CAKRA
— La Roue —
Le bienheureux Buddha (1)... lésidait àRàjagrha, à Vrntivana, dans l’eiiclus du Kalandaka.
1 Chatribhictam. Y aurait-il eu, soit dans ce passage, soit ailleurs, une confusion entre Cahra » roue » et Chatra « parasol »?
Ann. g. — XIX
ANNALES DU MUSEE OUIMET
(Or, il y avait) à Çrâvasti ^ un négociant (qui) descendit sur l’Océan. Sa leinine était fort jeune ; elle fut daus rabattement à cause de son seigneur et inaitre ; elle se consumait de chagrin et son mari n’arrivait pas. Elle se prosterna devant Nâràyana, et fit une promesse. « Si mon mari revient bientôt, jeté ferai don d’un disque^ de la couleur de l'or. » Ensuite, son mari étant revenu de l’Océan heureusement et à bon port, elle fît faire un disque de la couleur de l’or, puis, entourée d’une troupe de servantes, munie du disque, de parfums, d’encens, de fleurs, elle se dirigea vers le temple du dieu^. Ge- })endant, il n’est rien qui échappe aux bienheureux Buddhas (18)... Toutescience, toute-puissance et miséricorde des Buddhas.
Bhagavat voit (donc ceci) : Cette jeune femme, à ma vue, fera pousser en elle -même les racines de vertus delà Pratj^êkabodhi. Alors s’étant levé de bon matin, ayant pris son vase et son mauteau, entouré de la troupe de ses Bhixus, suivi do l’Assemblée do ses Bhixus, il entra dans Râjagrha pour mendier. Ace moment, la jeune femme vit le Buddha, orné, etc. (16)... A riustaiit même où elle le vit, elle éprouva de la joie ^ et se mit à jeter sur Bhagavat le disque d’or. Alors, une (de ses) servantes l’arrêta en disant : « Ge n’est pas celui-ci (([ui est) Nàràyana. » Mais on a beau la retenir, une foi ^ trop vive entraîne son esprit. Elle jette le disque d’or au-dessus du bienheureux Buddha ; elle lui offre des })arfums et une guirlande (de tieurs).
Alors Bhagavat fit voir un sourire. Or, c’est la règle quand les Buddas font voir le sourire (U))... Le rire des Buddhas. Prédiction de la Pratyêhahodhi...
Ananda, cette jeune femme, par cette racine de vertu... sera pendant quinze kalpas, exempte d’aller dans la mauvaise voie ; après avoir connu le bien-être divin et humain, elle sera le Pratyêkabuddha nommé Gakrottara (:^upérieur par le disque). Telle est pour elle cette loi du don qui est la joie de l’esprit en ma présence.
En conséquence, Bhixus (4)... Triple hommage.
Ainsi parla Bhagavat (2)...
1 Le tibétain dit : Râjagrha.
2 Cakra, tibétain ; ' Khor-lo, « roue, disque «.
3 I)eva/n<lam.
* Pvasâ la, tib. Aga. J
5 Pra'^âda, tib. dad.
AVADÀNA-ÇATAKA III, 4, (24)
Le Cakra est le troisième récit de Ratna-av.-malâ (fol. 25-37). En voici l’analyse :
Le Buddha réside à Râjagrha. Un négociant de Çrâvastî, très riche, se marie et vit dans les plaisirs. Sa femme qui est ambitieuse se livre à des réflexions profondes et surtout fort longues sur l’abus des jouissances et les avantages d’une activité féconde et bienfaisante. (Dans ces réflexions qui occupent douze çlokas, elle invoque ce principe : « Les Buddhas ont dit que la richesse est la racine de la loi, de l’utilité, du plaisir, delà délivrance »). Elle adresse un discours à son mari pour l’exciter à l’acquisition des richesses. Le mari approuve et décide qu’il s’embarquera. Désespoir et nouveau discours de l’épouse qui combat cette résolution et cherche à retenir son mari à la maison. Réponse du mari qui persévère dans son dessein et examine philosophiquement les conséquences d’un bon et d’un mauvais succès. L’épouse se soumet à la volonté de son mari. Départ du négociant avec cinq cents marchands. Une cause mystérieuse les retient dans les mines de joyaux et retarde leur retour.
Description du désespoir de l’épouse délaissée qu’une de ses amies cherche à consoler. Réponse de l’épouse qui ne veut pas être consolée ; car « pour les femmes, leur divinité, c’est leur mari; leur loi, c’est le culte de leur mari. » L’amie lui conseille alors de s’adresser au dieu de son mari qui est « Yisnu-Nàrâyana-iïari ». L’épouse accepte et promet à Visnu un disque d’or. Retour du marchand, parfaitement reçu par sa femme qui lui raconte ce qui s’est passé; il l’engage à accomplir son vœu. Pensées miséricordieuses du Buddha qui vient se placer sur le passage de l’épouse. Celle-ci veut luiofl’rir le disque. Une de ses amies la retient : « Ce n’est pas là Xàrâyana, vertueuse, c’est le Sugata, prince des Jinas ; ne lui donne pas le disque fait pour Hari. » Joie de l’épouse d’avoir rencontré le Buddha (exprimée en dix-huit çlokas). Elle lui présente le disque et les autres offrandes en faisant un pranidhi. Sourire du Buddha (trente-huit çlokas). Il annonce à Ananda que cette jeune femme sera un Pratyêkabuddha, mais sans lui donner un nom. Pendant que les assistants applaudissent, le disque s’élève en l’air, se place au-dessus du Buddha et se meut, brillant comme Sudarçana (le disque de Visnu), rayonnant comme le soleil. Le Buddha touche de sa main la tête de la jeune femme et lui prédit la Pratyêkabodhi ; puis, il part avec sa Confrérie pour Râjagrha. La jeune femme, de son côté, rentre chez elle et raconte tout à son mari qui se joint à elle pour rendre un culte constant aux trois joyaux.
On voit que ce récit est bien plus chargé que celui de l’Avadâna-Çataka.