‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 62 sur 167 · VARADA · texte numérisé non relu

VARADA

— Le Bienfaiteur —

Lè bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jetavana, dans le jardin d’Anathapindada.

Or, à Çrâvastî, un homme adultère fut surpris dans un acte criminel, saisi par les gens du roi et mené devant le roi. « C’est un transgresseur », dit le roi, et cet (homme) fut livré pour être mis à mort. Les gens du roi, couverts de vêtements bleus, tenant les armes levées, ayant autour de la gorge des guirlandes de Karavîra, le conduisirent, poussant des cris de rage à tra-

* Samddhi.

* Ou « au milieu des hués », le manuscrit porte : anuçi'âvyamânâm, Le tibétain semble rapporter 'expression correspondante, o-dos vos-nas au sujet de la phrase.

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vers les rues, les ruelles, les carrefours, les places (et le firent sortir) par la porte méridionale.

Or, rien n’échappe aux Biiddhas (18)... Toule-science, toute-puissance et miséricorde des Buddhas.

Bhagavat s’étant donc levé de bon matin, ayant pris son vase et son man teau, entra dans Çrâvastî pour mendier. L’homme vit le Buddha (16)... Description physique du, Buddha... Et l’ayant encore regardé, il tomba aux pieds de Bhagavat et parla ainsi à Bhagavat : Je suis digne d’un bienfait ^ Bhagavat, accorde- moi la vie (si) désirée. Alors Bhagavat interpella l’âyusmat Ânanda. « Ananda, va trouver le roi Prasenajit, je (lui) dis : Accordemoi cet homme, je l’initierai. » L’àyupnat Ananda se rendit au lieu où était le roi de Koçala Prasenajit et, quand il y fut arrivé, répéta au roi de Koçala Prasenajit les paroles de Bhagavat : « Permets que Bhagavat initie cet homme». — « Gela paraît juste dit le roi de Koçala Prasenajit, et bien éclairé sur le point, fit grâce (à l’homme). Bhagavat l’initia, le reçut solennellement et (23)... Arrivée à V état d' Arhat... il devint Arhat.

Les Bhixus ayant conçu un doute questionnèrent le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes : c’est une chose merveilleuse, ô vénérable, que tout réussisse ainsi à Bhagavat, aussitôt qu’il y pense. Bhagavat dit : Bhixus, dans les autres naissances antérieures, le Tathâgata (12 bis)... Le fruit des œuvres du Tathâgata.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha du nom d’indradhvaja (14)... Apparition d’un ancien Buddha... parut dans le monde.

En voyageant à travers le pays, il arriva dans une capitale. Dans cette capitale, était un bralimane qui avait lu les Vèdas et les Vèdaiigas ; il occupait le premier poste auprès du roi. Or, le parfait et accompli Buddha Indradhvaja s’étant levé de bon matin, ayant pris son vase et son manteau, entra (en ville pour mendier). Le Brahmane aperçut le parfait et accompli Buddha Indradhvaja doué des trente-deux signes, etc. [ÏQ)... Description physique du Buddha.

Après l’avoir examiné, il tomba comme un arbre dont la racine aurait été

1 Voir à la fin de ce récit la discussion de cette phrase.

2 Bhavyarûjiam, en tibélain : çin-tu-cs « tout à fait convenable ».

A VADÀNA-GATAKA II, 8, (18)

coupée aux pieds de Bhagavat et dit : « Je suis digne d’un bienfait ; que Bhagavat s’asseye sur le siège le plus élevé ! »

Alors le bienheureux Indradhvaja, le parfait et accompli Buddha, pour lui accorder une faveur, s’assit sur un siège élevé, et le Brahmane lui adressa un hymne de cent padas, le nourrit d’aliments consacrés et fit un vœu pour la Bodhi suprême au dessus de laquelle il n’y en a pas ; ce qui fat cause que le roi, les ministres, les gens de la ville ^ furent amenés à la foi

Que pensez- vous, Bhixus ? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque là, fut le Brahmane, c’était moi. Parce que j’ai rendu hommage au Tathâgata Indradhvaja, j’ai, pour ce motif, éprouvé dans le Samsara un bien-être sans fin, et maintenant encore, tout ce que je pense, tout ce que je me propose, se réalise complètement.

En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (3)... Le culte du maître...

Ainsi parla Bhagavat (2).

Rapprochements et remarques

I. La proposition ; « Je suis digne d’un bienfait », énoncée deux fois dans cet avadâna, traduit les mots du manuscrit Varâho smi, « je suis sanglier ». Le tibétain le rend par y dag~ni dam-'pa sisal va-i os lags: (Ego quidem honum conferendi dignus sum), « je suis digne de faire du bien » ou « qu’on me fasse du bien »). L’emploi du tibétain os « digne, convenable, » nous donne lieu de croire que la leçon constante du manuscrit Varâho est une faute pour Varârho {para, « chose excellente, présent »; arha, « digne, qui mérite, ») On pourrait croire que Varâho est pour Varado, le mot du titre, qui se trouverait ainsi justifié ; mais le sens de Varada « bienfaiteur », ne parait pas s’adapter parfaitement au contexte des phrases où nous lisons FardAo, surtout à celui de la première.

Du reste Varâirha, « digne d’un bienfait », et Varada, « bienfaiteur», correspondent bien l’un à l’autre. Il no serait même pas impossible que le titre Varada fût une faute ou une correction d’une justesse douteuse pour Varâirha qui serait le titre primitif. Toutefois, si cette substitution, entièrement conjecturale, a eu lieu, elle doit être très ancienne et antérieure à la traduction tibétaine qui rend Vara-da par son équivalent mchog-shyin (optimum donans).

IL L’ emploi du terme arha dans le mot supposé Varâirha est justifié par l’existence du

* D'après le lil étain il faudrait dite « de la cour ».

2 Avarjitâ, lib.[; dad-fa skyes-so.

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE OUIMET

mot Stavàrha (« digne d’éloges » pour en l’ecevoir et plutôt pour en faire) que nous trouvons dans le cinquième texte du Divja-avadcàna, le Stuti-hrâhmana, cité à propos du texte précédent. Cette particularité et le rapport éloigné que ce texte très court présente avec le Varada-avadâna nous décident à en donner une analyse ;

Le Buddha ari’ive à Hastinapura ; un Brahmane lui adresse une gâthâ de louanges. Le Buddha rit et lui prédit que, après vingt kalpas écoulés, il sera lePratyêkabuddha Stavârha. Questionné parles Bhixus, il raconte le trait suivant : Du temps de Bralimadatta, roi deBénarès, ce même brahmane, qui était poète, rencontrant le roi monté sur son éléphant, adressa une stance d’éloge À l’éléphant, et reçut du roi cinq villages en récompense. L’éléphant de Brahmadatta était Çàkyamuni. Les vers du brahmane à l’éléphant lui avaient valu cinq villages ; ses vers au Buddha lui valurent la promesse de la Pratyékabodhi.

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