qui sont répétés dans l'une et l'autre classe; ce qui atténue la contradiction, mais produit la confusion. La vérité est que les Avadànas fout partie du Sùtra ; ce sont des Sùtras auxquels s'ajoute un élément nouveau celui même que nous venons de définir : le rapport établi entre ce qui se fiasse aujourd'hui et ce qui s'est passé jadis. La présence de cet élément suffit pour constituer un genre spécial et difiî’éreucier les textes où ils e trouve des autres textes auxquels ceux-ci peuvent être mêlés soit dans la section Vinaya, soit dans la section Sùtra.
Jâfaka. — L<: Buddha. se rapfielaut non seulement son propre passé, mais aussi celui des autres, raconte tantôt des faits auxquels il a pris part, tantôt des faits auxquels il est demeuré étranger ; c’est tout naturel : mais il y a là, pour les Bouddhistes, un distinguo d’une extrême conséquence. Les récits de faits auxquels le Buddha a été mêlé ne peuvent pas être confondus avec les autres; on en a fait une classe spéciale appelée: Jàtakaa naissance », qui, dans l'énumération précitée, occupe la huitième place. Les textes appartenant à cette classe représentent une partie considérable de la littérature bouddhique et de la section Sùtra. Car je tiens à noter — et c’est une confirmation de ce que j’avançais tout à l'heure — que, dans le Bouddhisme du sud, le Jàtaka fait partie intégrante du Sùtra.
Les Jàtakas, cela est évident, ne sont pas autre chose que des Avadànas; on trouve souvent la désignation complexe Jàtaka- Avadàna. Je dirai plus tai'd quelques mots d’un recueil de Jàtakas dans le titre duquel entre l’expression ; Bodhisaitva-aradâna : « Avadànas du Bodhisattva, du futur Buddha ». Bodhisattca-avadàna me parait un excellent équivalent, ou, si Ton veut, un excellent commentaire du mot Jàtaka. Mais je n’ai pas besoin de ce genre de preuve pour soutenir que le Jàtaka n'est qu’un cas particulier de r Avadàna, une espèce du genre Avadàna.
Vydkarana. — Si le présent est le produit du passé, il est aussi le producteur de l’avenir; il est « gros de l'avenir », comme disait Leibniz. De même que les événements d’aujourd’hui sont la conséquence des actions d’autrefois, les actions présentes sont la cause des événements futurs ; et le Buddha omniscient, qui voit le passé comme dans un miroir, y lit aussi l’avenir. De là une série d’instructions qui relient le présent au futur et de
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textes dans lesquels le récit du temps passé est remplacé par une prédiction. Ces textes forment une classe particidière appelée ^'yâkarana, qui, dans rénumération déjà citée plusieurs fois, occupe la troisième place.
Ce n’est pourtant pas que ce mot ait, par lui-même, le sens de « prédiction ». Sans parler de celui de « grammaire » qu'il possède aussi, il désigne proprement une explication ou une déclaration solennelle, et on le voit appliqué à des discours du Buddhaqui ne sont nullement des prédictions. Mais, d'une part, des textes spéciaux, isolés, renfermant des prédictions sont qualifiés Vyàkaraua, et, d'autre part, des textes tout à fait semblables figurent daus les recueils d’Avadânas. D'ailleurs, le verbe correspondant au substantif Vyàkaraua se trouve dans tous ces textes. Tout Vyàkaraua n’est pas une prédiction, mais toute prédiction est un Vyàkaraua. Pris en ce sens, le Vyàkaraua, lui aussi, n’est qu'un cas particulier del'Avadâna, une variété du genre Avadâua.
Araddna mixte. — Le Buddlia qui, à propos d'un fait actuel, tantôt évoque les souvenirs du passé, tantôt dévoile les secrets de l’avenir, ne peut-il pas faire l’im et l'autre, montrer du même coup sa double science, sa mémoire des faits passés et sa mémoire anticipée des événements futurs ? Le cas n'est pas fréquent, mais il se présente; et nou.s avons des textes où le récit du temps passé est doublé d'une prédiction de l'avenir. Ils n’ont pas de nom particulier; nous leur donnons celui d'Avadànas- Vvàkaranas ou d’Avadâuas mixtes.
Avadâua du présent. — L’évocation du passé et la vue de l’avenir embrassent ordinairement de fort longues périodes; car le Buddha voit très loin en avant comme en arrière. Faut-il donc absolument un si long espace de temps pour que les conséquences d’un acte se produisent? Les Bouddhistes eux -mêmes, malgré le plaisir qu’ils éprouvent à compter les années par milliers et par millions, précipitent quelquefois le cours des événements ; et nous avons plusieurs textes où il n'y a ni récit du temps passé, ni prédiction, mais où l'acte est suivi de sa punition ou de sa récompense en très peu de temps et quelquefois du jour au lendemain. Nous donnerons le nom d' « Avadàiias du présent » à ces récits dans lesquels le plan habituel des Avadànas est légèrement modifié.
Nous pouvons donc compter cinq vai iétés d’Avadànas : F Avadànas pro- G. — xix
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prement dits ou Avadàiias du passé; 2® Avadàiias-Jàtakas ou Jàtakas; 3'’ Avadàiias du présent; 4“ Avadâiias de l’avenir ou Vjàkaranas; 5“ Avadànas mixtes ou Avadànas-Vyàkaranas. — La définition la plus large de l’Avatlàna devient alors celle-ci ; L’Avadàiia est une instruction qui démontre, par les faits, le lien qui existe entre un acte et sa conséquence inévitable.
Eüoliilwns des êtres. — L’Avadàna explique ainsi les évolutions des êtres, suites nécessaires de leurs actes. Les êtres peuvent en effet passer par cinq conditions ou états, dont l’ensemble s’appelle Panca-gaü (cinq directions), et qui sont : L Divinité; 2" Humanité; 3“ Animalité; 4“ Damnation; 5“ Condition de Prêta. — Les trois dernières sont réputées mauvaises, les deux premières bonnes. La divinité vient au premier rang, parce que les habitants du Ciel sont plus heureux, plus tranquilles que ceux de la terre : mais la véritable supériorité appartient à riiumanité ; car c’est surtout par elle qu’on obtient la délivrance finale, c’est par elle exclusivement qu’on s’élève à la dignité de Buddlia. On verra tout à l’heure comment ces differentes conditions sont réparties dans l’Avadàna-Çataka, dont nous avons maintenant à faire connaître le plan ou rêconomie.
Les dix décades. — Les cent récits de ce recueil sont distribués dans dix chapitres, qui en renferment exactement chacun dix, et que j’appelle « Décades » . Les récits du temps passé sont faits par l’auteur même de la Compilation. Tout cela est conforme à l’économie des recueils méridionaux.
Chaque décade a un caractère particulier qui rend semblables entre eux les héros des récits qui la composent. Les quatre premières sont consacrées aux Buddhas et aux Pratyekabuddhas, les quatre dernières aux Arhats, c’està-dire que les huit dixièmes de la compilation exaltent l’humanité. Deux décades seulement, les décades centrales V et VI, sont réservées à la divinité, à l’animalité, aux Prêtas. Il ii’y a rien pour l’Enfer. Certains personnages sont représentés comme y étant allés ou devant y aller; mais, à une exception près (elle est peu saillante, et c’est dans la IV ® décade qu’on la trouve), les séjours infernaux ne sont pas décrits dans ce recueil. La V'® dé-
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cade nous fait connaître le sort des Prêtas; la VP nous montre la renaissance parmi les dieux et les animaux, plusieurs êtres passant directement de l’animalité à la divinité.
Parmi les quatre premières décades, la première est consacrée aux Buddhas futurs, la troisième aux Pratyekabuddhas passés et futurs ; la deuxième et la quatrième, remplies des récits des anciennes actions vertueuses de Gâkyamuni, sont de véritables Jàtakas; mais ceux de la deuxième différent notablement de ceux de la quatrième qui ont un lien plus étroit avec les Jâtakas que j’appellerai « classiques ». Quant aux Achats, dont il est question dans la dernière partie du recueil, ils se différencient de la manière suivante : ceux de la VU* sont tous Çâkyas, ceux de la VHP Arhatîs ou Achats femelles, ceux de la IX® Achats irréprochables, ceux de la X® Achats coupables et punis de leurs fautes.
Nous résumons dans le tableau suivant le contenu des dix décades :