‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 46 sur 167 · KUÇÎOA · texte numérisé non relu

KUÇÎOA

— Le Paresseux —

Lo bienheureux Bucldha (1)... résidait à Çâvastî, à Jètavana, dans le jardin d'Anathapindada.

11 y avait à Çrâvaslî unÇresthi riche (9)... Desa'iption d'un homme riche . Il épousa une femme de la même tribu que lui (6)... Mariage... 11 n’eut ni fils, ni tille.

Appuyant sa joue sur sa main, il resta absorbé dans ses réflexions (H).-. Manière d'obtenir des enfants... Parce que, à sa naissance, toute la maison a été en joie, que le nom de cet enfant soit Xanda : cela fut ainsi réglé. Le jeune Xanda fut confié à huit nourrices (T)... Education brillante et prospéré... Lorsqu’il eut grandi, qu’il eut atteint cinq ans, six ans, il devint paresseux, excessivement paresseux; il ne voulait pas même se lever de dessus son lit ou de dessus son siège. Doué d’une intelligence vive et pénétrante, il lisait assidûment des livres comme un homme qui reste fixé dans l’intérieur de sa maison. Alors le Gresthî se dit en lui- même : « Le seul fils que j’aie jamais pu obtenir par mes offrandes de satisfaction aux divinités, ce (fils) est paresseux, excessivement paresseux, il ne se lève pas de son lit ni de son siège. Que puis-je faire d’un fils qui a un semblable naturel, qui, certes, est bien constitué physiquement, et qui néanmoins reste immobile comme une brute ? »

Or ce Gresthî était un adhérent de Purana ; il appela donc chez lui (les) six docteurs Tîrthikas. — « Gertainement, se disait-il, le jeune garçon en les voyant se lèvera de son lit ou de son siège. » — Mais l'enfant paresseux, quand il vit les docteurs, ne dirigea pas même scs regards sur eux. A jilus forte raison, se garda-t-il bien ou de so lever, ou de leur adresser la parole avec respct, ou do les inviter à s’asseoir. Envoyant cet état de choses, le

AVADÀNA VTAIvA J, 3, (3)

maître do maison fut encore bien plus aftiigé, et, appuyant sa joue sur sa main, il se plongea dans ses réflexions.

Cependant il n’est rien qui échappe aux Buddlias (18)... Toute-science, ioute-puissance et miséricorde des Buddhas... Bhagavat regarde (et dit) : Ce jeune garçon paresseux se livrera à l’activité en me voyant^ parce qu’il inclinera son esprit vers la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n’y a rien. Alors Bhagavat, pour retrancher l’orgueil et l’insolence des Tirthikas, en même temps que pour faire naître des racines de vertus chez ce jeune garçon, envoya des rayons lumineux de la couleur de l’or, ayant une puissance supérieure à celle de mille soleils, en sorte que la maison en fut éclairée: il envoya aussi des rayons d’amour développés pendant mille kalpas, de sorte que, au seul toucher, le corps de cet (enfant) en fut tout ragaillardi. L’enfant se mit à regarder de côté et d’autre en disant : « Par la puissance de qui mon corps a t-il éprouvé ce bien-être? » — « De Bhagavat^».

Bhagavat, entouré d’une troupe de Bhixus, entra dans cette maison.

Le paresseux vit le Buddha orné des trent-deux signes, etc. (16)... Description physique du Buddha...

A cette vue, il fut de nouveau rempli d’une joie^ extrême. Soudain, il se leva spontanément, prépara un siège pour Bhagavat et dit : « Que Bhagavat s’approche, que Bhagavat soit le bienvenu, que Bhagavat prenne place sur ce siège préparé pour lui ! » Alors le père et la mère de l’enfant, et les gens de la maison, témoins de cet empressement^ qu’ils n’avaient pas encore vu, furent dans un suprême étonnement. Puis l’enfant paresseux dont les yeux étaient dilatés par la joie, salua (avec la tête) les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Alors Bhagavat lui exposa sous plusieurs formes les inconvénients de la paresse et les avantages de l’activité Après quoi il lui présenta un bâton en bois de sandal : « Eufant, dit -il, coupe ce bâton. » L’enfaut se mit à le couper. Alors le bâton coupé rend un son agréa-

* Le manuscrit népalais a mardanân « par le frottement » ; mais la traduction tibétaine donne : ùa mtho,\ na « s'il me voit »; je corrige le manuscrit népalais en lisant maddarçânân.

2 Cette réponse n'est pas dans le tibétain ; peut-être est-ce une interpolation dans le manuscrit sanskrit.

2 Prasâda, tibétain ; dga.

Prabh'ica « autorité, majesté, » rendue par le tibétain : gus-jiai' sgriin-pa « empressement respectueux ».

^ 11 y a ici l'indication d'un sütra dont on ne donne pas le texte.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Lie, et il voittlivei s trésors de pierres précieuses. Il se dit alors eu lai-inèiue : « Elle est grande assurément cette excellence de l’activité et de l’initiative; aussi veux-je désormais me livrer à l’activité dans une grande mesure. »

Lui donc s’étant fait annoncer comme chef de caravane par une proclamation à son de cloche dans Çrâvastî, descendit six fois sur l’Océan, puis, ayant amassé, par d'heureux voyages, de grandes quantités de jiierres précieuses, il nourrit dans sa demeure Bhagavat avec l’assemblée de ses auditeurs, Puis il fit un vœu pour la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n’y a rien.

Alors Bhagavat, connaissant à l’égard du jeune garçon paresseux la succession des causes et la successions des actes, fit voir le sourire.

Or c’est la règle quand les Buddhas rient (19)... Rire des Buddhas; — Prédiction de la Bodhi...

(( Cet enfant paresseux, Ananda, seia, dansle monde, sous le nom d’AiinALAViRYAPARÂKRAMA, uii })ai’fait et accompli Buddha... »

Voici donc, Bhixus,... (3) Le culte du maître...

Ainsi parla Bhagavat... (2).

Rapprochements et remarques

I. Le premier texte de Ratna Avadâna-Mrdâ (fol. 1-12) coiTCspoiul au troisième récit de rAvadâiia-Çataka, il porte cet intitulé : Kauçidyavirjotsâhana (effort pour rendre l’énergie à un paresseux ou pour changer la paresse en activité). En voici l’analyse : liOngue description du Ruddha résidant à Çrâvasth — Plaintes du Çrêsthi sur son défaut de paternité. Conseils de ses parents, prières aux dieux. — Naissance de Nanda. Son éducation, son caractère (décrit comme dans l’Avadâna-Çataka). Le père va trouver Purana; entretien de ces deux personnages. LesTîrthikas viennent voir Nanda, qui reste indifférent et pleure quand ils lui adressent la parole : ses larmes les mettent en fuite. — Long sermon (10 vers) du Buddha à Nanda sur la paresse et l’activité. — Conversion de l’enfant qui reçoit du Buddha un bâton, le coupe et voit, par suite de cet acte, sa maison remplie de pierreries (les termes de l’Avadàna -Çataka sont reproduits presque textuellement). Premier voyage de Nanda qui, à son retour, va avec ses compagnons offrir des pierreries au Buddha et l’honorer. 11 répète cette action à la suite de ses cinq autres voyages (il n’est pas question de nourrir le Buddha, comme dans l’Avadâna-Çataka). Après le sixième voyage, vœu pour la Bodhi, rire et prédiction du Buddha.

IL Si le sermon du Buddha sur la paresse et l’activité était puisé à une source canonique, ce texte présenterait un intérêt particulier; mais rien ne prouve qu’il en soit ainsi. Néanmoins, si l’on trouvait quelque Sûtra sur ce sujet, il serait bon d'en rapprocher

AVADÂNA -ÇATAKA I, 4, (4)

le quasi-Sûtra de notre texte. Dans ce discours, comme dans la plupart de ceux que ces textes mettent dans la bouche du Buddlia, il emploie de préférence le genre d’argument que nous appelons Sorite (Ex. : par la pureté on accomplit le vœu pour la Bodlii, par le vœu on réalise les dix forces, par les dix forces on défait les troupes terribles de iNIâra; quand on a vaincu toutes les troupes de Mâra, on obtient la connaissance de la Bodlii.

III. Le troisième récit du huitième chapitre du Karma-Çataka est une rédaction ditférente de ce récit (comparer Annales du Musée Guimet, tome V. p. 387-9).

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