‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 59 sur 167 · PRÀTIHÀRYA · texte numérisé non relu

PRÀTIHÀRYA

— Le Prodige —

Le bienheureux Buddlia (1)... étant entré à Ràjagrha avec l’assemblée de ses auditeurs, résidait dans le bois de bambous (Venuvana) dans l’enclos du Kalandaka.

A l’époque où le roi Ajâtaçatru, subjugué par Devadatta, ôta la vie à son père, fidèle à la loi, roi de la loi, et s’établit soi-même sur le trône ; dans ce temps- là, ceux qui ne croyaient pas étaient forts et ceux qui croyaient étaient faibles. Or, il y avait un ministre âgé, incrédule, ennemi de l’enseignement de Bhagavat. Ce (personnage) institua un sacrifice pour les Brahmanes. Plusieurs centaines de mille de Brahmanes s’y rendirent et firent cette prescription : « Que nul n’aille voir le Çramana Gotaina. »

Alors ces brahmanes ayant posé (cette) règle, réunis, pleins de joie, (se tenant) au milieu de la place du sacrifice, commencèrent à appeler Çakra selon la règle prescrite par le Veda : « Viens, viens, disaient-ils, (dieu) toujours jeune* (?) ! »

Or, il n’est rien que les Buddhas ne connaissent (18)... Toute-science, toute-puissance et miséricorde des Buddhas.

Bhagavat voit (ceci) : « Ces brahmanes ont des racines de vertus qui ont poussé antérieurement, ils ont saisi la voie de la délivrance (moxa) ; ils ont le désir de la (bonne) conduite^, ils sont tournés vers le Nirvana et détournés du Samsara (la transmigation). C’est faute de fréquenter un ami de (la) vertu qu’ils haïssent mon enseignement. Aussi ferai-je un efibrtpour les convertir. »

En conséquence, Bhagavat, prenant l’extérieur de Çakra descendit sur le lieu du sacrifice, en l’illuminant d’une clarté divine. Alors les brahmanes, joyeux, satisfaits, contents, pleins d’un vive allégresse et le cœur à l’aise, dirent d’une seule voix: « Viens, viens, Bhagavat! Que Bhagavat soit le bienvenu ! »

‘ La leçon est douteuse, je lis : alpajara « qui a peu de vieillesse ». Le tibétain porte rus-med skyes bu « homme sans os » ce qui reviendrait à dire « dieu incorporel ».

* Carilesina : ce que le tibétain rend par vtsal-iar bija-va-r.iied-pa « ayant obtenu ce qu'il fallait obtenir » (quærendis inventis).

AVADÂNA-ÇATAK A II, 5, (15) ÜO

Bhagavat, sous l’extérieur de Çakra, prit donc place sur le siège qui lui avait été préparé. Une seule voix se répandit de toutes parts dans la ville de Râjagrha : « Çakra, le roi des dieux, est descendu dans le sacrifice. » A l’ouïe de cette nouvelle, plusieurs centaines de mille de créatures vivantes se rassemblèrent. Alors Bhagavat, voyant bien que ces brahmanes étaient gagnés (à la foi) \ (dépouilla), en (le) faisant disparaître, l’extérieur de Çakra et se tenant debout sur la forme de Buddlia, fit une instruction de la loi démonstrative des quatre vérités des Aryas, (démonstration) telle que, après l’avoir entendue, soixante mille brahmanes (22)... virent apparaître pour eux le fruit de Srota-âpatti et plusieurs centaines de mille de créatures vivantes obtinrent la foi en Bhagavat.

Alors, les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha, celui qui détruit tous les doutes : « C’est une merveille, ô vénérable, que ces Brahmanes, pour être venus trouver Bhagavat, aient ainsi obtenu de voir les vérités des Aryas, et que des centaines de mille de créatures vivantes aient reçu une grande faveur -.

Bhagavat dit : Bhixus, le Tathâgata, dans d’autres existences antérieures (12 bis)... Le fruit des œuvres du Tathâgata.

Autrefois Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha, nommé Indradamana (14). .. parut dans le monde.

Ce bienheureux Buddha, voyageant à travers les divers pays, arriva dans une capitale royale. Cette capitale s’appuyait sur les Tîrthikas. Ce bruit vint donc aux oreilles du roi Xatriya qui (y) avait reçu la consécration royale : « Le parfait et accompli Buddha Indradamana est venu dans notre capitale. » A cette nouvelle, se mettant en marche dans l’appareil de sa grande puissance royale, de sa grande majesté royale, il se dirigea du côté où était le parfait et accompli Buddha Indradamana. Quand il y fut arrivé, il adora avec la tète les pieds du parfait et accompli Buddha Indradamana et s’assit à une petite distance. Quand le roi Xatriya qui avait reçu l’onction royale fut assis à peu de distance, le parfait et accompli Buddha Indradamana le gratifia des lois qui font (devenir) Bodhisattva

1 Avarjitân; ce que le tibétain rend par dad-par gyur-pa « devenus croyants ». * Ou « joie ». Prasâda, tib. dga.

3 Bodhisatlvakarakair dharmai : samddâpayati.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Alors, le roiXatriya, qui avait reçu l’onction royale, se levant de dessus son siège, rejetant son manteau sur une épaule et mettant en terre la rotule du genou droit, fit l’anjali en s’inclinant vers le parfait et accompli Buddha Indradamanaet dit à Indradamana, le parfait et accompli Buddha : « Que Bhagavat habite trois mois dans ma demeure ; je fournirai à Bhagavat vêtements, boulettes de riz, lit, siège, remèdes contre la fatigue, médicaments, ornements.

Bhagavat répondit : « Grand roi, y a-t-il dans tes États quelque vihâra où les Bhixus voyageurs et passagers puissent faire leur résidence ? »

Le roi dit ; Bhagavat, il n’y en a pas. Mais que Bhagavat reste ! Je ferai un vihâra où les Bhixus voyageurs et passagers puissent faire leur résidence.

Alors, pour le Tathagâta , ce roi fit un vihâra avec murs et portails, avec œils-de-bœuf, consoles, jalousies, demi-lunes et pavillons, pourvu de tentures, rempli d’étangs, de bosquets, de fleurs de toute espèce. Le bâtiment fait, il le donna à Bhagavat et à la confrérie de ses auditeurs, et demanda à Bhagavat un grand prodige.

Alors, pour complaire au roi, le parfait et accompli Buddha Indradamana fit voir un grand prodige (consistant en) jeux d’une grande assemblée de Buddhas.

Bhagavat dit : Que pensez-vous Bhixus ? Celui qui fut roi en cette époque, en ce temps -là, c’était moi- même. C’est moi qui ai rendu ce culte au parfait et accompli Buddha Indradamana. C’est parce que cette action que j’ai faite a mûri pour moi au moyen de la transmigration que j’ai trouvé ce bien-être (actuel).

En conséquence, Bhixus (3)... Le culte du maître.

Ainsi parla Bhagavat (2).

Rapprochements et remarques

1. Le titre Pràtihârya est susceptible de s’appliquer à bien des textes divers. Ainsi, il y a dans le Divya-avadâna un prâtihcirya-sûtram différent de notre Avadâna. Nous n’avons à nous occuper ici que des textes qui coïncident avec lui d’une manière plus ou moins exacte.

2. La dix-neuvième section du Dvâvimçati-avadàna, intitulée Yihâra-Kathà contient 72-75) la reproduction textuelle du récit de l’Avadâna-Çataka.

3. Le vingt et unième texte du Kalpa-dr.-av. 191-204) intitulé Tîrthika paribodhana -prâtihârya-avadânam (Avadâna du prodige pour réveiller les Tîrthikas) cor-

AV ADÂNA- CAT AKA II, 5, (15)

respond au récit de l’Avadèna-Çataka. D’après l’ari’angenient et la correspondance du texte des divers recueils, il n’est pas à sa place, et même il ne devrait pas se trouver dans le Kalpa -Druma ; il n’y figure cpie comme une suite au Çrîmatî-Avadâna (soixantequatrième récit de notre recueil) parce que les événements qu’il raconte viennent chronologiquement après ceux de cet Avadâna. Voici le résumé du récit versifié du Kalpa- Druma :

Rappel du meurtre de Bimbisâra, puis de Çrîmatî par Ajâtaçatru et de sa haine pour

Buddha. Lamentations de Brahma qui dans un long discours invite Çakra à faire un effort pour protéger le Buddha (50 çlokas), Çakra s’associe à ses plaintes. Il donne des ordres aux Lokapâlas. Tremblement de terre et prodiges à Râjagrha ; épouvante générale et prières aux dieux, chacun invoquant le sien (Çiva, Hari, Indra, le Soleil, Vidhu, les Planètes, Agni, A"ama, Nairriti, Varuna, Vâyu, Kuvera, Içâna, Bhairava, Skandha^ Mahâkâla, Dhritarâsthra, Virûdhaka, Virûpâxa, Vaiçravana, etc., etc.). Le Buddha et ses adhérents sont à l’abri du lléau. Arrivée des Lokapâlas et de leurs serviteurs à Râjagrha. Redoublement des calamités. Les adhérents des Tirthikas passent au Buddha. Le roi ébranlé dans sa haine. Machinations de Devadatta pour expulser le Buddha. Il propose d’inviter Indra à un sacrifice. Réunion de Brahmanes, sentence contre Gotama, sacrifice. Appel à Indra qui ne répond pas. Désespoir des assistants. Le purohita se décide à appeler le Buddha. Les Réfiexions du Buddha. 11 arrive en forme de Çakra avec les Bhixus en forme de Lokapâlas. Grandes démonstrations de respect et de joie. Changement de forme des nouveaux arrivés. Etonnement et incertitude des assistants. Ils se décident à écouter la parole de celui dont ils ne démfient pas la nature. Prédication non reproduite) du Buddha et conversion de 00. 000 brahmanes.

Question des Bhixus. Le Buddha raconte l’histoire d'Indradamana. Arrivée d’Indramana dans une capitale. Complot des Tirthikas qui demande son expulsion. Longues réflexions du roi sur les mérites du Buddha et la perversité de ses ennemis. Le roi tient conseil et'manifeste l’intention de rendre visite au Buddha. Les Tirthikas répondent à cette proposition en semant la calomnie dans la ville. Visite du roi au Buddha qui prêche avec succès (son discours n’est pas reproduit). Invitation du roi au Buddha pour un séjour de trois mois et construction d’un vihâra à la demande d’Indradamana. Le roi offre le vihâra au Buddha qui lance des rayons aux effets merveilleux, guérissant tous les maux, donnant aux objets un aspect particulier, etc. Grandes marques d’adoration au Buddha ; nouveau sermon (non reproduit). Le Buddha est traité magnifiquement pendant trois mois, et les Tirthikas eux-mêmes se convertissent. Après l’identification du Buddha Çâkyamuni et du roi disciple d’Indradamana, le récit du Kalpa-druma se termine par quelques vers relatifs à l’effet produit par cette scène et par le récit du Buddha sur Ajâtaçatru troublé par ses remords.

On voit, par cette analyse, que ce récit renferme beaucoup de traits qu’on chercherait en vain dans celui de l’ Avadâna - Çataka.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Page 1