‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 61 sur 167 · STUTl · texte numérisé non relu

STUTl

— Le Louange —

Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Grâvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anathapindada.

Or, en ce temps-là, cinq cents musiciens demeuraient à Çravastî où ils formaient une corporation.

Une fois donc, un roi des musiciens nommé Supriyay arriva. Sa force était telle que, sur une seule corde, il faisait entendre sept notes avec vingt et un tons ou demi-tons. Disant bien haut que les (musiciens des) six grandes • villes n’étaient pas capables (de lui tenir tête) il arriva à Çrâvasti. Les musiciens qui habitaient à Grâvastî le tirent savoir au roi. Le roi dit : Messieurs, ne vous tourmentez pas; nous saurons (faire ce que) la circonstance (exige).

Gependant Supriya, le roi des musiciens, se dit en lui-même : J’ai entendu dire que le roi Prasenajit est très versé dans la musique ; si je commençais par lui, à faire connaître mon talent ? Supriya, le roi des musiciens, se rendit donc au lieu où était le roi de Koçala Prasenajit, et quand il y fut arrivé, il parla ainsi au roi de Koçala Prasenajit : J’ai appris, ô roi, que tu es habile en musique; si, sans t’importuner, je m’essayais (devant toi) L — Alors le roi Prasenajit le refusa et lui dit : « Bien ! j’ai un précepteur qui demeure à Jetanava ; il n’y a personne au-dessus de lui ; c’est le roi des musiciens. Viens, allons le trouver. »

‘ Yadi te agurur mîmâmsayeti, le tibétain a : « gal-te hhyod-la gnod-pa ma mchis na sadpar vgyi-o », « Si je m’asseyais sans dommage pour toi », probablement pour « sans t’importuner, sans t’être à charge ».

a'vauàna-çataka II, 7 (17)

Alors, le roi de Koçala Prasenajit, entouré de cinq cents musiciens, du roi des musiciens Supriya et de plusieurs centaines de mille de créatures vivantes, se rendit à Jetavana.

Or, il n’est rien que les Buddlias ne connaissent (18)... Toute-science , toute -'puissance et 'miséricorde des Buddhas.

Alors Bhagavat, pour accorder une faveur aux gens attachés à la discipline, produisit une pensée mondaine : « Holà ! Oh ! Que le fils de Gandharva, Pancasikha, entouré de sept mille Gandharvas, prenne le luth ^ à montant de lapis-lazuli et vienne en ma présence ! » Au moment même où cette pensée fut produite, le fils de Gandharva Pancasikha, entouré de sept mille Gandharvas, prenant l’attitude respectueuse qui convient, présenta à Bhagavat le luth à montant de lapis-lazuli.

Alors Supriya, le roi des musiciens, commença à faire résonner son luth en présence de Bhagavat et fit rendre à une seule corde, sept notes et vingt-un tons ou demi-tons, si bien que, à l’ouïe de cette musique, le roi Prasenajit et toute la foule furent dans une suprême admiration.

Alors Bhagavat à son tour fit résonner le luth à montant de lapis-lazuli, de manière à faire entendre plusieurs notes excellentes et des demi-tons sur chaque corde, une à une, et cela à plusieurs reprises (?). Après quoi il montra que ce corps est comme le luth, que les notes sont comme les organes des sens, et les tons (ou demi-tons) comme l’élément de l’esprit. Après avoir entendu cela, Supriya, le roi des musiciens, gagné à la foi, offrit des parfums au luth céleste et se fit initier en présence de Bhagavat; puis... (23)... Arrivée à V état d'Arhat... la condition d’Arhat lui fut manifestée.

Alors, amenés à la foi, les dieux, les Nâgas, les Yaxas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahoragas se mirent à garder, à protéger, à couvrir l’enseignement de Bhagavat, et les cinq cents musiciens éprouvant de la joie et du contentement d’esprit se dirent en eux- mêmes : « Nous nous livrons à une occupation bien vile, nous avons une existence misérable ; si nous demandions au roi la permission d’inviter Bhagavat à entrer en ville avec l’assemblée de ses auditeurs? » Ayant donc obtenu la permission, les musiciens invitèrent Bhagavat à entrer en ville avec l’assemblée de ses audi

* Vînâ.

annales du MUSEE GUIMET

leurs. Bliagavat accepta (riiivitatioii) de ces musiciens en gardant le silence. -Vlors les musiciens, accompagnés des ministres du roi et des citadins et des paysans, tirent enlever de la ville de Grâvastî tout entière, les pierres, le gravier, le sable, la firent asperger d’eau de senteur, remplir de fleurs divines, encenser de parfums variés, orner d’offrandes de fleurs. Les musiciens ayant pris chacun son luth, lui firent suite au son de leurs tambours, de leurs luths, de leurs panavas, etc., et rassasièrent Bhagavat avec la confrérie des Bhixus, de mets bien préparés.

Alors Bhagavat fit voir un sourire. Or, c’est la règle quand le Buddha fait voir le sourire (19)... Le rire des Buddhas ; ‘prédiction de la Pratyehabodhi.

Ces musiciens, Ananda (19)... ayant attiré à eux la Pratyekabodhi dont les possesseurs se suivent par tribus seront, dans la voie de l’avenir, les Pratyekabuddhas appelés Varnasvarâ.

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : Vénérable, où ont-elles été produites ces racines de vertus dont l’influence (produit) ce (que nous voyons) ?

Bhagavat dit : Bhixus, dans d'autres naissances antérieures, le Tathâgata (12 bis)... Le fruit des œuvres du Tathâgata.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha, appelé Prahodhana (H)... Apparition d’un ancien Buddha... parut dans le monde.

En voyageant à travers le pays, ce (Buddha) arriva à une capitale. Or, le parc du roi était doué de toutes sortes d’avantages. Bhagavat entra dans ce ])arc afin de pouvoir être favorable au roi et s’avança vers un arbre (auprès duquel) il s’assit. S’étant fait un siège, il atteignit par la méditation l’élément de la lumière. Alors, le roi Xatriya, qui avait reçu sur la tête l’onction royale, entra dans le parc au son des instruments que des femmes faisaient résonner. En suivant le parc, le roi aperçut le bienheureux Prahodhana, le parfait et accompli Buddha, charmant, l’esprit calme, possédant au plus haut degré le calme d’une intelligence domptée, semblable à une statue ‘ d’or, fortuné, resplendissant. A cette vue, il ressentit des dispositions joyeuses^ ainsique les

* Proprement « poteau ». Sk. yûpa, tib. : mehod-sdon.

• Prasdda, tib. : dga.

femmes de son gynécée, et par les sons variés de leur musique, il réveilla Bhagavat de sa contemplation \ le nourrit d’aliments consacrés et fit un vœu pour la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n’y en a pas.

Que pens-^z-vous Bliixus ? Celui qui en ce temps -là, à cette époque-là, fut le roi, c’était moi. C’est pour avoir rendu un culte au parfait et accompli Buddha Prabodhana, c’est par ce motif que maintenant ces musiciens m’ont rendu des honneurs.

En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (3)... Le culte du maître.

Ainsi parla Bhagavat (2),..

1. Le cinquième texte du Divya-avadâna 72-74 se rapproche par son titre du dixseptième de l’Avadâna-Çataka, car il est intitulé Stuti-bralimana-avadâna « avadâna du Brahmane (qui prononce un) éloge. » La ressemblance se réduit à cela ; mais on verra que le texte du Divya-avadâna présente certaines analogies avec le récit suivant.

2. La comparaison de la personne humaine ou de ses facultés avec un intrument de musique, se retrouve ailleurs, notamment dans le Sûtra des 42 articles (art. 33) et dans un texte pâli l’Anguttara-nikaya (Ghatta-nipâta) auquel l’article 33 du sûtra chinoistibétain « en 42 articles » est visiblement emprunté.

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