C. VADRIKA
— Le Grand —
Le bienheureux Butldba (1)... résidait à Grâvastî, à Jelavana, dans le jardin d’Anruhapindada.
Or, il y avait à Grâvastî un inaitre de maison, Gresthî riche (9)... Description (V un homme riche... qui épousa une fennne de même tribu que lui (0)... Mariipe fécond... 11 lui naquit un fils... A la naissance de ce fils on célébra une fête de naisssance, et son porc lui donna le nom de Vadrika *. L’enfant Vadrika fut confié à huit nourrices (7)... Education...
Lorsqu'il eut grandi, à l’àge de cinq ou six ans, ayant rendu un culte au guru, il lisait tous les livres; grâce à (la vigueur de) son esprit pénétrant, il eut promptement lu tous les livres d’un bout à l'outre. Mais incontinent, il arriva à Vadrika que, par la maturité d’un acte quelconque accompli dans une existence antérieure, un mal physique affecta son corps. Devenu ainsi souffrant, il resta immobile plongé dans ses réflexions. Quel péché ai -je commis, (se disait -il), pour que cette douleur physique se soit produite dans ma personne?
Le père, en voyant l’élat de maladie survenu dans le corps de son fils, fut grandement ému. L’esprit abattu par la crainte de voir mourir son fils, le visage inondé de larmes que le chagrin (lui tirait), il appela en hâte un médecin et lui fit voir la maladie de son fils. — « Qu’est-ce que cette maladie ? Par quelle cause le corps de mon fils est -il en cet état ?» — Le médecin, après
1 Le manuscrit est 1res défeclueux en cet endroit; l'explication du nom de Vadrika, qui devrait s’y tiojver, est absente. — La traduction tibétaine, faite sur une rédaction a-'sez dilTérente, ne donne pas cette explication.
avoir examiné les symptômes \ se mit à appliquer des remèdes. Mais le mal ne se calme pas; au contraire, il augmente. Le père, voyant le progrès de la maladie de son fils, dit : « Assurément mon fils mourra, puisque le médecin même est impuissant à guérir cette maladie. » A ces mots, il tomba par terre en syncope.
A cette vue, le fils fit de nouvelles réflexions ; mais ces réflexions n’aboutirent qu’à faire naitre de nouveau le trouble dans son esprit. — L’enfant est devenu malade, il n’y a aucune possibilité de le soigner-. — 11 adressa la parole à son père : « Pas de précipitation, cher (père) ; appuie-toi sur la fermeté, lèvetoi; que la crainte de ma mort ne te fasse pas devenir tel que moi. Fais des offrandes aux dieux en mon nom, fais des libéralités^, et mon état s’améliorera. » Le maitre de maison, ayant entendu les paroles de son fils, fit des offrandes à tous les dieux, il fit des largesses à tous les brahmanes, tîrthikas (chefs d’Ecoles), parivrâjakas (solitaires errants) ; néanmoins la maladie do son fils ne se calmait pas. Alors une grande douleur morale s'empara de lui. « J’ai fait des offrandes à tous les dieux, j’ai fait des libéralités, et l’état de mon fils ne s’améliore pas ! » — Alors, se rappelant les qualités du Tathâgata, il s’adressa au Buddha.
Cependant, il n’est rien qui échappe aux Buddhas (18)... Toute-science, toute-puissance et miséricorde des Buddhas...
Bhagavat, ayant donc vu l’état de Vadrika, h fils du maître de maison, lança des rayons de la couleur de l’or dont l’éclat surpassait mille soleils, en sorte que la maison en fut tout éclairée; il lança aussi des rayons d’amour développés pendant mille kalpas, et dont le seul toucher réjouit le corps du (malade). Ensuite Bhagavat vint au seuil de sa porte. Son portier le lui fit savoir en lui disant : « Bhagavat se tient à la porte. » — Alors Vadrika le fils du Çresthî éprouva une grande joie (prasâda), ressentit un grand soulagement et dit ; « Qu’il entre, Bhagavat, qu’il soit le bienvenu, Bhagavat ! Je désire voir Bhagavat ». — Bhagavat entra, s’assit sur le siège préparé pour lui ; quand il fut assis, Bhagavat dit à Vadrika : « Vadrika, qu’est-ce qui te tourmenteM «Vadrika répondit : « J'éprouve une douleur physique et morale. »
* Cihna.
* Ce passage est quelque peu obscur. Je crois que le manu-c. it est incorrect ou plutôt incomplet.
ï Pujâ (offrandes)... Bdnam (libéralités).
* Il y a ici un jeu de mots, une alli'érat on inlraduisîMe : Kim te Vadrika vâdhaka iti.
ANNALES DU MUSEE OUIMET
— Alors Bhagavat lui enseigna l’amour pour tous les êtres *. — « Voilà pour toi, lui dit-il, un remède pour l’esprit. » Là-dessus il créa en lui-même une pensée mondaine : « Que Çakra, le roi des dieux, dit-il, apporte de la montagne de Gandliamàdana une herbe laiteuse (xirihâm ausadliim) ».
Au moment même où cette pensée fut produite par Bhagavat, Çakra, le roi des dieux, apporta de la montagne de Gandliamàdana une herbe laiteuse et la remit à Bhagavat. Bhagavat, la prenant de ses mains, la passa à Vadrika en disant : « Voici qui calmera les souffrances cuisantes de ton corps. » Lui donc ressentit le bien-être du corps et de l’esprit, et éprouva de bonnes dispositions à l’égard de Bhagavat. Ayant ainsi de bonnes dispositions d’esprit, il en informa le roi Prasenajit, nourrit Bhagavat avec l’assemblée de ses auditeurs, puis les revêtit de vêtements valant cent mille et les honora de guirlandes de toutes sortes de fleurs. Après quoi il développe son intelligence et fait un vœu : Puissé-je, par cette racine de vertu (21).. Vœu pour la Bodhi...
Alors Bhagavat, connaissant, à propos de ce Vadrika, la succession des éléments^ et la succession des actes, fît voir le sourire.
Or c’est la règle, quand les Buddhas rient (19)... Le rire des Buddhas ; Prédiction de la Bodhi.
Ce Vadrika fils de maître de maison... après trois Asankhyeya-Kalpas, sera, sous le nom de Çyangavàni^, un parfait et accompli Buddha...
Ainsi parla Bhagavat... (2).
Rapprochements et remarques
I. Le cadre de cet Avadâna est le même que celui du Kuçîda (3). Aussi tous les deux ont-ils des parties communes. Seulement N anda n’a qu’une maladie de paresse qui nécessite l’intervention des docteurs philosophes et que le Buddha seul guérit par un sei-mon et par un prodige. Vadrika a une maladie corporelle qui nécessite l'appel du médecin et que le Bouddha seul guérit par un sei'mon et une cure opérée avec des prodiges. Le parallélisme des deux textes est frappant aussi bien dans leurs difiérences que dans leurs ressemblances.
II. Le nom du héros est toujours éci’it Vadiha, mot inconnu. On pourrait songer à le
* Sarvasattvesu maitrî, important et fréquent sujet de sùtra.
* D'iàtu ; ordinairement, dans celte phrase souvent répétée, il y a Aetw (cause). •» Ou Çàkyamuni, ou encore Çyàmamuni, nom douteux.
AYADÂNA-ÇATAKA I, 7, (7)
changer en Vandika (de Vanda « mutilé »); mais outre que ce nom donné par le père au moment de la naissance est peu admissible, il n’y a pas trace de la lettre n, ou de l’anuçvara qui peut le remplacer. Il est vrai que, repoussant Vandika, nous sommes obligés de nous rejeter sur Vadrika et que, dans le manuscrit il n’y a pas plus d’r que de n. Vadrika y lenàvîâi de Vadra, « large, grand, ample », et signifierait « le grand » ou « le large». Le tibétain che-va semble favoriser cette explication.
III. Le nom de Buddha de notre héros est incomplet dans le manuscrit ; le milieu du mot manque; nous avons seulement Çya... vâni. Les manuscrits de Cambridge 1611 et 1386 donnent la lettre que le copiste du manuscrit dè^Paris a laissée en blanc; mais elle est bien douteuse et parait être le groupe nga. Il fiuulrait donc lire çyanga (ou çvartga-) vâni. Le tibétain donne Çdkya-thub-'pa (— Çàkya-muni). Vadrika devrait donc être Çàkyamuni II, dans la série des Buddhas? J’ai peine à l’admettre, et je m’autorise de l’indication fournie par le Kandjour pour conjecturer Çyùma (ou Cyâva-) muni, « le muni noir ».
Quant à Çyahgavâni je ne sais pas l’expliquer. On peut choisir entre Çyahgavàni leçon du manuscrit sanskrit, Çàkyamuni leçon de Kandjour, et Çyâmamuni correction de la leçon du Kandjour faite à l’aide de la leçon du manuscrit sanskrit.
IV. La version tibétaine ne correspond pas exactement au texte sanskrit du manuscrit.