DHÙMA
— La Fumée —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâtliapindada.
Or, il y avait à Çrâvastî, en ce temps-là, deux Çresthî qui étaient en dissentiment l’un avec l’autre. L’un d’eux tenait pour Purana, l’autre pour le bienheureux Buddha. Ils parlaient ensemble et disputaient avec vivacité. L’adhérent de Purana disait : « Purana est bien supérieur au Buddha. » — L’adhérent du Buddha disait ; « Bhagavat, le parfait et accompli Buddha, est bien supérieur. » — Si bien qu’ils en vinrent à mettre la totalité de leurs biens en garantie de leur assertion. Le bruit en arriva jusqu’aux (oreilles du) roi Prasenajit, qui donna cet ordre à ses ministres : « 11 faut les éprouver. » En conséquence, les ministres firent faire cette proclamation à son de cloche par tout le pays : « Dans sept jours, il y aura une (lutte d’) épreuve entre un adhérent du Buddha et un adhérent des Tîrthikas. Que ceux qui sont curieux de la voir y viennent ! »
Le septième jour donc, sur un espace large et découvert, plusieurs centaines de mille de créatures s’étant rassemblées sur le sol, et plusieurs milliers de divinités s’étant réunies dans les champs de l’air, uue enceinte circulaire ayant été tracée avec de la bouse de vache, tous les parfums et toutes les guirlandes (de fleurs) ayant été disposés, l’adhérent des Tîrthikas fît le premier l’offrande (démonstrative) de (la) vérité : « S'il est vrai, dit-il, que Purana et les autres docteurs, qui sont (en tout) au nombre de six, soient supérieurs (à tous autres) dans le monde, si cela est vrai, que ces fleurs, cet encens, cette eau se dirigent vers eux ! » A peine ces paroles eurent-elles été prononcées que les fleurs tombèrent à terre, le feu (de l’encens) s’éteignit, l’eau s’en alla dans la terre, se perdit totalement, fut complètement absorbée. Alors, un cri de juie et une voix (d’approbation) s’échappa de la foule. A celte vue, l’adhérent des Tîrthikas resta silencieux; les épaules ramassées, le regard baissé, sans entrain, tout rentré en lui-même, il appuya sa joue sur sa main et s’absorba dans ses réflexions.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
Alors raiicliteur de Bhagavat, transporté d’allégresse, les yeux brillants de joie *, rejeta son manteau sur une épaule, appuya à terre la rotule du genou droit et fit son offrande (démonstrative) de (la) vérité : « S’il est vrai, que Bhagavat soit le premier de tous les êtres, si cela est vrai, que ces fleurs, cet encens, cette eau se dirigent vers Bhagavat ! » Ces paroles n’eurent pas été plus tôt prononcées que les fleurs se mirent en mouvement dans la direction deJêtavana, (cheminant) dans l’air comme une oie^, la fumée de l’encens comme un amas de nuage, l’eau comme des paillettes de lapis-lazuli,
A la vue de ce prodige, l’immense foule fit retentir des cris de joie et des applaudissements, elle se mit à suivre et à suivre encore les objets dans leur mouvement. Puis les fleurs se fixèrent au-dessus de Bhagavat, ainsi que la fumée et l’eau au sommet. Alors la foule ayant conçu une joie intime^, salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi.
Alors Bhagavat leur adressa ce Sûira : Voici, brahmanes et maîtres de maison, les trois proclamations de supériorité (1)... Stetra sur les trois p'oclarnalions de supériorité.
Pendant que cette explication de la loi était débitée, parmi les brahmanes maîtres de maison, quelques-uns reçurent la foi^ au Buddha, à la Loi, à la Confrérie, quelques-uns reçurent les bases de l’enseignement pour aller dans le refuge; quelques-uns (23)... Arrivée à l'état d' Arhat... arrivèrent à l’état d’Arbat.
Quant à l’adliérent des Tîrthikas, il reçut la foi^ au Buddha.
Alors, comme un arbre déraciné, il tomba à (ses) pieds, et se mit à faire un vœu.
Alors, le Buddha connaissant, à l’égard de cet adhérent des Tîrthikas, la succession des causes et la succession des actes, fit voir le sourire.
Or, c’est la règle, quand les Buddhas font voir le sourire (19)... Le rire des Buddhas ; prédiction de la BodJii.
Ananda, cet adhérent des Tîrthikas... après trois Asankhyeya-Kalpas sera sous le nom d’AcALA un parfait et accompli Buddha.
Ainsi parla Bhagavat (2).
* Prasâda, tibétain : dga.
* Ou « un cygne » (hamsa).
3 Prasâda, tibétain ; dffa.
^ Prasâda, rendu en tibétain par dad.
5 Prasâda, ren iu par le tibétain dad.
AVADÀN'A-ÇATAKA I, lÜ, (10)
Le Sûtra reproduit dans ce récit et adressé aux Brahmanes se roncontre doux fois dans l’Avadcâna-Çataka, dans le présent récit et dans le septième de la sixième décade.