PADMA
— Le Lotus —
Le bienheureii.v Buddha (1)... résidait à Çrâvasti, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâthapindada.
Lorsque Bhagavat n’avait pas encore [)aru dans le inonde, le roi Prasenajit rendait un culte aux dieux des Tîrthikas (en leur offrant) des lieurs, de l’en cens, des parfums, des guirlandes, des onguents. Lorsque Bliagavat eut paru dans le monde, et que le roi Prasenajit, converti par l’argument du Dahara- Siitra, eut reçu la foi dans l’enseignement de Bliagavat, alors rempli de joie et de contentement d’esprit, il vint trois fois auprès de Bliagavat et l'honora par des lampes, de l’encens, des parfums, des guirlandes, des onguents.
Or, un jardinier, ayant pris un lotus fraîchement éclos, vint à Çrâvasti pour (l’otfi'ir au roi). Un adhérent (iipâsaka) des Tîrthikas le vit et dit ; « O homme, ce lotus est-il à vendre ?» — Le (jardinier) répondit : — « A ton souhait ! » L’autre allait l’acheter lorsque survint le maîtrede maison Anàthapindada qui
ANNALES DU MUSEE GUIMET
enchérit sur lui (en olFrant) un prix double. Alors ils enchérirent l’im sur l’autre jusqu’à ce que l’enchère montât à cent mille (pièces). — Le jardinier se dit en lui-même : « Ce maître de maison Anàthapindada n’est pas un étourdi, c’est un homme solide; il faut que quelque cause le fasse agir. » — Ayant donc un doute, il fit à l’homme qui était favorable aux Tîrthikas cette question : « Par quel motif Monsieur enchérit-il ainsi ?» — « Moi ? répondit l’homme, à cause du bienheureux Nârâyana. » — « Et moi, repartit Anàthapindada, à cause du bienheureux Buddha. » — Le jardinier reprit : « Qui est-ce nommé Buddha ? » Alors Anàthapindada lui exposa en détail les qualités du Buddha. — Le jardinier dit alors à Anàthapindada : « Et moi aussi je veux rendre hommage à Bhagavat. » — Alors Anàthapindada prit avec lui le jardinier et se rendit au lieu où était le Buddha.
Le jardinier vit le Buddha orné des trente-deux signes (16)... Description physique du Buddha... Il ne l’eut pas plus tôt vu qu’il jeta le lotus sur Bhagavat. A peine jeté, le lotus prenant les dimensions de la roue d’un char se tint au-dessus de Bhagavat.
A la vue de ce prodige, le jardinier, comme un arbre déraciné, tomba aux I)ieds de Bhagavat en faisant (le salut avec) les mains jointes. Il fortifia son intelligence et se mit à faire un vœu (21)... Vœu qwur la Bodhi...
Alors Bhagavat, voyant, à l’égard do ce jardinier, la succession des actes et la succession des causes, fit voir le sourire.
Or c’est la règle quand les Buddhas rient (19)... Le rire des Buddhas ; Prédiction de la Bodhi...
Ananda, ce jardinier... après trois Asankhyeya-Kalpas... sera sous le nom do Padmottama un parfait et accompli Buddha...
Rapprochements et remarques
I. Burnouf a intercalé la traduction de ce récit dans son Introduction à V histoire du Buddhisme indien (p. 178-182 de la deuxième édition).
II. Le Daharasütra (« s*itra de l’enfant » comme Burnouf l’a très justement traduit), cité dans ce récit, existe sous ce même titre, en pfdi, dans le Sanyutta-nikuya, où il commence la série 'lu Kosala-sanyutta (Sagâtha III). — 11 existe aussi dans le Kandjour, en tibétain (Mdo XXV, 8'), sous le titre un peu différent par le fond et très
AVAdAnA- ÇATAKA I, 8, (8)
dilférent par la forme de Kumâra drsIanta-Sûtra. Le sûlra tibétain ressemble beaucoup au sûtra pfdi, mais n’en est pas la traduction. Tous les deux sont à la fois en prose et en vers. On trouvera la traduction parallèle des deux textes dans le tome V des Annales du Musée Guimet, pages 134-138.
111. Le ré'cit du chapitre viii du Karma-çataka est une autre version de ce même épisode (voir le tome V des Annales du Musée Guimet, pages 394-5).