‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 63 sur 167 · KÂÇIKA-VASTRAM · texte numérisé non relu

KÂÇIKA-VASTRAM

— Le Vêtement de Kâçi —

Lo bienheureux Buddha (1)... résidait à Ràjagrha, |daus le b ois de Bambous, dans l’enclos de rÉcureuil (Kalandaka).

Lorsque le roi Biinbisâra entouré de plusieurs centaines de mille de créatures vivantes eut vu les vérités, alors pour témoigner sa reconnaissance du service qui lui avait été rendu, pour assurer le culte du Buddha, pour montrer la grandeur de sa maison, pour donner à connaître le cas qu’il faisait de l’apparition d’un Buddha, il invita Bhagavat avec l’assemblée de ses auditeurs, à participer au repas de la famille royale, et (ce) commandement fut fait aux Magadhains et aux citadins ^ : « 11 faut que, lors de l’entrée de Bhagavat en ville, on lui rende un culte avec des fleurs, des parfums, des guirlandes, des onguents ; que toute la ville de Râjagrha soit débarrassée de pierres, de gravier, de sable, remplie de fleurs divines, de bannières et d’étendards dressés, et que tout le chemin entre le bois des Bambous et Ràjagrha soit couvert d'habits étendus. » Tout fut exécuté par les (soins des) ministres. Alors le roi Biinbisâra porta lui -même, au-dessus de la tète de Bhagavat, le parasol aux cent baguettes. Le reste des citadins^ porta (le parasol) au-dessus (de celles) des mille Bhixus.

* « Aux geus de la coar » (d’après le tibétain), le mot du texte est paurâiuzm.

* Paui'â, d'après le tibélain « courlisans ».

AVADÂNA- ÇAT AKA II, 9, (19)

Alors Bhagavat dompté, entouré de (gens) domptés, calme, entouré de (gens) calmes, délivré, entouré de (gens) délivrés, consolateur, entouré de (gens) consolés, humble, entouré de (gens) humbles, arhat, entouré d’arhats, exempt de passions, entouré de (gens) exempts de passions, plein de charmes, entouré de (gens) pleins de charmes, comme un taureau entouré d’une troupe de (vaches), comme un éléphant entouré d’une troupe de jeunes éléphants, comme un lion entouré d’une troupe d’animaux carnassiers^, comme une oie entourée d’une troupe d’oies, comme Suparna entouré d’une troupe d’oiseaux? comme un brahmane entouré d’une troupe de disciples, comme un bon cheval entouré d’une troupe de coursiers, comme un héros entouré d’une troupe de combattants, comme un guide ^ entouré d’une troupe de voyageurs, comme un chef de caravane entouré d’une troupe de marchands, comme un Gresthî entouré de clients comme le roi d’une forteresse entouré d’une troupe de conseillers, comme un Gakravartin entouré de (ses) mille fils, comme la lune entourée des Naxatras, comme le soleil entouré de mille rayons, comme Dhritarâstra entouré de la troupe des Gandliarvas, comme Virudhaka entouré de la troupe des Kumbhandas, comme Virûpâxa entouré de la troupe des Nàgas, comme le distributeur des richesses^ entouré d’une troupe de Taxas, comme Vemacitrî entouré de la troupe des Asuras, comme Gakra entouré de la troupe des Tridaça^, comme Brahma entouré des dieux de la corporation de Brahma, redondant comme l’Océan, sans ivresse comme le Seigneur des troupes (Ganeça)®, tel Bhagavat s’avançant avec une démarche que ne troublaient point des sens parfaitement domptés, entouré des nombreuses lois indépendantes d’un Buddha, entra dans la ville.

A l’instant où Bhagavat posa le pied sur le seuil de la porte, cette grande terre trembla de six manières. Lorsque Bhagavat entra dans la ville, il se produisit d'autres prodiges de même nature, tels que ceux- ci : les choses étroites deviennent larges, [les choses basses deviennent hautes]’’'; les éléphants

^ Damstri « qui a de grandes dents »; spécialement « sanglier, serpent ». Ici il doit désigner les animaux carnassiers, tels que le lion. Le correspondant tibétain gean-zan désigne tout animal sauvage.

2 Deçika ; « homme du pays » (de deçà, « homme qui montre, qui dirige » J(de diçj. Le tibétain le rend par sa mhhan, « qui connaît le pays ».

3 Paurajana que le tibétain rend ici par «gens de la ville », groâ-klujer-gyi mi.

■* Dhanada, antonomase de Kuvera.

â Tridaça, le correspondant tibétain, sam-cu-rtsa gsum équivaut à Trayastrimçat.

6 Le tibétain dit : « le roi des éléphants ».

Omis dans le manuscrit sanskrit et dans celui du Dvàvimçati-av.

ANNALES DD MUSEE GUIMET

crient, les chevaux hennissent, les taureaux beuglent, les différents instruments de musique qui étaient dans les maisons rendent d’eux-mêmes des sons ; les aveugles recouvrent la vue, les sourds l’ouïe, les muets deviennent capables de vociférer. Ceux qui avaient un sens oblitéré ou affaibli recouvrent des sens complets, ceux qui ont été enivrés par des spiritueux perdent leur ivresse \ ceux qui ont bu du poison en sont débarrassés, ceux qui étaient ennemis les uns des autres contractent amitié, les femmes enceintes accouchent heureusement^, les prisonniers sont délivrés, ceux qui n’ont pas de richesses reçoivent des richesses, et les génies de l’atmosphère, les dieux, les Asuras, les Garuçlas, les Kinnaras, les grands serpents lancent une pluie divine de Heurs.

C’est avec ce déploiement de puissance que Bhagavat entra dans la maison du roi, et le roi Bimbisâra lui-même [étendant la main]^, se tenant sur le seuil de la porte extérieure (et), prenant un bassin plein d’eau (parfumée avec) du santal supérieur (Goçîrsa) , lava les pieds à Bhagavat et à la congrégation des Bhixus. Puis, quand il vit la congrégation des Bhixus, avec Bhagavat en tête, assise bien cà l’aise, il lui offrit des aliments à cent saveurs, et quand elle fut repue, il la revêtit d’habits de Kâçî. Ce qui fut cause que le Magadhains (et les) citadins furent amenés à croire.

Alors les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent le bienheureux Buddha qui ôte tous les doutes : où Bhagavat a-t-il produit ces racines de vertu, de manière que Bhagavat et la congrégation des Bhixus reçoivent de tels hommages?

Bhagavat dit : « Bhixus, dans d’autres naissances antérieures le Tathâgata(12 bis)... Le fruit des œuvres du Tathàgata.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, imparfait et accompli Buddha Xemankara (14)... Apparition d'un ancien Buddha... parut dans le monde.

En voyageant à travers le pays, il arriva à une ville capitale. Le roi Xatriya, qui avait reçu sur la tète l’onction (royale), apprit cette nouvelle :

* Vimadibhavanti, « deviennent exemptes d'ivresse », est rendu par sangs-rgyas-par gyur-to, « deviennent entièrement purs »; seulement d'après l'emploi ordinaire de l’expression sangs-rgyas, cette phrase devrait signifier « deviennent Buddhas ou bouddhistes ». L'emploi de ce terme ici mérite d'être noté.

2 Ou « sans douleur », Svaniad, tib. : vde-var.

3 Dans le tibétain seulement.

AVADÂNA' ÇATAKA II, 9, (19)

le parfait et accompli Biiddha Xemankara, en errant dans le pays, est venu dans notre capitale. A l’ouïe de cette nouvelle, le roi dans l’appareil de sa magnificence royale, dê sa puissance royale, se rendit au lieu où était le parfait et accompli Buddha. Quand il y fut arrivé, il s’assit près de lui. Quand le roi Xatriya, qui avait reçu sur la tête l’onction (royale), fut assis auprès de lui, le parfait et accompli Buddha Xemankara l’instruisit par les lois qui produisent la Bodhi. Alors le roi ayant reçu des dispositions joyeuses ‘ l’invita à venir dans la famille royale, lui offrit des aliments aux goûts variés, et le revêtit d’un vêtement valant cent mille (pièces de monnaie); et, après son Nirvana complet, il lui fit faire un stiipa qui avait un yojana dans toutes les dimensions.

Que pensez- vous, Bhixus ? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque, fut le roi, c’était moi. C’est pour avoir rendu un tel hommage au parfait et accompli Buddha Xemankara, c’est pour cela que j’ai éprouvé dans le Samsara un bien-être sans fin; et maintenant, c’est par cette même cause que le roi Bimbisâra a rendu au Tathâgata de tels hommages.

En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (3)... Le culte du maître...

Ainsi parla Bhagavat (2)...

Rapprochements et remarques

I. Ge récit fait le fond delà neuvième section du Dvâvimçati-av. intitulée Chatradâna (don de parasol), mais la version de ce recueil diffère en plusieurs points de celle qu’on vient de lire. Le titre seul indique déjà une de ces différences. Alais il y en a d’autres que rendra sensible l’analyse suivante :

Maitreya demande à Bhagavat quelle est la récompense accordée au don d’un parasol. Silence approbateur de Bhagavat et, au même instant, manifestation de prodiges (les mêmes, sauf quelques variantes, que ceux de l’Avadâna-Çataka). Indra descend du ciel, tenant un parasol de grandes dimensions, tout en pierreries et en or divin ; il se dirige vers le Grdhrakûta au bruit de dix millions d’instruments divins, ombrage le Buddha de son parasol, entend le sermon et retourne dans le ciel avec sa suite.

Doute et question des Bhixus. Leur maître raconte l’histoire de Xemankara. Ge Buddha avait paru dans la ville de Xemavatî. Un roi voisin entendant vanter ses qualités prépare tout pour le recevoir et lui envoie des messagers pour le prier de venir dans

* Prasdda, en tibétain : dga.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

quatre jours. Le quatrième jour, des tleurs offertes par le roi viennent former parasol au dessus de la tête de Xemankara. Ses disciples étonnés l’interrogent. Il répond qu’il a reçu une invitation d’un roi et qu’il faut s’y rendre. Il part avec ses disciples ; sa marche vers Xemavatî est décrite comme celle de Çâkyamuni vers Râjagrha. Il est reçu avec les plus grands honneurs, et gratifie le roi des « lois qui font la Bodhi. » Le roi l’ombrage d’un parasol d’or valant cent mille. Xemankara fait ensuite tomber la pluie et adresse au i‘oi un discours sur les récompenses accordées à ceux qui font le don d’un parasol ; il termine en lui prédisant la royauté d’un Cakravartin. Puis le Buddha s’en va comme il était venu, par la voie aérienne. Ce roi était Çâkyamuni dans une de ses existences antérieures.

IL Le récit de l’Avadana-Gataka peut être considéré comme une version des récits de l’entrée du Buddha à Bajaghra qui se lisent dans Sp. Hardy (A manuel of Budlnsm, p. 193-194) et Bigandet (A life of Gaudama, ch. vu, p. 146, édition de 1800.)

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