‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 6 sur 167 · IV. — Les recueils congénères · texte numérisé non relu

IV. — Les recueils congénères

Le centième récit. — Ce récit centième est tout à fait anormal. Tandis que les héros de tous les autres sont des contemporains de Çâkjamuni, celui du centième lui est postérieur de deux siècles. Mais on rattache son histoire au temps du Buddlia, au moyen du récit d’un acte méritoire qu’il avait fait peu après le Nirvana, et auquel il devait l’acquisition de la Bodhi au temps d’Açoka (l’histoire de cette bonne action répondant au récit du temps passé des autres textes, bien que contemporaine des faits racontés dans leurs récits du temps présent) .

Le Kalpa-driima. — Or, ce récit tînal de l’Avadàna-Çataka se trouve être le récit initial d’un recueil de trente Avadânas intitulé Kalpa-drumaavaddna-mâlà (Guirlande des Avadânas do l’arbre Kalpa); et les récits qui suivent, jusqu’au vingt-quatrième (à une exception près), sont ; D les premiers récits des décades de l’Avadâna- çataka (la 4“ exceptée), se suivant dans l’ordre des décades ; 2° les deuxièmes récits des mêmes décades se suivant dans le même ordre; 3® le récit 4' de la VB décade ; 4* les récits 15 et 16® de la 11% entre lesquels s’intercale, avec un texte étranger ùTAvadana- Çataka, le récit 33 de la IV® décade. En un mot, les vingt-quatre premiers récits du Kalpa-dr.-av. (à l’exception du 22®) correspondent respectivement aux récits suivants de l’Avadâna-çataka :

Le Ratna-Avadâna. — La série des récits de l’Avadàna-Çataka se continue, suivant le même plan, dans un autre recueil de 34 Avadânas, intitulé: lîatna-avadâna-mâlâ (Guirlande des Avadânas de joyaux), tout à fait semblable au précédent, dont il est visiblement la suite. Les vingt-un

INTRODUCTION

premiers récits de ce second recueil, à l’exception du 6% du 8® et du 16® (?) \ correspondent aux 3®' et 4®® récits des décades (la IV® non comprise, et le récit 5® de la VP étant substitué au 4®, déjà pris ou usurpé par le Kalpadruma) . Ils répondent donc aux récits suivants de l’Avadâna-çataka :

Par conséquent, sur les 64 textes dont se composent les deux recueils, il y en a 41 (ou 42) qui correspondent à des récits de l’Avadâtia-Çataka. On remarquera que le second observe mieux que le premier la suite des récits des décades ; mais il leur fait moins d’emprunts, ne leur prenant que 18 textes, et intercale deux (ou trois) textes étrangers. Le premier recueil ne se permet qu’une intercalation ; et il fait 23 emprunts, transposant les textes qu’il emprunte en dehors de la suite qu’on peut appeler réglementaire, et faisant une petite place, amoindrie encore dans l’autre recueil, à la IV® décade, qui peut, d’ ailleurs, être considérée comme bannie en fait des deux compilations.

Nature et relations des deux recueils. — Les 41 (ou 42) textes des deux recueils ont, à quelques variantes près, dont il n’y a pas lieu de tenir compte, les mêmes titres que ceux de l’Avadâna-Çataka ; mais la rédaction en est liien différente. D’abord, ils sont en vers, tandis que les textes des décades sont en prose ; ensuite, bien que suivant de point en point les récits de l’Avadâna-çataka, reproduisant souvent les mêmes expressions et les vers mêlés à la prose, ils donnent très fréquemment à certains épisodes esquissés sommairement, à tel discours brièvement résumé ou dont le sujet est simplement indiqué, un développement plus ou moins considérable ; en définitive, ils présentent la même version et n’ofirent, pour le fond, que de rares et légères variantes. Mais le plan des deux recueils est tout autre que celui de l’Avaddiia-Çataka ; leurs récits, au lieu d’être faits au lecteur par un auteur connu ou anonyme, sont des discours adressés par le Sthavira Upagupta au roi Açoka, le monarque sollicitant une instruction, le docteur ne la marchandant pas ; si bien que tout l’ouvrage est un long dialogue.

* Le lô« récit répond au 32^ de l'Avadâna-Çataka, c'est-à-dire au 2^ de la IV décade; seulement il reproduit une autre version; c'est donc une correspondance imparfaite. Je le note avec un point d’interrogation.

ANNALES DU MUSEE GDIMET

Ce dialogue, commencé dans le Kalpa-dr.-av.-m., continué dans le llatna-av.-mâlâ, n’est pas fini, puisqu’il ne nous donne que 41 ou 42 récits de r Avadàna-Çataka ; il doit se poursuivre ailleurs. Les deux recueils versifiés que nous avons supposent l’existence de trois autres, dont le premier renfermerait les récits cinquièmes et sixièmes; le deuxième les récits septièmes et huitièmes; le troisième les récits neuvièmes et dixièmes des décades, avec quelques intercalations et une addition de récits supplémentaires. Le Kalpa-druma-avadàna etle Ratna-avadàna-mâlâ ne seraient donc que des fragments d’un recueil plus étendu dont le titre pourrait être celui qui est indiqué, à la fin du Kalpa-druma-av.-m., comme désignant un recueil plus vaste dont le Kalpa-druma ferait partie : Açoka-Upagwptasambhâranciy « Conférence d’Açoka et d’Upagupta ».

Açoka-Avadûna. — Ketrouvera-t-on ces trois recueils? Je l’ignore. Mais il en existe un qui justifie imparfaitement la supposition précédente et comble en partie, en très petite partie, le vide que nous voudrions voir rempli. U Açoka-avadchia-mâlâ, dont il existe un Ms. à la Bibliothèque de rUniversité de Cambridge^ est, comme nos deux recueils, un entretien versifié d’Açoka et d’Upagupta, et se divise en 27 sections d’inégale étendue, dont huit (13-20) correspondent aux dixièmes récits des décades de l’Avadâna- Gataka, c’est -à-dire aux récits : 10, 20, 30, 50, GO, 70, 80, 90.

La IV® décade est exclue comme dans leKalpa-dr. etle Ratna-av.; la X® est omise, parce que le 10® récit de cette décade ouvre le Kalpa-dr.-av. Ainsi ce recueil s’harmonise avec les deux autres; la seule différence est que les neuvièmes récits qui, d’après notre hypothèse, devraient s’y trouver, font défaut, que, de plus, ces textes, au lieu d’avoir la place d’honneur au début du recueil, sont relégués dans la dernière partie et enclavés dans d’autres récits. Sans rechercher l’origine de cette anomalie, je constate que nous

* Add. 1482. Catalogue... by Cecil Bendall, p. 110-114. — lien existe à Paris une copie faisant partie de l’envoi de M. Hodgson, de 1836-37; elle est restée, je ne sais pourquoi, à la Société asiatique, tandis que la grande majorité de ces Mss. (entre autres l’Avadàna-Çataka) entraient à la bibliothèque Nationale. Je i-egrette vivement d'avoir perdu de vue l’existence de ce Ms.; sans quoi j’aurais fait sur lui le même travail que sur les Mss. du Kalpa-dr.-av. et du Ratna-av. -m. de la bibliothèque Nationale qui faisaient aussi partie des 64 Mss. sanskrits bouddhiques reçus de M. Hodgson jiar la Société asiatique en 1837.

INTRODUCTION

trouvons, dans trois reciioils versifiés, la moitié (ou la moitié moins un) des récits de rAvadàna-fjataka, c’est-à-dire 49 (ou 50) K

Récapitulation. — Je réunis ici en un tableau les cinquante textes, les classant par décades et par recueils, remplaçant par des points les textes manquants et mettant entre parenthèses ceux qui sont déplacés.

Décades I

Kalpa.-dr. 1

Ratn.-av. ( ,

Açoka.-av. 10

On voit que chaque décade est représentée en général par cinq récits, que la II® en a sept, la VI® six, et la IV® un (ou deux). Il ne nous parait pas possible que ces 49 (ou 50) avadànas aient ainsi trouvé asile dans trois recueils et que les 50 (ou 51) restants n’aient pas été recueillis dans d’autres compilations, soit deux, soit trois. Rien n’indique qu’ils se trouvent dans aucun des recueils connus, mais il est permis de croire qu’on pourra les rencontrer dans les compilations qu’il reste à découvrir.

Dvâvimçati-Avadâna. — Nous connaissons un quatrième recueil qui est apparenté avec l’Avadàna-Çataka, mais d’une tout autre manière que les précédents; c’est le Dvàviihçati-avadàna, « Avadâna en 22 (sections) », qui en compte en réalité 24, à cause de deux sections complémentaires ou appendices, reproduisant des titres déjà donnés. Ces titres, au lieu d’être en majorité, comme dans l’Avadaiia-Çataka et les cong'énères, les noms des héros des récits, sont des chefs sous lesquels sont classées diverses instructions ou leçons: 1, actes méritoires; 2, audition de la loi; .3, condition humaine ; 4, don ; 5, mérites religieux ; 6, image ; 7, bain ; 8, safran ; 9, parasol; 10, funérailles; II, mandala ; 12, nourriture ; 13, breuvages;

* Je dis « la moitié (ou la moitié moins im) — 49 (ou 50) » - , à cause du récit 16<; du Rutiia-av.-màlà dont U est question dans ia note de la page xvii.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

14, vêtement; 15, Heurs; IG, adoration; 17, Hambeaii ; 18, lampes; 19, monastère; 20, pendant d’oreilles (ou Suvarnâblia) ; 21, nettovag-e (ou Vapnisman) ; 22, Gandana ; 23, don ; 24, mérites religieux. — Chacun de ces chapitres donne lieu à une instruction spéciale illustrée par un ou deux Avadànas ; de sorte que l’Avadana y joue un rôle en quelque sorte accessoire, et non principal comme dans les autres compilations. Voilà pourquoi les noms des héros des Avadànas insérés ne pjaraissent pas dans les titres, si ce n’est par exception ou subsidiairement. L’ouvrage est en prose et il a le cadre des recueils versifiés, un entretien entre Açoka et Upagupta : mais ce cadre est pour ainsi dire fictif; car ces deux personnages disparaissent bientôt pour laisser la place à Çâkyamuni et à son futur successeur Maitreya. C’est entre ces deux interlocuteurs que le dialogue est véritablement institué, Maitreya demandant instruction, Çâkyamuni satisfaisant à cette demande ; à la fin même, c’est à ses Bliixus qu’il s’adresse. Ainsi l'auteur du Dvâviniçati-avadâna a compliqué, supprimé, transformé le cadre des compilations qui ont dû lui servir de modèle.

J’ai reconnu, dans cet ouvrage, douze récits de l’Avadana-Çataka ; ce qui, vu son étendue relativement faible, est une très forte proportion ; et, ce qui est remarquable, les récits sont reproduits textuellement. Une autre particularité très intéressante est que la IV® décade, représentée par un seul récit dans les recueils versifiés, l’est ici par deux récits reproduits, comme les autres, textuellement; mais ces deux récits se trouvent dans l’appendice, de sorte que la IV® décade, même lorsqu’elle est le mieux représentée, est toujours reléguée à la fin k

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