‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 66 sur 167 · TROISIÈME DÉCADE · texte numérisé non relu

TROISIÈME DÉCADE

PRÉAMBULE

Si les deux premières décades enseignent comment on devient Buddha, la troisième enseigne comment on devient Pratyêkabuddha ; car elle est consacrée à cette classe de dignitaires. Mais elle ressemble surtout à la première parce que la Pi’atyêkabodlii y est prédite à la suite d’un sourire de Buddha dans la plupart de ces récits, huit sur dix, deux seulement ayant pour sujet la carrière d’un Pratyékabudda passé. Une seule décade suffit donc pour les Pratyékabuddhas, là où les Buddhas en prennent deux. C’est que, aussi, la dignité de Buddha est bien supérieure à celle de Pratyêkabuddha.

Les deux anciens Pratyékabuddhas, dont la carrière est racontée (1,4) à propos de leur stupa, se ressemblent beaucoup, et même trop. Tous les deux naissent d’un lotus, dans le jardin du même roi (ou de deux rois homonymes) Brahmadatta, dont ils sont réputés les fils; mais l’un devient Pratyêkabuddha tout d’un coup au milieu des réjouissances d’une fête, l’autre dans les austérités de la vie ascétique. Tous les deux, devenus Pratyékabuddhas, s’élèvent dans l’air et y font des prodiges. Quels actes leur avaient valu ces avantages? Le premier (1) avait été bhixu de Kâçyapa, avait aspergé son stûpa d’eau de senteur, avait médité la Pratyêkabodhi ; le deuxième (4), n’étant que simple négociant avait jeté un lotus à Vipaçyi; de plus, un vœu, formé en entendant les cris desa femme en couches, l’avait dispensé de renaître par la voie ordinaire k

Les futurs Pratyékabuddhas dont parlent nos textes sont des personnages très divers ; deux Çre.sthis ou notables (5, 0); un jardinier (9); un batelier (7); la jeune femme d’un

1 On trouvera, dans les récits subséquents, la mention de plusieurs Pralyèkabuddhas passés jouant un rôle, tous anonymes.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

marchand (3) ; une jeune servante (8); un enfant porté dans les bras (2); une troupe de gens en fête (10).

Quels actes méritent à ces personnages si différents, le grand honneur qui leur est conféré? La plupart du temps une offrande, offrande d’un lotus (2) par l’enfant qui le saisit sur l’étalage d’un jardinier en voyant le Buddha; — d’une autre fleur par le jardinier même qui l’a cultivée (9) ; — d’un disque en or par la femme d’un marchand (3). Ces offrandes donnent immédiatement lieu à un prodige. Les deux Çresthis off’rent au Buddha un plantureux repas et une réception magnifique (5, 6). La servante, moins riche, l’honore en lui frottant les pieds de santal rouge (9). Les deux autres conversions (elles méritent bien ce nom) ont un autre caractère. Le batelier (7), qui, avec ses collègues, avait refusé ses services gratuits au Buddha, exprime son repentir et le confirme par des aumônes. Quant à la troupe festoyante (10), son ivresse et sa folle joie disparaissent à la vue du Buddha qui se trouve sur son chemin : la fête mondaine se change en fête bouddhique.

Comme pour la Bodlii, les noms de ceux qui ont possédé ou obtenu la Pratyêkabodhi sont en rapport avec l’acte accompli ou quelqu’autre particularité. Candana était appelé ainsi parce qu’il exhalait une odeur de santal, Daçaçiras à cause de la grosseur de sa tête probablement. Padmottara, Cakrottara, Gandhamâdana sont respectivement les noms de l’enfant qui offre un lotus (2); de la femme qui offre un disque d’or (3) ; de la servante qui oint les pieds du Buddha (8). Le nom de Samsârottarana (traversée du Samsâra), appliqué au batelier (7), s’entend de lui-même, aussi bien que celui de Valgusvaras (beaux sons) appliqué à la troupe en fête (10). Nirmala (sans tache), mot vague appliqué au jardinier du récit 9 semble ne se rapporter à rien de spécial. Quant aux noms de Sûxmatvâg et Çitaprabha, ils se rattachent à des particularités difficiles à préciser.

Entre la manière d’acquérir la Pratyêkabodhi et celle d’acquérir la Bodhi, on n’aperçoit pas de différence sensible. La différence, si tant est qu’elle existe, doit consister dans les dispositions intimes et les actions passées (souvent aussi peu connues les unes que les autres), des héros de ces récits. Le délai pour arriver à la Pratyêkabodhi n’est pas toujours fixé ; il est de treize Kalpas dans un cas (9); de quinze Kalpas dans deux autres (2, 3), de vingt Antarakalpas dans un quatrième (10).

La conclusion de huit de ces récits sur dix est qu’il faut honorer les Buddhas, les Pratyêkabuddhas, les Çravakas. Dans les deux autres (1, 9), elle est qu’il faut rendre un culte au Maître (au Buddha).

On trouve dans le Karma-Çataka quelques prédictions de la Pratyêkabodhi, une demidouzaine, tout au plus, si je ne me trompe. La traduction de quatre de ces textes a été donnée dans le tome V des Annales du Musée Guimet (p. 401-407).

AVADÂNA-ÇATAKA III, 1, (21)

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