CANDANA
— Sandal —
Le bienheureux Buddha (1).-.
En faisant des pérégrinations dans les contrées du Magadha, il arriva sur les bords du Gange.
Or, en ce temps-là, il y avait non loin de la rive du Gange un stupa en ruines, dégradé par le vent et la chaleur. Les Bhixus l’aperçurent et questionnèrent Bhagavat : « Bhagavat, de qui est ce stupa ? » Bhagavat dit : « 11 y eut un Pratyêkabuddha du nom deCandana; c’est le sien. » Les Bhixus reprirent : « (Ge) Pratyêkabuddha Gandana, quelle fut son origine, d’où vient son nom, quel fut son résultat^ ? » Bhagavat dit : « Vous, Bhixus, vous désirez entendre quelle fut l’origine, d’où vient le nom, en quoi consista l’activité du Pratyêkabuddha Gandana ?» — « Oui, vénérable !» — « Eh bien, Bhixus, écoute, fixe bien et dûment dans ton esprit (ce qui sera dit), je vais parler-. »
« Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, un roi nommé Brahmadatta exerçait la royauté dans la ville de Bénarès; il était puissant (10)... Roi puissant et juste...
Il n’avait pas de fils. Désireux d’avoir un fils (1 1)... Manière d’obtenir des enfants... c’est par le concours de trois conditions qu’il naît des fils et des filles.
11 était tout donc entier aux invocations. Or il y avait dans son parc une grande réunion de lotus. Il y naquit un lotus d’un grandeur démesurée; ce (lotus) croissait de jour en jour, mais ne s’épanouissait pas. Le jardinier le fit savoir au roi. — Le roi dit : « Qu’on observe avec soin ce lotus. »
Or, plus tard, au lever du soleil, ce lotus s’entr’ouvrit, et dans le péricarpe de ce lotus un enfant (mâle) fut trouvé assis les jambes croisées. Il était beau, admirable, charmant, respectable, de la couleur de l’or, ayant la tête comme un parasol®, les bras longs le front large, la voix haute, les sourcils réunis,
* Abhînirvrtti; i\h. las-vtags, « contexture des actes »,
2 Le vocatif Bhixava : est au pluriel ; les impératifs çrw et hut'u sont au singulier.
3 C’est-à-dire, sans doute, entourée d’un nimbe.
Littér. « pendants ».
le nez élevé, orné des trenle-denx signes du grand homme, portant sur scs membres les quatre-vingts signes distinctifs. De sa bouche s’exhalait un parfum de lotus, de son corps un parfum de santal.
Le jardinier en informa le roi. Alors le roi avec ses ministres, avec les femmes de son gynécée, se rendit à ce jardin. Du plus loin qu’il l’aperçut, l’enfant lui dit : « Viens, père, tu n’a pas de fils, je suis ton fils. » — Alors le roi joyeux, content, ravi, dit : «Oui, c’est comme tu le dis. » — Alors le roi se plongea dans l’étang de lotus, saisit l’enfant dans le péricarpe du lotus, le plaça sur la paume de sa main; partout où l’enfant posait ses pieds, il apparaissait des (fleurs de) lotus. De là vient qu’on lui donna le nom de Gandana h
Lorsque le jeune Candana fut peu à peu devenu grand, les habitants de la ville firent au roi cette demande : « Seigneur, le jour de notre fête urbaine est arrivé; Sa Majesté devrait bien nous accorder le jeune prince Candana; il participera avec nous à la fête; il ornera de lotus tout l’emplacement. » — Le roi répondit : « Qu’il en soit ainsi ! »
Alors Candana, paré de tous ses ornements, entouré de fils de ministres, sort de la maison du roi au son de divers instruments de musique pour jouir, lui aussi, de la fête urbaine. Pendant qu’il marche, à chaque endroit où il pose le pied, des lotus apparaissent les uns après les autres, admirables, ravissant le cœur. Mais, à peine sont-ils touchés par les rayons du soleil qu’ils se flétrissent et se dessèchent.
Alors, cet être pur qui avait des inclinations vertueuses, en qui les Buddhas antérieurs avaient fait pousser des racines de vertu, sentit naître dans son esprit, à la vue de ce (phénomène), une conception pure de la vérité. Do même, se dit-il, que ces lotus à peine nés brillent avec éclat, puis, brûlés par les rayons du soleil, se flétrissent et se dessèchent, ainsi en est-il du corps. » Pendant qu’il réfléchissait, comparait, examinait ainsi, les trent-sept lois composantes de la Bodhi lui apparurent, et, au milieu de cette foule où il se tenait, la Pratyêkabodhi lui fut rendue manifeste. Alors les dieux Guddhâvàsakâyikas (de la demeure pure) lui présentèrent des vêtements jaunes ; il les revêtit, puis, s’élevant en l’air, se mit à faire divers prodiges. A cette vue.
1 On lui donne le nom de Can lana (santal), à cause des lotus qui naissaient sous ses pas! — L’eiplicalion est au moins singulière. Le nom vient évidemment de l'odeur qu’il exhalait.
AVADÂNA- ÇATAKA II, 1, (21)
le roi, les ministres et toute la multitirle assemblée, éprouvèrent une grande joie^, et diverses racines de vertu poussèrent (en eux).
Bhag’avat dit : tels sont l’origine, le nom, le résultat du Pratyêkabuddha Caiidana.
Les Bhixus questionnèrent Bbagavat : « Vénérable, quels actes le Pratjêkabuddha Candana avait-il faits pour avoir un corps exhalant une si bonne odeur et des organes si pénétrants? »
Bhngavat reprit ; «11 avait été initié sous le bienheureux Kâç\ apa. Alors, il avait aspergé d’eau de senteur le stupa (construit) pour les cheveux et les ongles de ce (Buddha). Enfin il avait médité^ la voie de la Pratvêkabodhi.
Voici donc ce qu’il vous faut apprendre; nous honorerons (3)... Le culte du maître...
Ainsi parla Bhagavat (2)...
Rapprochements et remarques
1. Notre texte se retrouve dans le Dvâvimçati, sous le même titre (fol. 80-82), et formant une section spéciale, layingt-deuxième et dernière (abstraction faite de l’épilogue). Le texte coïncide avec celui de l’Avadana-Çataka; il y a toutefois un certain nombre de variantes, sans importance d’ailleurs et qui ne sont guères que des différences matérielles de lecture. A la fin, cependant, ces variantes prennent un peu plus de valeur ; telle est cette phrase ajoutée à la dernière de l'Avadana-Çat. ; « lui -même (Candana) atteignit le Nirvâna; ses disciples firent aussi un Caitya en son nom; aussi l’appelle-t-on Caitya de ce (Candana).
2. Ce même récit est le quatrième du Kalpa-dr.-av. (fol. IG 19). Le texte de ce recueil suit de près, quelquefois de très près, le texte de l’Avadâna-Çat. En voici l’analyse :
Promenade du Buddha et de ses Bhixus. Question de ceux-ci. Le roi Brahmadatia ; sa puissance ; son grand chagrin domestique. Piûères et offrandes aux dieux pour un fils. Naissance d’un fils dans un lotus. Description de l’enfant : « Comme une odeur de santal s’échappait de son corps, — il lui donna le nom de Candana, — partout où Candana posait les pieds sur la terre, — partout des lotus apparaissaient de toutes parts » (On voit que Vimposition de nom est présentée d’une manière plus satisfaisante que dans l’Avadàna-Çat., sans que l’importance donnée aux lotus soit amoindrie^. Candana à la fête; sa réflexion; sa conversion; son Nirvana ; Stûpa élevé par ses disciples à sa mémoire. (Le Kalpa-druma donne cette indication nécessaire omise par l’Avadâna-Çataka, mais rétablie par le Dràvimçatî-Avad. ; seulement il la place à un autre endroit).
* Prasdda, tib. àya.
2 Bhdvita, proprement « élargir, développer », habi'uelleineat rendu par « méditer ».
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Question des Bliixus, — Explications du Buddha : Initiation de Candana, hommages rendus par lui au Stûpa de Kâçyapa et pranidhâna fait par lui en vue de la Pratjêkabodhi.
Le texte se termine par un hors-d’œuvre, une longue exhortation (en vingt-trois çlokas) d’Upagata à Açoka, sur l’excellence des adhérents du Buddha par rapport à tous les autres hommes.