‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 47 sur 167 · SÀRTHAVÂHA · texte numérisé non relu

SÀRTHAVÂHA

— Le March.ind —

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Grâvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

11 y avait à Çrâvastî un grand négociant qui y était venu après avoir fait naufrage. Deux fois même, trois fois môme, il s’embarqua sur l’Océan après avoir adressé aux dieux des supplications, il revint encore ayant fait naufrage. Aussi était-il dans un grand abattement. 11 se mit à réfléchir ainsi : Quel moyen pourrais-je bien employer pour acquérir des richesses? — Cette pensée lui vint alors à l’esprit : ce Buddha bienheureux est de beaucoup supérieur à tous les dieux, il est tout entier à son propre bien et au bien d’autrui, compatissant, magnanime, amoureux de la loi, tendre pour les créatures. Si maintenant je m’embarquais de nouveau sur l’Océan en (invoquant) son nom, je reviendrais à bon port après avoir fait un heureux voyage, et je lui ferais l’olfrande de la moitié de mes richesses. — 11 exécuta son projet, s’embarqua de nouveau sur l’Océan, et, ayant par la puissance du Buddha, atteint l’ile des joyaux (Ratnadvîpa), il y fit une grande collection de joyaux, et rentra heureusement chez lui, sain et sauf.

Quand il fut remis des fatigues du voyage, il se mit à contempler le vase (qui renfermait ses richesses). A la vue de ces joyaux divers et variés, une grande cupidité s’empara de lui. 11 dit : 11 faudra donc que je donne au Gramana Grautama la moitié (d’une masse) de joyaux tels (que ceux-ci) ! Si je les vendais à ma femme pour un double Kârsâpana de bon aloi, j’offrirais des

1 Dans le résumé placé en avant de la décade, le mot Sârthavdha est remplacé par Bânija qui est un synonyme.

Ann. g. — XIX

ANNALES DD MUSEE GÜIMET

parfums à B'.iagavat. Ayant donc acheté de l’Agaru pour un double Kàrsàpana, il se rendit à Jetavana, puis, comme un homme honteux, sc tint sur le seuil de la porte, et fit fumer son agarii.

Alors Bhagavat conçut la manifestation de la puissance surnaturelle suivante ; quittant sa place, il s'éleva dans l’air à l’endroit où était la fumée; tout Çrùvasti eut un frémissement; et il se tint (au-dessus d'elle) comme le sommet d’un grand nuage. A la vue de cette merveille, de ce prodige propre à incliner (à la foi) les dieux et les hommes, une grande joie ' naquit chez cet (homme); et il exprima complètement sa pensée : Ne serait-il pas convenable tà moi d’honorerBhagavat avec dos joyaux? Ce négociant invita donc Bhagavat avec l’assemblée de ses auditeurs à prendre leur repas dans l'intérieur de sa maison, puis l’ayant rassasié avec une nourriture consacrée (ou pure), il le combla de grands joyaux. Alors les joyaux, s’étant élevés dans les régions supérieures et s’étant rassemblés sur la tête de Bhagavat, s’y fixèrent comme une maison à étages en pierreries, coninie un parasol en pierreries, comme un pavillon en pierreries, œuvre telle que l’ouvrier, l’artisan le mieux dressé ne serait pas capable d’en faire, comme celle (qui résulta) de la puissance bouddhique des Buddhas, de la puissance divine des dieux.

Alors le marchand, rempli d'unejoie* née des deux circonstances®, aussitôt après avoir vu ce prodige, tomba, comme un arbre déraciné, aux pieds de Bhagavat, et se mit à faire un vœu : Puissé-je (21)... Vœu 'pour la Bodhi...

Alors Bhagavat, connaissant à l’égard de ce négociant la succession des causes et la succession des actes, fit voir le sourire. Or c’est la règle, quand les Buddhas rient (19)... Rh'e des Buddhas : prédiction de la Bodhi.

Ce négociant, Ananda, par cette racine de vertu... après trois Asaukhyeya- Kalpas, sera sous le nom de Batnottama (excellent en pierreries) un parfait et accompli Buddha...

Voici donc, Bhixus (3)..., le culte du maître.

Ainsi parla Bhagavat (2)... .

* Prasdda (tib. dga).

* Prasdda pib. dga).

3 Propreraeut « qualité » (gnna).

AVADÂNA-ÇATAKA I, 4, (4)

Rapprochements et remarques

I. Le douzième récit du Ratna-avadâna-mâlà (Sârthavâha f®* 101 117) est une amplification en vers, très développée, surtout dans certaines parties, de ce récit. En voici l’analyse :

Longue description du Buddha résidant à Çrâvastî. — Premier voyage et premier naufrage du négociant, racontés très longuement. — Ses lamentations et ses réflexions à son retour. — Deuxième voyage, deuxième naufrage, au moment de toucher le bord. — Deuxièmes lamentations à son retour; ses parents relèvent son courage en lui représentant la constance des héros de l’Inde, Râma, Yudhisthira, et en énumérant toutes les infortunes des petits et des grands, entre autres de la lune qui se divise, qui s’éteint, qui est assaillie par Râhu, d’Arjuna tué par son fils, de la mère de Paraçu-Râma, tuée aussi par son fils, de Bimbisâra tué par son fils Ajàtaçatru, de Dharmapâla, le prince royal, égorgé par l’ordre de Brahmadatta et dont sa mère Durraati a bu le sang, du Muni Xantivâdi tué par un roi, dePrasenajit détrôné par son fils, et de bien d’autres noms illustres, etc. (il y a plus de trois feuillets sur cette riche matière) ; le discours finit par le conseil d’invoquer le secours de Brahma. — Troisième voyage, troisième naufrage (racontés plus brièvement). — 'l’roisièmes lamentations du négociant, remonté par sa femme qui l’engage à invoquer le Buddha : docilité du mari qui se déclare adhérent du Buddha. — Quatrième voyage longuement raconté, poussé jusqu’aux profondeurs du monde des îles (Dvipalokântarâni), et retour heureux. — Tristesse du marchand qui craint, s’il donne au Buddha la moitié de ses biens, que le roi ne mette la main dessus. — Par le conseil de sa femme, il offre au Buddha des parfums, tandis qu’il remet les Joyaux à sa femme. Premier prodige de la fumée de l’encens; invitation au Buddha et repas chez le négociant (très détaillé). — Offre des pierreries, et prodiges dont elles sont l’objet. — Vœu du négociant. Rire et prédiction du Buddha.

IL Le prodige des pierreries est le même que celui-ci qu’on a vu dans le Yaçomatî (2) il est raconté dans les mêmes termes.

III. Il y a dans ce récit deux difficultés. La première est relative au subterfuge par lequel le marchand enrichi essaie de garder ses joyaux. 11 imagine de les vendre à sa femme pour un prix dérisoire (c’est véritablement une vente fictive), et d’ofirir à Bhagavat un encens acheté avec le produit de cette vente et qui est censé représenter la valeur des joyaux. Le texte dit qu’il agit ainsi par cupidité. Le Ratna-avadâna-mâlà présente une version différente : il atti'ibue au marchand la crainte que le roi, informé du don qu’il aurait fait, ne se l’approprie; c’est la cupidité du roi qui est ici mise en cause, sincèrement ou non ? On ne le dit pas. Cette action supposée du roi réclame des explications que nous ne donnerons pas parce qu’elles ne reposeraient que sur des conjectures.

La seconde difficulté tient au prodige de puissance surnaturelle exécuté par Bhagavat. Le texte n’est pas d’une clarté parfaite : on peut douter si c’est Bhagavat ou seulement la fumée qui s’élève dans l’air ; nous croyons bien que le sens véritable est celui que donne notre traduction.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

IV. Je ne m’explique pas que le nom de Buddha Ratnottama qui doit être celui de ce marchand soit rendu par le tibétain spos-mchog qui correspondrait à un sanskrit Gandhottama (excellent en odeurs). Il faut admettre qu’il y a deux noms proposés, l’un Gandhottama par allusion à la première offrande (celle des parfums); l’autre Ratnottama par allusion à la deuxième offrande (celle des pierreries). On aura probablement hésité entre ces deux noms, certaines recensions auront admis Gandhottama, d’autres Ratnottama. La traduction tibétaine spos-mchog se retrouvera dans le récit huitième.

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