‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 53 sur 167 · RÂJÀ · texte numérisé non relu

RÂJÀ

— Le Roi —

Le bienheureux B luldha (1)... résidait à Çràvasti, à Jetavaiia, dans le jardin d’Anâthapindada.

Or, en ce teinps-là, le roi de Koçala Prasenajit et le roi de Magadlia Ajâtaçatru furent en hostilité run contre l’autre.

Le roi Ajâlaçatru, ayant donc rassemblé une année formée de quatre corps, un corps d’éléphants, un corps de cavaliers, un corps de chars, un corps de fantassins, marcha contre le roi Prasenajit de Koçala, pour le combattre.

Le roi de Koçala, Prasenajit, apprit que le roi Ajàtaçatru, ayant rassemblé une armée formée de quatre corps, un corps d’éléphants, etc., marchait contre lui pour le combattre. Ayant donc rassemblé de son côté une armée formée de quatre corps, un corps d’éléphants, etc., il s’avança à son tour contre le roi Ajàtaçatru pour le combattre.

Ensuite, le roi Ajàtaçatru enleva au roi Prasenajit de Koçala son corps d’éléphants tout entier, il lui enleva son corps de cavaliers, son corps de chars, son corps de fantassins, et le roi de Koçala Prasenajit, vaincu, épouvanté, brisé, défait, réduit à tourner le dos, rentra dans Çràvasti sur un seul char.

11 en fut ainsi jusqu’à trois fois.

Alors le roi de Koçala Prasenajit entra dans son boudoir, et, appuyant sa joue sur sa main, il resta plongé dans ses réflexions.

11 y avait alors dans Çràvasti un Çresthî riche (9)... Description d'un homme riche. . . 11 avait entendu dire que le roi de Koçala, Prasenajit, vaincu, brisé, défait, réduit à tourner le dos, était entré dans Çràvasti. A cette nouvelle, il se rendit au lieu où était le roi de Koçala Prasenajit : quand il y fut arrivé, il souhaita victoire et longue vie au roi de Koçala Prasenajit, et lui

dit : Pourquoi, ô roi, concevoir un si grand chagrin? Je donnerai assez d’or pour que le roi puisse encore mener ses affaires au gré de ses désirs ; et il fit pour le roi un monceau d'or tel qu’un homme assis ne pouvait apercevoir un homme debout, ni un homme debout apercevoir un homme assis.

Alors le roi de Koçala, Prasenajit, envoya des espions dans toutes les parties de ses Etats, après leur avoir dit : « Ecoutez les discours que l’on tiendra. » Or, ils recueillirent cette conversation de deux lutteurs (ou vieillards) ^ de Jélavana, qui disaient entre eux : « 11 y a un ordre de bataille appelé Kesarî’, d’après lequel les guerriers les plus faibles sont placés au front de bataille, les moyens au milieu, les héros et les forts en arrière » puis la rapportèrent au roi.

A l’ouïe de ce discours, le roi de Koçala, Prasenajit, ayant rassemblé une armée composée de quatre corps, un corps d'éléi)hants, etc., s’avança contre le roi Ajàtaçatru pour le combattre.

Alors le roi de Koçala, Prasenajit enleva le coi’ps d’armée d’Ajâtaçatru fils de Vaidêhî, tout entier, lui enleva son corps de cavaliei’s, son corps de chars, son corps de fantassins. Le roi Ajàtaçatru, fils de Vaidèhî, vaincu, épouvanté, défait, réduit à tourner le dos, tomba vivant entre les mains (du vainqueur, qui) l’ayant fait monter sur un seul char, se rendit (avec lui) au lieu où était Bhagavat j quand il y fut arrivé, il adora avec sa tête les pieds de Bhagavat, puis s’assit à quelque distance.

Assis à quelque distance, le roi de Koçala, Prasenajit, adressa ces paroles à Bhagavat : «Voici, vénérable, le roi Ajàtaçatru qui me hait depuis longtemps sans que je le haïsse; il m’a attaqué quoique je ne l'aie pas provoqué. Je ne désire pas le priver de la vie ; et, comme il est fils de mon ami, je le laisserai aller en liberté. » — « Laisse- le aller en liberté >>, fut-il répondu ; et Bhagavat prononça alors cette stance ;

La victoire produit l'inimité : le vaincu e&t abimé dans la douleur; celui qui est paisible vit dans le bien-être, ayant renoncé à la victoire comme à la défaite^.

* Malld « lutteurs » est aussi un nom de peuple. Le tibéta:n rend par : rgan-po « vieillurd » comme s’il y avait Mahallakâ.

* Aati Kesahî nàma sangrâma ; Kesari peurrait sign fier o lion » ou « Iconiii ». Mais le tibétain ea traduisant : Padm li ze-va jes bga vai yul-ijyi dgra thabs yod-cle, en fait un nom de pays.

3 Dans le manuscrit, ce vers est mutilé par l'omission du mot initial du deuxième hémistiche vpaçanta, mais l’equivulent de ce terme se retrouve dans la traduction tibétaine. Le même vers se reiitoniie dans les textes pâlis sous une forme identique, sauf les différences orthographiques.

AVADÂNA- ÇATAKA I, 10, (10)

Le roi de Koçala se dit alors en lui-même : « C’est grâce à ce Gresthî que j'ai recouvré mon royaume ; il faut que je lui fasse un présent à son choix. » Le roi de Koçala, Prasenajit, invita donc le Gresthî à faire un choix. Le Gresthî répondit : « Voici mon désir : c’est que pendant sept jours, la dignité royale soit à ma disposition, dans tout son éclat, et que j’en puisse user à mon gré. »

Alors le roi fit faire une proclamation à son de cloche dans tout le pays qui lui était soumis: «J’ai remis la royauté au Gresthî pour une semaine.»

Aussitôt le Gresthî reçut et nourrit pendant sept jours l’assemblée des Bhixus avec le Buddha à sa tête; et des messagers furent envoyés au roi Prasenajit et à sa cour, de même qu’à tous ceux qui habitaient les pays de Kâçî et de Koçala pour leur dire : « Vous tous, choisissez ce que voulez, et goûtez le bien-être. Pour peu que vous veniez (ici) prenez votre refuge dans le Buddha, la Loi et la Confrérie; mangez à mes frais, mais rendez hommage au Tathâgata. »

C’est ainsi que, pendant sept jours, par les soins de ce Çresthî, Bhagavat, avec la troupe de ses Bhixus, fut environné de grands honneurs, et que beaucoup de centaines de mille de créatures furent attachées à la vertu.

Quand les sept jours furent écoulés, le (Çresthî) tomba aux pieds de Bhagavat, puis développant son intelligence, il fit ce vœu : Puissé-je (21)... Vœu pour la Bodhi...

Alors Bhagavat ayant connu, relativement à ce Çresthî, la succession des causes et la succession des actes, fit voirie sourire.

Or c’est la règle quand les Bu klhas font voir le sourire (21). . . Le rire des Buddhas; prédiction de la Bodhi...

Ânanda, ce Çresthî, après la période incalculable do trois Asankhyeyakalpas, sera sous le nomd’ABiiAYAPRADA, un parfait et accompli Buddha...

Rapprochements et remarques

I. Le nom de Kesari donné à un ordre de bataille, s’il dérive d'un nom de pays, pourrait venir de Cæsar et signifier « romain ». L’ordre de bataille qu’il désigne semble en effet reproduire, dans ses traits généraux, l’ordonnance de la légion romaine.

II. On peut présumer sans trop de hardiesse que l’épisode du Çresthî a été ajouté après coup à un texte plus ancien. L’existence de textes parallèles le prouve avec évidence.

Ann. g. — XIX 7

ANNALES DD MUSEE GDIMET

III. La version pâlie de la guerre entre Prasenajit et Ajâtaçatru se trouve dans la même portion du Sanyutta-Nikâja où nous avons déjà noté l’existence du Daliai’a-Sùtra, dans le troisième Sanyutta du Sagàtlia, intitulé Râjd (comme l'Avadàna) ou Kosaia- Sanyuttam. Elle forme les Sûtras 4 et 5 du deuxième chapitre de ce Sanjutta; car elle se divise en deux parties, l’une traitant des succès d’ Ajâtaçatru, l’autre de ses revers et du triomphe final de Prasenajit. La stance de notre Avadâna constitue toute la partie versifiée du premier Sùtra, le deuxième se termine par d’autres stances que notre Avadâna ne connaît pas. Voici ces deux Sûtras intitulés Snngàme dve vutteini, dont nous ne retranchons que les répétitions :

DEUX DISCOURS A l’ OCCASION d’US CONFLIT

A. Bhagat résidait à Çrâvastî à Jêtavana, etc.

Or, le roi de Magadha, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, ayant formé une armée composée de quatre corps, s’avança contre le roi de Koçala, Prasenajit, à l’endroit où est Kâçî.

Le bruit en vint aux oreilles de Prasenajit, roi de Koçala. « Le roi de Magadha, Ajataçatru, fils de Vedehî, ayant foi'mée une armé composée de quatre corps, s’est avancé contre moi du côté de Kâçî », se dit il.

Alors le roi Prasenajit de Koçala, ayant formé une armée de quatre corps, marcha à son tour contre le roi de Magadha, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, jusques à Kâçî.

Puis le roi de Magadha, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, et le roi de Koçala, Prasenajit, en vinrent aux mains; et, dans cette bataille, le roi de Magadha, Ajâtaçatru, vainquit complètement le roi de Koçala, Prasenajit. Défait, le roi de Koçala, Prasenajit s’enfuit du champ de bataille jusqu a sa capitale Çrâvastî.

Cependant, un grand nombre de Bhixus, s’étant levés de bon matin, ayant pris leurs manteaux et leurs vases à aumônes, entrèrent dans Çrâvastî pour mendier. Après être allés dans Çravastî pour mendier, ils prirent leur repas. Revenus (ainsi) de (leur tournée pour) les aumônes, ils se rendirent au lieu où était Bhagavat. Quand ils y furent arrivés, ils saluèrent Bhagavat et s’assirent à peu de distance. Assis à peu de distance, ils adressèrent ainsi la parole à Bhagavat ;

« Ici, ô vénéi'able, le roi de Magadha, Ajâtaçatru, ayant rassemblé une armée composée de quatre parties, etc., etc... Défait le roi de Koçala, Prasinajit, s’est retiré du champ de bataille dans Çrâvastî, sa capitale. »

— Bhixus, le roi de Magadlia, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, est un ami du mal, un compagnon du mal, un adhérent du mal. Bhixus, le roi de Koçala, Prasenajit est un ami du bien, un compagnon du bien, un adhérent du bien, et aujourd’hui, Bhixus, le roi de Koçala, Prasenajit, est cette nuit même abîmé dans la douleur, après avoir subi une défaite :

Un vainqueur fait naître l’inimité, le vaincu est abîmé dans la douleur.

L’homme paisible repose en paix, ayant renoncé à la victoire comme à la défaite.

B. Ensuite le roi de Magadha, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, ayant réuni une armée composée de quatre corps, etc., etc.

AVADÂNA- ÇATAKA I, 10, (10)

(Répétition de ce qu’on a vu plus haut).

Or, dans le combat, le roi de Koçala, Prasenajit, vainquit complètement le roi de Magadha Ajâtaçatru et le prit vivant.

Puis le roi de Koçala, Prasenajit, eut cette pensée : « Pourquoi ce roi de Magadha, Ajâtaçatru, fils de Vedehî, agit-il mal envei’s moi qui n’agis pas mal envers lui? Et cependant il est mon neveu! ne ferais-je pas bien de rendre au roi de Magadha Ajâtaçatru, fils de Vedehî, tout son corps d’éléphants, etc., et de le laisser aller en vie? » — Et le roi ^e Koçala, Prasenajit, ayant rendu au roi de Magadha Ajataçatru, fils de^Vedehi, tout son corps d’éléphants, etc., le laissa aller vivant.

Cependant beaucoup de Bhixus, s’étant levés de bon matin, etc., etc... (répétition de ce qu’on a vu plus haut)... puis ô vénérable, le roi de Koça’a, Prasenajit, ayant rendu au roi de Magadha tout son corps d'éléphants... le laissa aller vivant. » Tel fut leur discours.

Alors Bhagavat, ayant connu cette affaire prononça à cette heure même ces gâthâs :

L’homme tourmente (son semblable) aussi longtemps qu’il y trouve du profit, et quand d'autres le tourmentent, tourmenté qu’il est, il tourmente à son tour.

L’ignorant pense à l’étourdie, tant que le mal ne mûrit pas pour lui, et, lorsque le mal mûrit, alors l’ignorant subit la douleur.

Tout meurtrier finit par être victime d'un meurtrier, tout victorieux d’un vainqueur.

Tout diseur d’injures d’un diseur d’injures, tout homme colère d’un homme colère.

C’est ainsi que, par la révolution des actes, celui qui a été tourmenté tourmente à son tour.

IV. Le vers de l’Avadâna n“ 10 ou, pour mieux dire, le vers du premier des Sûtras pâlis qu’on vient de lire est le 201 du Dhammapada et est expliqué dans le commentaire de cet ouvrage, par le récit suivant qui est une troisième version de la guerre entre Prasenajit et Ajâtaçatru :

Le roi de Koçala étant sorti dans la direction du village de Kâçî, combattit son neveu Ajâtaçatru, et fut vaincu par lui trois fois. A la troisième fois, il se prit à penser : Comment? je ne puis triompher d’un enfant (pour ainsi dire) à la mamelle. Qu’ai-je affaire de vivre? Et, renonçant à la nourriture, il tomba sur son lit.

Lanouvelle de ce qui lui était arrivé se répandit partout dans la ville et dans le monastère. Les Bhixus le firent savoir au Tathâgatta : Vénérable (dirent-ils), le roi s’est avancé jusqu’au village de Kâçî ; il a été vaincu trois fois ; et maintenant, de retour après sa défaite : « Je n’ai pu, dit-il, triompher d’un enfant (pour ainsi dire) à la mamelle. Pourquoi vivrais-je encore? » Et ayant renoncé à la nourriture, il s’est laissé tomber sur son lit.

A l’ouïe de ce discours, le maître dit : « On a beau être victorieux, on fait naître la haine; le vaincu est abîmé dans la douleur. » Après avoir ainsi parlé, il prononça la gâtha :

Un vainqueur produit la haine, etc.

Ce texte, comme on le voit, ne reproduit qu’une pai-tie de l’histoire.

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