‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 48 sur 167 · SOMA · texte numérisé non relu

SOMA

— Lune —

Nota. Le cinquième récit a eu du malheur; il a été victime de je ne sais quelle étourderie de copiste qui l’a fait disparaître. Après le préambule ordinaire qui suit l’intitulé, il y a dans le manuscrit un texte qui occupe un peu plus d’un demi-feuillet, et qui est le commencement du Sûharika-avadâna. Ce texte s'arrête hrusquement, bien avant d’être achevé, au milieu d’une phrase, et le sixième récit Vadrika commence sans que ideii l’annonce. Cette lacune se trouve dans le plus ancien manuscrit connu de l’Avadâna-Çataka, le 1611 de Cambridge, dont dérivent probablement toutes les autres copies connues et qui, selon toutes les apparences, dérive lui-même de copies plus anciennes présentant la même lacune. moins d’une découverte inespérée d’un manuscrit ancien qui renfermemerait ce récit, on doit en considérer le texte comme perdu. Mais le Kandjour nous l’a conservé dans la version tibétaine, et c’est d’après cette version que nous en donnons la traduction française suivante.

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî à Jètavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

Or, il y avait à Çrâvastî un tisserand nommé Soma, pauvre, extrêmement pauvre. 11 vivait au jour le jour du produit de son travail, et ne réussissait pas à mettre de côté si peu que ce fût. Or il se dit en lui-même : « Je suis venu de l’autre monde ici sans m’être acquis de l’autre côté (de l’existence) aucun mérite. Si donc je n’accomplis pas ici d’actes purs, si je pars d’ici pour l’autre monde sans m’être acquis les mérites nécessaires pour aller en refuge auprès de celui qui protège contre la crainte et l’épouvante, il faut au moins que je fasse à Bhagavat l’offrande d’une bribe quelconque. C’est évident. — Telle fut sa réflexion.

Un jour donc, ayant tissé le coton qu’un maître de maison lui avait fourni,

AYADÂNA GA.TAKA I, 5, (5)

il avait fait de ce coton une frange d’habit, et se tenait sur le marché. Cependant Bhagavat, s’étant levé de bon matin, ayant revêtu son manteau de religion et pris son vase à aumônes, entra dans Çravastî pour mendier. Le (tisserand) vit donc le bienheureux Buddha, orné des trente- deux signes (16). .. Description physique du Buddha...

A cette vue son esprit éprouva une joie intense à cause de Bhagavat; et Bhagavat, pour lui faire du bien, lui montra son manteau de religion tout usé. Lui donc offrit la frange à Bhagavat, et Bhagavat lui fit voir aussitôt son manteau recousu (c’est -à-dire bordé). La joie qui naquit alors en lui fut immense, et, adorant les pieds de Bhagavat, il fit un vœu (21)... Vœu pour la Bodhi. . .

Bhagavat lui dit :

Toi, dans les derniers temps, pourvu de la grande puissance du calme, d'une grande gloire et renommée, offrande des dieux et des hommes, d’une existence indépendante, d’une grande affection pour le bien du monde, tu deviendras le Jina appelé Daçottama (excellent par les franges).

Ensuite Bhagavat, connaissant, à l’égard du tisserand Soma, la succession des causes et la succession des actes, fît un sourire. Or, c’est la règle^ quand les Buddhas rient (19)... Rire des Buddhas; Prédiction de la Bodin.

Ânanda, ce tisserand Soma, après trois Asankhyeya-Kalpas, deviendra, sous le nom de Daçottama, un parfait et accompli Buddha...

Rapprochements et remarques

I. Ce texte étant traduit du tibétain, on a compris que le nom sanskrit Daçottama est

un mot de ma façon, par lequel je traduis le tibétain bla-ma. Ts'ar-ts'ar

veut dire « une frange », daçâ a le même sens en sanskrit : bla~ma rend Uttama dans Padmottama (6) ; mais il est connu pour rendre aussi le sanskrit guru (précepteur). On pourrait donc penser à (précepteur aux franges), mais Daçottama me parait

préférable.

II. Le Sûkarika-avadâna, dont le commencement a été intercalé si mal à propos dans notre recueil, est connu. Le texte sanskrit s’en trouve dans le Divya-avadâna (Edit. Gowell, p. 193-6), la version tibétaine isolée forme le troisième texte du volume XXIX“ du Mdo. Ce serait le cas d’en donner ici une traduction française ; mais cela est déjà fait, et nous prenons la liberté de renvoyer le lecteur au tome V des Annahs du Musée Guimet (p. 292-5).

ANNALES Dü MUSEE GUIMET

En lisant ce rtcit, on verra que l’économie en est toute différente de celle des récits de la première décade de l’Avadâna-Gataka, et que, par conséquent, sa place n’était nullement dans cette décade.

11 semble néanmoins qu’il y ait eu une tentative pour le faire entrer dans l’Avadâna- Çataka et qu’il ait trouvé place dans certaines compilations de ce recueil. Car le Ratnaavadâna-mâlâ nous en offre une amplification dans la partie qui reproduit des portions de l’Avadâna Çataka ; c’est en effet le sixième récit du recueil.

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