SNÂNTA
— Le Bain —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jetavana dans le jardin d’Anâthapindada.
Or, en ce temps-là, à Çrâvasti, cinq cents marchands se trouvaient engagés dans un chemin obstrué par des broussailles. Epuisés par la marche, ils arrivèrent à un terrain sablonneux. Là, la chaleur et la fatigue les mettaient au supplice, leurs provisions étaient épuisées ; et, à l’heure de midi, brûlés par les rayons cuisants (du soleil), ils se tordaient sur la terre comme des poissons sortis de l’eau. Endurant des souffrances aiguës et cuisantes, éprouvant des sensations violentes et pénibles, ils suppliaient les milliers de divinités, par exemple: Çiva, Varuna, Kuvera, Vâsava (Indra) ; mais nulle n’avait le pouvoir de les délivrer.
Parmi eux était un piéton qui connaissait l’enseignement du Buddha : « Messieurs, dit-il, allez en refuge auprès du Buddha ! » — Tous alors, d’une même voix, ils allèrent en refuge auprès du Buddha.
Or il n’est rien que les Buddhas ne connaissent (18^... Toute- science, toute-puissance et miséricorde des Buddhas.,.
Bhagavat voit donc un grand nombre de marchands tombés dans le malheur, la détresse et l’embarras. Il n’eut pas pas plutôt jeté ses regards sur eux, que, disparaissant de Jetavana, il gagna ce lieu, entouré de la troupe des Bhixus. Les marchands virent Bhagavat avec l’assemblée des Bhixus. A cette vue, ils poussèrent un grand cri. Alors, Bhagavat produisit en luimême une pensée mondaine^ : « Que Çakra le roi des dieux envoie une pluie du Grand Indra et que des vents frais viennent à soufder ! » — Au moment même où cette pensée était produite, Çakra fit tomber la pluie du Grand Indra et envoya des vents frais. Alors ces marchands, débarrassés de la soif et de la chaleur, furent soulagés. Puis ces marchands reprirent connaissance, et Bhagavat leur montra le chemin par lequel ils arrivèrent à Çrâvastî.
Quand ils furent tout à fait remis de la fatigue du voyage, ils se rendirent
* Voir ci-dessus, récit 12, remarque II (page 60).
ANNALES DU MUSEE GUIMET
près de Bhagavaf, et Bhagavat leur fit sur les quatre vérités des Aryas uu exposé de la loi tel que, après l’avoir enteudu, quelques-uns obtinrent le fruit de Çrota-Apatti, quelques-uns celui de Sakrd-âgârai, quelques-uns celui d’Anâgâmi, etc A.
LesBhixus ayant conçu un doute questionnèrent Bhagavat, celui qui enlève tous les doutes : C’est une merveille, Bhagavat, que ces marchands aient été sauvés par Bhagavat d’un chemin difficile, et que, à la seule production d’une pensée, la pluie du Grand Indra soit tombée, les vents frais aient soufflé.
Bhagavat dit : « Dans d’autres naissances antérieures, Bhixus, le Tathâgata Le fruit des œuvres du Tathâgata...
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha nommé Gandana (14)... Apparition d'un ancien Buddha... parut dans le monde.
Or, Gandana le parfait et accompli Buddha, voyageant à travers les pays, arriva dans une capitale royale. Alors le roi Xatriya qui avait reçu sur la tête l’onction (royale) se dirigea vers le lieu où était le parfait et accompli Buddha Gandana. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tète les pieds du parfait et accompli Buddha Gandana, et s’assit à peu de distance. Quand le roi Xatriya qui avait reçu sur la tète l’onction (royale) fut assis à peu de distance, le parfait et accompli Buddha Gandana l’instruisit par des lois qui produisent la Bodhi. Alors le roi Xatriya, qui avait reçu sur la tête l’onction (royale), se levant de son siège, rejeta son manteau sur son épaule et, mettant en terre le genou droit, fit l’anjali en se dirigeant vers le côté où était le parfait et accompli Buddha, et parla ainsi au parfait et accompli Buddha Gandana : Que Bhagavat avec l’assemblée des Bhixus accepte de séjourner trois mois dans ma demeure ! — A ces mots, Gandana, le parfait et accompli Buddha, acquiesça à la demande du roi en gardant le silence.
Or, en ce temps- là, il y avait une grande sécheresse, si bien qu’il n’y avait que peu d’eau dans les fleuves et les citernes, et que les arbres étaient dépouillés de fleurs et de fruits. Alors le roi se mit à faire une proposition ^ au parfait et accompli Buddha Gandana : Je ferai faire pour Bhagavat au milieu
• Comme dans le récit 11 ci-dessus, page 55.
* Adhyesitum pravrtta ; en tibétain, gsol va vstab.
AVADÂNA-ÇATAKA II, 3, (13)
de cette vide iiu étang plein d'eau parfumée, où Bhagavat se tiendra avec la confrérie de ses auditeurs. Peut-être que précisément, grcâce à la présence^ de Bhagavat, le ciel (Deva) enverra la pluie dans mon royaume que voici. Le bienheureux Candana parfait et accompli Buddha approuva par son silence la demande du roi.
Alors le roi, entouré de la troupe de ses ministres, fit enlever dans la ville les pierres, le gravier et le sable, fit dresser des bannières et des étendards, fit placer partout des fleurs variées, fit faire des aspersions d’eau de senteur, fit brûler toutes sortes d’encens, et fit faire une pièce d’eau pour le (Buddha). Alors le bienheureux Candana le parfait et acc ampli Buddha, en vue du bien de tous, se tint dans la pièce d’eau avec un seul vêtement^.
Alors le roi entouré de la troupe de ses ministres lava avec de l’eau imprégnée de parfums divers le parfait et accompli Buddha Candana ainsi que la confrérie de ses auditeurs. A l’instant même où le parfait et accompli Buddha Candana fut ainsi baigné et lavé, Çakra le roi des dieux envoya une telle pluie du Grand Indra que tous les grains vinrent à maturité; ce qui fut cause qu’une foule considérable reçut la foi du bienheureux Buddha. Plusieurs stùpas de parfums furent dressés, et ceux qui alors allèrent en refuge auprès du parfait et accompli Buddha Candana, ceux-là arrivèrent au Nirvana complet; moi seul je suis resté.
En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (3)... Le culte du ^naître...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
Rapprochements et remarques
I. Ce récit est reproduit dans le Snâna-Kathâ du Dvâvimçati-avadàna.
II. Le deuxième texte du Ratna av. mâlà (f''® 13-24), correspond à notre récit. En voici l’analyse :
Description des honneurs rendus au Buddha à Jetavana. Souffrances des marchands de la caravane qui invoquent les diverses divinités (partie très semblable à l'Avadâna- Çataha). Conseil d’un disciple de Buddha et invocation des marchands au Buddha (deux discours d’une longueur médiocre). 11 apparaît à la caravane en détresse Pluie et vent
* Ou « au bain ».
2 Eu costume de bain (î). Le texte \iov'e ekavivaraka (peut ê:re « cîvaraka ») que le tibétain rend par khrus-ras-gso’.-^e « ayant demam'é une étoffe de bain » (Badehemd, dit Schmidt).
ANNALES DU MUSEE GUI MET
se nionlrant sur une pensi'e du Biuldlia. Les marchands lui rendent hommage et vont à Çrâvasü d’après ses instructions.
Exliortcs par leur chef, les marchands rendent visite au Buddha. Prédication (non reproduite) tt conversions diverses.
Question des Bhixus, Lieu commun sur le fruit des œuvres. Le Buddha Gandana. Son arrivée dans une capitale et son discours au roi sur la loi, le don, le Nirvana (15 çlokas). Invitation à séjourner trois mois. Description de la sécheresse et invocation aux dieux (17 çlokas). Lamentations du roi affligé du malheur de ses sujets et qui songe à faire prendre un bain au Buddha (20 çlokas). 11 expose son projet à ses conseillers (18 çlokas). Visite au Buddha, proposition de le baigner. Acceptation. Préparatifs. Le roi va chercher le Buddha. Grands et heureux changements qui se produisent à son approche. Le bain. Bepas. Sui)plication du roi au Buddha. Pluie envoyée par le Çakra et rétablis.sement de la prospérité. Le roi et son peuple obtiennent des cheveux et des rognures d’ongles du Buddha Gandana, élèvent un stfipa sur le bord de l’étang et y histituent un culte. Le roi était Çâkyaniuni dans une de ses existences passées, tous les autres personnages entrèrent dans le Nirvana.
Ge récit renferme quelques parties qui reproduisent presque textuellement le notre, certaines autres beaucoup plus développées et amplifiées. Best à remarquer que le dévé loppement sur la miséricorde du Buddha (18) répété plusieurs fois dans l’Avadâna- Çataka ne se trouve ni ici, ni dans les autres paraphrases versifiées, plus sobres que l’Avadâna-Gataka sur ce point seulement.