PANCÂLA
— Le (roi de) Pan cala —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’ Anâthapindada .
Or en ce temps-là, le roi du Pancâla septentrional eut une querelle avec le roi du Pancâla méridional.
Alors le roi de Koçala Prasenajit se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, et s’assit à peu de distance. Le roi de Koçala Prasenajit adressa ensuite ces paroles à Bhagavat : « Vénérable, le roi de la loi n’a personne au-dessus de lui ; il est le protecteur des êtres tombés dans le malheur, le réconciliateur de ceux que la haine divise L Or le roi du Pancâla septentrional est en lutte avec le roi du Pancâla méridional, et ils se tuent mutuellement beaucoup de monde. Que Bhagavat veuille bien apaiser cette querelle qui dure depuis bien longtemps et exercer sa compassion. » — Bhagavat accueillit la demande du roi de Koçala Prasenajit en gardant le silence. Alors le roi de Koçala Prasenajit, comprenant l’acquiescement de Bhagavat (manifesté) par le silence, salua avec la tête les pieds de Bhagavat et partit.
Alors Bhagavat, quand la nuit fut passée, se leva de bon matin, prit son vase et son manteau, et se mit en route dans la direction de Vârânasî des Kâçî. En marchant et s’avançant de proche en proche, il atteignit Vârânasî, et là, à Vârânasî, il résida à Rïsipatana, dans le bois des Gazelles.
* Cette phrase est précédée des mots Bhagavân üha, « Bhagavat a dit », qui semblent en faire une citation d’une parole du Buddha : ce qui n'aurait rien que de naturel. Mais ces mots ne sont pas rendus par le tibétain : le terme iti qui devait finir la phrase manque. Enfin, si l'on admet ces deux mots, le terme Bhadanta n’est jilus à la place qui lui convient; il devrait précéder au lieu de suivre. Il est donc probable que ces mots Bhagavân âha sont une interpolation.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Or les deux (adversaires) apprirent cette nouvelle : Bhagavat est venu dans notre j^ays.
Cependant Bhagavat, par la force de sa puissance surnaturelle, fit apparaître un corps d'armée composé de quatre divisions, ce qui épouvanta le roi du Pancâla septentrional. Ce roi effrayé monta sur un seul char et vint en la présence de Bhagavat. Bhagavat lui enseigna la loi en vue de l’apaisement de la haine ; et, après avoir entendu la loi, il fut initié en présence de Bhagavat. A force de s’appliquer, de faire des efforts, de lutter, il rejeta loin de lui tous les Klèça et obtint la qualité d’Arhat.
Quant au roi du Pancâla méridionnal, il invita Bhagavat avec la troupe de ses auditeurs, les régala pendant trois mois do mets à cent saveurs, et les revêtit d’un vêtement valant cent mille. Il fit un vœu: Puissé-je (21)... Yœu 'pour la Bodhi...
Alors Bhagavat, connaissant, à l’égard de ce roi du Pancâla méridional, la succession des causes et la succession des actes, fit voir le sourire.
Or c’est la règle, quand les Buddhas font le sourire (19)... Le rire des des Buddhas; Prédiction de la Bodhi...
Ce roi de Pancâla, Ananda, sera après trois Asankhyeya-Kalpas, sous le nom de Vijaya, un parfait et accompli Buddha.
Ainsi parla Bhagavat. . . (2). . .
Rapprochements et remarques
I. L’instruction sur l’apaisement de la haine indiquée dans ce récit doit avoir une grande analogie avec celle que nous trouverons au récit 10 et qui est résumée dans un vers. C’est au moins le même sujet.
II. Le traitement fait au Buddha par le roi du Pancâla méridional a quelque analogie avec celui que le Budda reçoit dans le récit G.
III. Le onzième récit du viip chapitre du Karma-Çataka est une autre rédaction de ce récit ; on en trouvera la traduction dans le tome V des Annales du Musée Guimet (p. 401-3).
IV. Il est assez singulier que la version tibétaine rende ViJaja par Spos-mchog, qui^ nous l’avons déjà dit (p. 36, ligne 2-3), suppose un sanskrit Gandhottama., tandis que le onzième récit du vni' chapitre du Karma-Çataka, dont la rédaction est très difl’érente de celle de l’Avadâna Çataka, lui donne le nom bouddhique de Rnam-par rgyal-va qui est bien la traduction de Vijaya. La version spos-mc/<o^, admissible dans le récit quatrième, parait absolument inacceptable dans celui-ci.
AVADÂNA-ÇAT AKA I, 9, (9)