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— Le Fléau —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Râjagrha à Venuvana dans le jardin d’Anâtliapindada.
Or, il y avait, dans ce teinps-là, une grande mortalité à Nâdakanthâ h La foule donc, tourmentée par les maladies s’adressa successivement au millier de dieux, Çiva, Kuvera, Varuna, Vàsava Mais la contagion dont elle (soutirait) ne s’apaisait pas.
Or, un Upâ^aka qui résidait à Nâdakanthâ dit aux brahmanes, chefs de famille de Nàdakanihâ : Vous (autres), allez en refuge par un vœu près du Buddha, et adressez vos sujiplications au bienheureux. Bhagavat, en venant ici, n’aura pas htaucoup de p< ine à apaiser cette épidémie.
4 Ou Nâçliikatlliâ, rendu en tibélain par 'dutn bu ts'al « bois de roseaux ». 2 Indra, en tibétain, vrgya-hyin.
AYADÂNA- OATAKA 11,-4, (14)
Alors, les brahmanes maîtres de maison de Nàdakantliâ se mirent à adresser leurs supplications à Bhagavat en disant : « Que Bhagavat vienne et nous délivre du malheur et de la détresse (où nous sommes) !
Or, il n’est rien que les Buddlias ne connaissent (18)... Touie-science, toute -'puissance et miséricorde des Buddhas...
Bhagavat donc, s’étant levé de bon matin, ayant pris son vase et son manteau, entouré d’une troupe de Bhixus, suivi delà confrérie de ses Bhixus, se rendit à Nâdakanthà. Alors Bhagavat déploya son affection à l’égard de la ville entière, si bien que les habitants vinrent à lui et la contagion fut apaisée.
La vue du Buddha fit naître chez les brahmanes maîtres de maison, une grande joie et par suite de la joie qui s’était produite en eux, ils fournirent abondamment Bhagavat et la confrérie de ses auditeurs, de vêtements, de boulettes de riz, de lits, de sièges.
Bhagavat leur fit sur la loi une instruction démonstrative des quatre vérités, instruction telle que, après l’avoir entendue, parmi ces brahmanes niaîtres demaison, quelques-uns arrivèrent à l’état de Çrota-àpatti (22)... et toute la ville se trouva portée vers le Buddha, inclinée vers la Loi, pleine de zèle pour la Confrérie.
Les Bhixus ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui détruit tous les doutes : c’est une merveille, vénérable, que par leurs dispositions joyeuses envers Bhagavat^, ces êtres tombés dans la détresse aient été délivrés de leur détresse.
Bhagavat dit ; Bhixus, dans d’autres naissances antérieures, le Tathâgata (12 bis)... Le fruit des œuvres du Thatâgata...
Autrefois. Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha nommé Gandra (14)... parut dans le monde.
Or, Candra, le parfait et accompli Buddha, voyageant à travers le pays, arriva dans une capitale. Le roi Xatriya, qui avait reçu sur la tête l’onction (royale) apprit cette nouvelle ; Candra, le parfait et accompli Buddha, est arrivé dans notre royaume. A cette nouvelle, entouré de sa grande puissance royale, de sa grande majesté royale, il se rendit au lieu où était Candra le
* Mahdprasàda, en tibétain, dga-va chen-po.
* Bhagavata : prasâdâd rendu en tibétain par : Boom. Idan 'das-la dga-va skyes te.
Ann. g. — XIX
GG
ANNALES DU MUSEE GUIMET
parfait et accompli Budcllia. Quand il fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Candra, le parfait et accompli Buddha et s’assit près de lui. Quand il fut assis près de lui, Candra le parfait et accompli Buddha l’instruisit par des lois qui produisent la Bodhi. Alors, le roi Xatrya qui avait reçu sur la tète l’onction (royale), ayant conçu des dispositions joyeuses^, se leva de son siège, rejeta son manteau sur une épaule, mit en terre la rotule du genou droit, et faisant l’anjali en s’inclinant du côté où était Candra, le parfait et accompli Buddha, il dit au parfait et accompli Buddha Candra : « Que Bhagavat avec la confrérie de ses Bhixus accepte mon (hospitalité) pour trois mois. Je fournirai Bhagavat de vêtements, de boulettes de riz, de lits, de sièges, de remèdes contre la fatigue, de médicaments, d’ornements. Bhagavat accueillit la demande du roi en gardant le silence.
Or, il y avait en ce temps-là, dans la ville de ce roi, une mortalité, une contagion dont le peuple était las^. Alors, en vue d’apaiser la maladie, le roi adressa une demande au Buddha Bien ! Bhagavat, puissions-nous avoir un moyen de calmer cette contagion !
Alors le bienheureux Candra, le parfait et accompli Buddha, dit : Va, grand roi, attache au sommet de la bannière royale mon manteau de moine que voici, promène-le dans ton royaume avec grand respect, institue en son honneur une fête solennelle et instruis la grande foule du peuple dans la commémoration du Buddha, dans la commémoration de la Loi, dans la commémoration de la Confrérie, lien résultera pour toi de la félicité.
Le roi fit de point en point tout ce qui lui avait été suggéré ; et ce fut la cause, l’occasion pour laquelle tous les cas de contagion furent guéris. Alors, la foule du peuple ayant reçu des dispositions joyeuses, les ministres du roi et les gens de la ville allèrent en refuge dans le Buddha, allèrent en refuge dans la Loi et dans la Confrérie.
Bhagavat dit : Que pensez-vous, Bhixus ? Celui qui, en ce teraps-là, à cette époque-là, fut le roi, c’était moi. C’est pour avoir rendu à ce parfait et accompli Buddha Candra, un grand culte, (c’est) par la maturité de cet acte
1 Lahdhaprasâda, en tibétain, dga-var-gyur-nas.
* On « éprouvait de grands dommages » d’après le tibétain qui emploie le terme çin-tu gnod-pargyur-te. L'expression sanskrite est avasantarpyate.
3 Je traduis d'après le tibétain: le manuscrit sanskrit porte : gx^ià vyâdhigam çamarthâccecandra : — buddha pista: il faut sans doute lire : râjnd vyddhiçamûrthâcca candra: — buddho p'Çsta.
AVADÂNA-ÇATAKA II, 4 (14)
que j’ai obtenu dans le Samsara un grand bien-être comme les dieux et les hommes peuvent eu acquérir, et maintenant aussi, c’est par l’effet de cette même cause que j’ai l’ampleur de l’existence, eu sorte que tout ce que je pense, tout ce que je me propose pour but se réalise complètement.
En conséquence, Bbixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (3)... Le culte du maître...
Ainsi parla Bhag-avat (2)...
Rapprochements et remarques
Ce récit se retrouve dans le treizième texte du Ratna-av-mâlâ intitulé Prâçanta-karana (cause de soulagement f ® 1 17-134) dont voici l’analyse :
Honneurs rendus au Buddlia à Râjagiiia. Fléaux de tout genre qui fondent sur Xâdakantlià, vent, sécheresse, pluies, rats, sauterelles, invasions (il n'est pas question d’épidémie). Réflexions et consultations mutuelles des gens du pays. Ils réclament l’assistance des Tirthikas. Sacrifices inutiles. Accroissement du mal. Maladies apportées par une grande Mari. Intervention des médecins, sans résultat. Invocations aux planètes, aux dieux des familles, à Brahmâ, à VLsnu, à Çiva, à Indra, au soleil, à la lune, aux étoiles, aux gardiens du monde, aux Suras, aux Mères, à Kumâra, à Mâhakâla, aux Yoginis, aux Dakinis et à toutes les divinités particulières. Le mal est aussi intense que jamais et produit toutes sortes d’effets désastreux (longue nomenclature d'accidents ; tout ce développement occupe de trois à quatre feuilles du manuscrit ). Conseils donnés par un Upâsaka d’aller au Buddha. Les habitants acceptent. L’ Upâsaka explique de quefle manière il faut s’y prendre. Invocation au Buddha selon le rite. Arrivée du Buddha avec sa confrérie, il prêche et est honoré. Fuite des mauvais génies qui avaient envahi le pays. Changements dans les phénomènes naturels. Soulagement univer-sel Prospérité. Exhortée par l’ Upâsaka la foule célèbre le Buddha et l’invite à séjourner dans la ville. On lui ofi’r-e des aliments et toutes sortes de dons. Il prêche, et sa prédication (qu’on ne reproduit pas) amène des conversions de tous genres. Le Buddha donne son manteau comme gage de prospérité.
Question des Bbixus. Histoire de Candra. Maladies dans la ville où ses tournées l’amènent. Préoccupations du roi ; sa confidence à un ami. Conseil de l’ami de s’adresser aux trois joyaux. Les invocations du roi sont cause de l’arrivée de Candra. Visite du roi au Buddha pour l’inviter et réclamer son assistance.
Une Dhârânî suivi de Mantras dite par le Buddha met fin à la maladie et amène la prospérité. Le roi demande le moyen de prévenir ou de guérir de tels fléaux. Le Buddha lui donne son manteau ; il suffit de le promener dans le pays pour faire fuir la maladie. Une exhortation à observer les Pâramitvs, une leçon (souvent répétée) sur le fruit des œuvres, et le précepte d’honorer le maître terminent cet Avadâna.
Il est inutile de faire ressortir les petites différences qui existent entre ce récit et celui de l’Avadâna-Çataka. Yous remarquerons seulement que le r-ôle du manteau y est notablement diminué. Le nom de la ville est e'crit une fois Nâdakaccha.
GS
ANNAI-ES UU MUSÉE GUIMET