‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 77 sur 167 · PAOMAKA (3 I · texte numérisé non relu

PAOMAKA (3 I

Le bienheureux Biuldha (1).. . résidait à Çrâvastî, à Jètavana, dans le jardin d’Aiiathapindada.

Au temps de la saison d’automne, les Bliixus furent atteints par la maladie ; ils étaient jaunes et blêmes, leurs corps étaient maigres, leurs membres afïaiblis. Bliagavat, lui, n’était guère souffrant ni malade; (au contraire), il était plein de santé et de force. A cette vue, les Bliixus questionnèrent Bliagavat : « Vois! Bliagavat, ces Bliixus sont frappés par la maladie d’automne : ils sont jaunes et blêmes, leurs corps sont maigres, leurs membres sont affaiblis ; Bliagavat, au contraire, n’a guère de maladie ni de souffrance; il est, par nature, ]:)lein de force et de santé ; il possède un estomac qui digère régulièrement. »

Bliagavat répondit : «Autrefois, Bliixus, le Tatliâgata dans d’autres naissances (12 bis)... Le fruit des œuvres du Tathâ(jatoL.

Autrefois, Bliixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, un roi nommé Padmaka exerçait la royauté (10)... Roi puissant et juste.

ür, on ce temps -là, à Bénarès, par suite de l’inégalité du temps, do l’inégalité des éléments S il se [irodiiisit une épidémie ; les êtres on foule étaient frapiiés d’un mal (qui les rendait) jaunes. Alors le roi, ayant vu (ce qui en était), fut saisi de compassion : « C’est à moi, dit-il, de les protéger, à moi de procurer leur guérison. » Puis le roi réunit les médecins qui résidaient dans toute l’étendue de scs Etats, et après avoir observé la cause, le siège, les effets^ (de la maladie) do ces êtres, il se mit lui-même à les soigner et à accumuler tous les médicaments. Mais on passa ainsi bien du temps à soigner les êtres sans ])ouvoir les guérir, malgré l’abondance (des médicaments), les simples, les soins apportés.

Alors le roi convoqua les médecins et les questionna de nouveau avec respect : « Ouelle est la cause pour laquelle mon traitement no réussit j>as ? » Les médecins, après avoir délibéré, furent d’accord pour lui dire les qualités

‘ Dhdlu, mot très vague qui peut désigner les régions, les éléments corporels, les liumeurs, etc. 2 La cause antérieure, selon l’interprétation tibét line.

AVADÀNA- GATAIC A IV, 1, (31)

et les vices, c Seigneur, nous induisons que c’est à cause de l’inégalité du temps, de l’inégalité des éléments . Cependant, Seigneur, il existe un remède, c’est le poisson appelé Roliita. Si l’on parvenait à le prendre, la maladie pourrait être guérie. »

Alors le roi se mit à la recherche du poisson Rohita ; mais quoique beaucoup d’émissaires lui tissent la chasse, ils ne le prirent pas ; puis ils vinrent rendre compte au roi.

Plus tard, le roi sortit pour se promener. Alors tous les malades, réunis en foule, dirent au roi : « Sauve-noiis de cette maladie, grand roi, assure notre vie. » Interpellé par des paroles entrecoupées propres à exciter la pitié, le roi, ayant entendu leur voix affaiblie, fut ému de compassion ; son cœur fut tout remué, son visage fut obscurci par les larmes, et il se dit en lui-même : A quoi bon une vie comme celle-ci, ou un bien, une royauté, une seigneurie, une souveraineté telle que la mienne, puisque, lorsque d’autres sont tourmentés par la douleur, je ne puis leur donner du soulagement? » Cette réflexion faite, il fit le grand abandon do ses biens, établit son fils aîné dans la royauté, la seigneurie, la souveraineté, demanda pardon à ses parents, demanda pardon à ses courtisans et à ses ministres, consola les malheureux, fit un vœu composé de huit parties, puis, montant sur la terrasse de son palais, il jeta de l’encens, des fleurs, des parfums, des guirlandes et des onguents, ayant la face tournée vers l’est, et se mit à faire un souhait: « Comme il est vrai, comme c’est une parole vraie, que, après avoir vu les êtres tombés dans une grande détresse, tourmentés par la maladie, je sacrifie ma propre vie, (cette vie) si désirée, par cette vérité, par cette parole vraie, puissé-je apparaître en grand poisson Rohita dans ce fleuve sablonneux M » A ces mots, il se laissa choir delà terrasse de son palais ; à peine fut-il tombé qu’il mourut et apparut dans le fleuve sablonneux comme un grand poisson Rohita. Alors, les divinités, dans toute l’étendue du royaume, firent entendre ces paroles : « Après longtemps, pour ceux que la grande maladie^ tourmente, le poisson semblable à l’Amrta, le grand Rohita est enfin apparu dans le fleuve sablonneux. » Dès que ce bruit fut entendu, des hommes dont les mains étaient armées d’instruments tranchants et qui portaient des corbeilles sortirent en

1 Bâlukâ, que le tibétain rend par zlog-byed, « sinueux ».

2 Mahd-vyàdhi, lib. nad-ts'angs-po-chc « grand mal sacré (?) ».

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ANNALICS DU MUSEE OUIMET

foule, et avec toutes sortes (rinstrumeuts tranchants bien aiguisés, ils se mirent à découper les chairs (de ce poisson) encore vivant. Pendant qu’on dépeçait ainsi son corps, le Idodhisattva palpitait d’amour pour les êtres ; de chaudes larmes (coulaient le long) de son visage ; et il se disait en lui-même: « Ma prise est de bonne prise \ puisque, par ma chair et par mon sang, ces êtres vont éprouver le bien-être. » C’est par ce procédé que, pendant douze ans, il rassasia les êtres de sa propre chair et de son propre sang, ne détournant jamais sa pensée de la Bodhi suprême au-dessus de laquelle il n’j en a ])as. Quand la maladie de ces êtres fut calmée, le poisson Rohita éleva la voix: « Vous, êtres, écoutez : je suis le roi Padmaka ; à cause de vous j’ai sacritié ma jtropre vie et revêtu cette nouvelle forme d’existence. Réjouissezvous en ma présence, car lorsque je me serai assimilé la Bodhi parfaite audessus de laquelle il n’y en a pas, moi qui vous ai délivrés de la suprême maladie, je vous établirai dans la fin suprême-, le Nirvana. »

A l’ouïe de ces paroles, la multitude présente, le roi, les ministres, les gens de la cour ressentirent de la joie, offrirent des fleurs, de l’encens, des guirlandes, des onguents, puis ils se mirent à émettre un souhait : « O toi, qui accomplis des choses extrêmement difficiles, lorsque tu auras atteint la Bodhi parfaite audessus de laquelle il n’y en a pas, puissions-nous alors être de tes auditeurs ! »

Bhagavat reprit : « Que pensez-vous Bhixus? Celui qui en ce ternps-là, à cette époque-là, fut le roi Padmaka, c’était moi. C’est pour avoir fait un tel sacrifice, que j’ai éprouvé dans le Samsara un bien-être sans fin et que maintenant je suis devenu un Buddha parfait par la Bodhi parfaite aiudessus de laquelle il n’en existe pas. C’est à cause de cela aussi que j’ai une digestion facile et régulière ; que tout ce que j’absorbe, soit que je mange, soit que je boive, m’est agréable au goût et passe sans le sentiment d’aucune douleur ; qu’enfînj’ai peu de maladies et suis d’une constitution bien saine.

En consé({uence, Bhixus, voici ce que vous devez apprendre : c’est que nous pratiquerons la compassion (dayâ) k l’égard de tous les êtres. Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut ajiprendre.

Ainsi parla Bhagavat (2).

1 Lohhd me sulabdhâ : l'acquis.ition qu'on a faite de moi est une bonne acquisition.

2 Atynnlavyâtlhe : ... atyantanixihe nirvûne. Cette qualification du Nirvana revient dans les récits 40, 75, 81.

AVAIJÀNA -GATAK A I 2, (22)

Rapprochements et remarques

1. Ce récit se trouve dans l’Avadâiia-Kalpalatâ où il occupe le rang (f"* 22); il y est très Ijref et tient dans quatorze vers. Il reproduit les traits généraux du texte de l’Avadâna-Çataka. Nous ne pensons pas qu'il y ait lieu d’insister sur les détails ; nous ferons seulement remarquer que le nom du poisson colossal et fabuleux Timi est réuni au nom du Rohita (qui désigne habituellement la carpe) dans riiémisticlie

Xanenaiv lham abhavam sumahân rohitas timi :

Estemido quidem factus sum valde rnagiius rohita timi.

Il est d’ailleufs certain, vu l’extravagance du texte de l’Avadâna-Çataka, que Rohita désigne un colosse.

2. Le Padmaka est-il représenté dans le Jcâtaka pcâli? C’est une question à laquelle nous ne pouvons encore faire une réponse précise et détinitive. Trois Jâtaka pâlis portent le nom de Paduma ; aucun d’eux ne paraît pouvoir être identifié avec notre récit; nous le savons positivement de l’un d’eux et nous le conjecturons des autres. De plus, nous n’avons pas découvert que dans le recueil iiîdi le Buddha ait jamais été un Rohita. Il y a bien trois Jàtakas intitulés Maccha jûtaha, dans l’un desquels le Bodhisattva a été poisson ; mais ils n’ont rien de commun avec notre texte.

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