DIVYABHOJANA
— Nourriture divine —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Râjagrha, dans le bois de bam bous, dans l’enclos do l’Ecureuil.
Or, il y avait un Çresthî riche (9)... Description d'un homme riche... et favorable aux Tîrthikas. Ayant été amené à la foi par l’Ayusmat Mahâ- Maudgalyâyana, il témoigna du respect pour renseigmement et manifesta des dispositions exti’èmenient favorables pour Bhagavat. Or, ce maître de maison, qui avait les inclinations les plus généreuses, dit à rAyusmat Mahâ- Maudgalyâyana : « Sois mon compagnon, je désire rendre hommage à Bha gavat. » L’Ayusmat Mahâ-i\Iaudgalyàyana agréa la proposition du maître de maison en gardant le silence.
L’Âyusmat Mahà-Maudgalyàyana prit donc avec lui le maître de maison et se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et s’assit près de lui. Une fois assis près de lui, l’Âyusmat Mahâ-AIaudgalyâyana parla ainsi à Bhagavat : « Vénérable, ce maître de maison désire nourrir Bhagavat avec la confrérie des Bhixus. Que Bhagavat accepte sa proposition et use de compassion ! — Bhagavat acquiesça à la demande du maître de maison en gardant le silence.
Alors, le maître de maison, comprenant l’acquiescement de Bhagavat à son
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silence, fit apporter des mets à cent saveurs, avec des fleurs, des parfums, des guirlandes, des onguents. De son côté, l’Ajusmat Mahâ-Mandgalyâyana invoqua Çakra, le roi des dieux : « Que ce maître de maison reçoive de l’assistance ! »
Alors Çakra, le roi des dieux, transforma le bois de Bambous, [l’enclos de l’Écureuil] en (bois do) Nandana^. Plusieurs milliers d’éléphants semblables à Airâvana, à Supratisthita [sont amenés et introduits ; ils supportent un baldaquin valant cent, qui s’élève au dessus du Buddha et de la confrérie de ses Bhixus ; plusieurs milliers de filles des dieux sont aussi amenées et introduites], elles éventent (le Buddha et la confrérie de ses Bhixus) avec un éventail à poignée [de joyaux]®. Plusieurs milliers de Gandharvas, Supriya, Pancasiklia, Tumburu et autres sont amenés, ils font delà musique avec des instruments de musique variés et excellents et offrent une nourriture divine de Sonia.
Alors, le maître de maison, après avoir assisté Bhagavat avec tous les moyens divins et humains (qui étaient à sa disposition), tomba tout de son long aux pieds de Bhagavat et se mit à faire un vœu (pranidliâna) : Puissé-je par cette racine de vertu (21)... Vœu, pour la Bodhi.
Alors Bhagavat ayant compris la succession des causes et la succession des actes de ce maître de maîson, fit voir le sourire. Or, c’est une règle quand les Buddhas rient (19)... Le rire des Buddhas... Prédiction de la Bodhi.
... Ananda, ce maître de maison sera le parfait et accompli Buddha appelé Divyânnada (« qui donne une nourriture divine »).
Un doute étant né (dans l’esprit des) Bhixus, ils questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : « Vois, Bhagavat, comment ce maître de maison a fait des offrandes à Bhagavat et à la confrérie de ses Bhixus, avec toutes les ressources de la puissance ^ divine et humaine » .
I Omis dans le sanskrit.
* Le manuscrit sanskrit porte candanam (ou peut être vandanam qui aurait encore moins de sens) ; il y a dans le tibétain dga-hyed ts'al-du « en bois de plaisance ». Je n’hésite pas à lire nandana qui est le nom du jardin d'Iudra, et dont l’expression tibétaine est la traduction. Le Dr&vimçati-avadâna écrit Candrana, ce qui est encore plus fautif que Gandana.
3 Tout ce qui est entre crochets manque dans le manuscrit sanskrit, et nous l'avons traduit d’après le tibétain. D'après le manuscrit népalais, ce seraient les éléphants qui éventent on ne sait qui. Des lacunes de ce genre dans un manuscrit s'expliquent trop facilement pour qu il y ait à insister là-dessus; mais ce qui est surprenant, c’est que les mêmes lacunes se présentent dans un autre manuscrit d’un ouvrage différent, le Dvàvimgali^avadâna, qui se distingue du nôtre uniquement en ce qu’il complète le mot sahasrâni réduit dans le manuscrit de rAvadàna‘çataka à sahasrü,
Rxddhibhi
Bhagavat répondit : Bhixus, le TatLâgata dans des naissances antérieures (12 bis)... Fruit des œuvres du Tathûgata.
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un parfait et accompli Buddha nommé Piirna (15)... Appmdtion d'un Buddha ancien... parut dans le monde. Or, le parfait et accompli Buddha Pûrna, en faisant un voyage dans les (diverses) contrées, arriva dans une capitale. Le roi Xatriya, sacré solennellement, apprit cette nouvelle : Pûrna, le parfait et accompli Buddha est venu dans notre capitale. — Alors, le roi Xatriya, sacré solennellement, se rendit au lieu où était Pûrna, le parfait et accompli Buddha. Quand il y fut arrivé, il salua avec la tête les pieds de Pûrna, le parfait et accompli Buddha, puis il s’assit à peu de distance. Quand le roi Xatriya, sacré solennellement, fut assis à peu de distance, Pûrna, le parfait et accompli Buddha, l’instruisit par les lois qui produisent la Bodhi. Alors le roi Xatriya S sacré solennellement, invita le parfait et accompli Buddha Pûrna avec l’assemblée de ses auditeurs, en leur offrant pendant trois mois, manteaux, etc.
Pûrna, le parfait et accompli Buddha, acquiesça par son silence à la proposition du roi Xatriya, sacré solennellement. Alors, quand le roi Xatriya, sacré solennellement, vit que le parfait et accompli Buddha Pûrna avait acquiescé par son silence, il reçut Bhagavat, le fournissant, lui et la confrérie de ses Bhixus, de vêtements, etc. puis il fit faire une image de Bhagavat en pierres précieuses, ce qui mit le Buddha dans le ravissement ; dans cette circonstance, plusieurs milliers d’êtres vivants reçurent des dispositions grandement favorables^. Par cette cause, par ce motif, ils sont (maintenant) dans la cessation (nirvrtti) complète ^
Que pensez-vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut le roi, c’était moi. C’est pour avoir rendu de tels hommages au parfait et accompli Buddha Pûrna que j’éprouve dans le Samsara un bien-être sans fin;
1 Le Dvàvimçati-avadàna dit ici: « Alors le roi Xatriya, bien disposé dans son esprit pour le bienheureux Buddha »,
* Le Dvàvimçati-avadàna ajoute ici ; « 11 lui donne des aliments (consistant en) mets et breuvages divers». Celte phrase ne se trouvant pas dans le Kandjour, on peut la considérer comme une interpolation.
3 Mahd-prasâda rendu par dad-pa (« foi »), chen-po(« grande «l.
* Le texte du manuscrit népàlais est laddhetukalpapratyaye ca, ce qui pourrait induire à rendre cette phrase (légèrement modifiée) de la manière suivante : par ce motif, à la fin du Kalpa, ils seront dans la cessation complète. Mais la traduction tibétaine montre que l'introduction du mol Kalpa est une faute. D’ailleurs le Dvàvimçati-avadàna porte : taddhetukam pratyayanca. Le verbe parinirvrtà est rendu par le terme tibétain qui est la traduction ordinaire de Nirvana.
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c’est aussi la cause pour laquelle, devenu Tathâgata, je reçois du Çrestliî et de Çakra^ de tels hommages.
En conséquence, Bhixus, voici ce qu’il vous faut apprendre (?>)... Le culte du maître...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
Rapprochements et remarques
Le récit qu’on vient de lire se trouve reproduit textuellement (L® 45-48) dans la douzième section du Dvâvimçati-av. intitulée Bhojana-Kathâ (discours sur la nourriture). En voici le début :
Alors le Bodliisattva Maitreya, pour faire naître chez les êtres les racines de vertus, dit encore à Bhagavat : Bhagavat, je désire entendre quel est le fruit du don de la nourriture. Dis -moi tout cela, prince de la parole, (fais-moi) un discours (sur) la nourriture du Sugata. A ces mots, Bhagavat parla ainsi au Bodhisatlva Mahâsattva Maitreya ; Ecoute Maitreya ! A une certaine époque, la Confrérie des auditeurs résidait à Râjagrha, à Venuvana, dans l’enclos du Kalandaka. Dans cette circonstance, un ÇresUù riche, etc.
La continuation du texte est la reproduction du récit de l'Avadâna-Çataka. Nous avons déjà signalé quelques fautes de l’Avadâna qui se retrouvent dans le Dvâvimçati et aussi quelques variantes ou adjonctions dignes d’être notées. Nous pourrions en signaler plusieurs autres, moins importantes parce qu’elles ne sont qu’affaire de copiste, et nous les négligeons. Au total, le récit est le même dans les deux recueils et conçu dans les mêmes termes.
Après la conclusion de l’Avadâna-Çataka, réduite à ces termes : En conséquence Bhixus, voici ce qu’il nous faut apprendre, c’est que nous honorerons le maître, nous le respecterons. Le Dvâvimçati ajoute : « Ecoutez encore les grands avantages du don de la nourriture, etc. »
* « Des mondes divins », ajoute le Dvâviraçati-avadàna.
Ann. g. - XIX