KAVADA
— La Bouchée —
Le bienheureux Bii'ldlia (1)... résidait à Çrùvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâthapindada.
LàjBhagavat interpella ses Bhixiis : Bhixus, dit-il, si les êtres savaient, etc. (II)... Sûtra sur le don.
Quand Bhagavat eut prononcé ce Sûtra, les Bhixus ayant un doute questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : « C’est une chose merveilleuse, ô vénérable, que Bhagavat prononce l’éloge du don et (explique) do quelle manière mûrit le fruit de la distribution des dons ! »
Bhagavat reprit : « Qu’y a-t-il d’étonnant, Bhixus, à ce que le Tathâgata prononce l’éloge du don et (explique) de quelle manière mûrit le fruit de la distribution des dons ? Car autrefois, dans la voie du passé, j’ai abandonné, en faveur d’un mendiant, une bouchée qui avait déjà franchi la porte de mon
ANNALKS D'J MUSEE GUIMET
visage. Écoutez ceci, Bhixus, et fixez-le bien et dûment dans votre esprit. Je vais parler.
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, le roi Brahmadatta exerçait la royauté (10). . . Roiinmsant et juste.
Or, par la suite, il se produisit une grande famine semblable à la période du Kalpa de la famine. Alors les foules d’êtres affamés, effrayés par la crainte de la mort, dont la gorge et les joues étaient amaigries par les privations, et qui étaient semblables à des demeures de Prêtas É se réunirent, et, marchant tous ensemble, se rendirent en masse compacte auprès du roi, puis, après lui avoir souhaité victoire et longue vie, dirent : Seigneur, sauvenous de cette terreur do la famine; accorde-nous la vie!
Alors le roi manda ])rès de lui l’intendant de ses magasins : Intendant, dit-il, y a-t-il dans les magasins des aliments et des l)reuvages (en suffisance) pour nous et pour ces foules ? A cette question, l’intendant répondit : Seigneur, je le dirai après avoir compté les grains.
Le compte en fut fait par des gens habiles à compter, et il en résulta cette déclaration : Il y a, pour tant de temps, une bouchée par jour pour chacun des habitants du pays et deux pour le roi.
Alors le roi s’adressant aux foules leur fit cotte recommandation : Hé bien ! Messieurs, venez tous les jours à la maison du roi, vous mangerez une bouchée, puis vous vous on irez. Désormais, ils y vinrent chaque jour ; ils mangeaient chacun leur bouchée, puis s’en allaient où il leur plaisait.
Cependant il y eut un brahmane qui n’avait pas été (compris) dans ce comi)te. Il appi'it par d’autres (ce qui s’était fait) et dit au roi ; Seigneur, j’ai ap[)ris par les gens du pays qu’on avait fait le compte (des bouches) ; qu’une bouchée me soit donnée à moi (aussi) ! Alors, sur ses deux bouchées, le roi en donna une au brahmane, et il se mit à ne plus manger, comme tout le monde, qu’une seule bouchée.
Or, Çakra, le roi des dieux, a le privilège de connaître et de voir tout ce qui se passe au-dessous de lui. Il se dit en lui même : « C’est vraiment une chose extrêmement difficile que ce que fait là le roi de Bénarès ! Si je l’éprouvais ! » Alors Çakra, le roi des dieux, se transforma en brahmane et, à l’heure
1 Prélâçraija. Le mol ôçraya « demeure, nsile » est rendu en tibétain par lus, corps.
A V A n À N A - G A ']• A K A IV, 2, (32)
du repas, se rendit auprès du roi , puis après lui avoir souhaité victoire et longue vie, lui dit : J’ai faim, assiste-moi avec ta propre bouchée! Et le roi (jui avait décidé le sacrifice de sa vie donna, par compassion, sa boucliée au brâlimane et ne prit pas de nourriture. Si bien que, de cette manière, il jeûna pendant six jours % et envoyant cotte grande foule qui mangeait, il ressentait une joie extrême.
Alors Çakra, le roi des dieux, voyant le ferme dessein du roi d’accomplir des choses extrêmement difficiles, fit disparaître l’apparence de brahmane qu’il avait empruntée, et se présentant sous sa forme propre, il félicita le roi : Bien, bien ! grand roi ; ton Excellence nous a gagnés ^ par cette ferme résolution si difficile à accomplir, et cette foule a véritablement un protecteur. Un tel gardien des créatures ne doit pas être déshonoré. Semez des graines de toute espèce dans vos champs désolés; et moi, dans sept jours, j’enverrai une pluie du grand Indra telle que toutes les céréales pousseront. Le roi ordonna que cela serait fait, et Ç fiera envoya une pluie du grand Indra telle que la famine prit fin et que l’abondance reparut.
Bhagavat reprit : Que pensez-vous, Bhixiis ? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut le roi nommé Brahmadatta, c’était moi. Oui, c’est moi, qui, lors d’une telle famine, ai, en sacrifiant ma propre vie, donné de tels dons. En conséquence, Bhixus, voici ce que vous devez apprendre ; c’est que nous ferons des dons, nous accomplirons des actes méritoires. Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.
Ainsi parla Bhagavat (2).
Rapprochements et remarques
Le 1G“ récit du Ratna-av.-mâla, intitulé Kanakavarna, se rapproche beaucoup de cet avadâna, mais ne lui correspond pas exactement. Il coïncide bien mieux avec le 20*^ texte de Divya-avadâna cpii a le même titre, et dont une traduction tibétaine se trouve dans le Kandjour (Mdo XXX 4®). La version du Divja-avadâna est connue par la traduction que Burnouf a insérée dans son ln(7\ à L'hist. du, Buddh.- ind. (p. 79-87 de la réimpression). Je donne ici l’anaUse du texte du Ratna-av.-mcâlà.
Kanakavarna, résidant avec 18.000 ministres dans sa capitale Kanakavarna, avait
1 II y a ici, clans le texte, une petite lacune de quelques lettres : on y lit sa-hi.acch'>dà. La seconde ettre du mot « six » et le mot « jour » entier sont omis. Le tibétain permet de combler la lacune.
2 Ou « réjouis». Le mot &Y, ûv.irjitâ est rendu parle tibétain dtja-var gyur-te^
ÂNNALF.S DL' MUSEE GUIMET
aboli toutes les taxes; le peuple c'tait dans la joie et la prospérité, lorsque, par l’ellét d’uue mauvaise étoile, une sécheresse de douze ans amena une cruelle famine. Les prières aux dieux et les autres moyens n’ayant eu aucun effet, le roi employa toutes scs richesses à acquérir des denrées dans son royaume et au dehors, et les fit distribuer par rations. Mais, au bout de onze ans, cette ressource fut épuisée. De nouvelles recherches dans les frreniers du roi permirent de rationner de nouveau la population à une bouchée par jour, C.ependant un Bodhisattva (sic), que la vue d’un enfant mort des suites d’un allaitement insuffisant avait déterminé à se retirer dans la forêt, ramené au milieu du monde par des méditations nouvelhs, demanda l’aumône au roi, qui, après des hésitations et des réflexions, lui remplit son vase des aliments dont il devait se nourrir lui-méme. Aussitôt que le Pratyêkabuddha (car le Bodhisattva avait atteint dans l'intervalle la Pratyékabodhi) eut ab.sorbé les aliments qu’il devait à la vertu et à l’abnégation du roi, la i)luie tomba; l’abondance régna de nouveau dans le pays, les êtres furent soulagés. Or ce Kanakavarna, c’était Çâkyamuni dans une de scs existences antérieures.
DHARMAPÀLA (33)
Le bienheureux Buddlia (I)... résidait à Râjagrha, à Venuvana, dans l’enclos du Kalandaka.
Lorsque Dèvadatta l’égaré, afin de tuer Bhagavat, lança l’élépliant Dhanapâlaka, répandit une poudre empoisonnée, aposta un meurtrier, et se montra constamment l’adversaire mortel, l'ennemi juré de Bhagavat, Bhagavat ne lui ré[)ondit que })ar des sentiments d’amitié, des sentiments de bienveillance, des sentiments de compassion.
Alors lesBliixus questionnèrent Bhagavat : « Vois, Bhagavat! ce Dèvadatta fait’tous ses efiforts pour tuer Bhagavat; et Bhagavat, rempli pour lui de sentiments d’amitié, de sentiments bienveillants ne lui répond que par des sentiments de compassion. »
Bhagavat répondit : « Qu’j a-t-ilpci d’étonnant (lî)-.. Perfection morale du Buddlia..., puisque dans la voie du passé, alors que j’avais encore des attachements, de la haine, de l’égarement, n’étant qu’un petit garçon, en présence de celui qui s’avançait pour me tuer, je n’ai pas laissé ma pensée se pervertir. Ecoutez cela et fixez-le bien et dûment dans votre esprit; je vais parler.
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, un roi appelé Brahmadatta exerçait la royauté (10)... Roi puissant et juste...
AVADÂNA- ÇATA KA IV, 3, (33)
L’épouse de ce roi, appelée Durinali S était, déréglée, colérique, violente. De cette Durinati était né un seul fils du nom de Dharinapâla, observateur de toutes les lois^, compatissantj croyant, vertueux (8)...
Tous les brahmanes (elles) maîtres de maison de Bénarèsle recherchaient, le choyaient, le chérissaient, se plaisaient à le voir. Or, il allait chez un maître pour apprendre à lire avec (d’autres) enfants.
Par la suite, dans la saison du printemps, quand les arbres sont en fleurs, que la forêt retentit des cris de l’oie, du courlieu, du paon, du perroquet, de la chouette, du coucou, du faisan, (le roi) avec la reine, entouré des femmes de son gynécée, sortit pour aller au parc. Là, comme le roi jouait dans le parc avec la gent de son gynécée, la reine Durmati dominée par la jalousie et la colère s’emporta avec violence. Leroi, pour la (calmer), lui présenta un breuvage. Mais elle, dans sa fureur, lança au roi cette déclaration ; « Je veux boire le sang de mon fils, si je bois seulement la moitié de ton breuvage. » — Certes, il n’y a pas, dit-on, de mauvaise action qu’on no soit capable de commettre, lorsqu’on s’abandonne aux passions (de l’amour). Le roi Brahmadatta, bien qu’il fût juste, n’était pas complètement détaché des désirs et des passions ; aussi, malgré les efforts des personnes de son gynécée pour l’apaiser, il fut brûlé par le fou delà colère. Puis, cette colère étant montée au plus haut degré, il donna cet ordre ; « Allez, coupez la gorge à Dbarmapâla, et faites lui boire le sang. » Lejeune prince Dbarmapâla, qui était alors dans la salle des enfants, ayant appris cette nouvelle, s’écria : « Hélas ! à quelles misères les êtres (no) sont-ils ([ as) condamnés dans le Samsara, puisque, sous l’empire de la colère, une fl mme sacrifie jusqu’au fils sorti de ses flancs! » — Puis Dbarmapâla, paré de tous ses ornements, tomba aux pieds de son père et lui dit : « (Hé) bien ! cher (père), apaise-toi! je n’ai pas commis d’offense, no me sacrifie pas ! il n’y a point de pères qui ne désirent des fils et ne les chérissent » — Le roi répondit : « Mon fils, si ta mère te fait grâce, moi aussi je te fais grâce ». — Alors Dbarmapâla pleurant s’avança en présence de sa mère, tomba à ses pieds, et lui dit en faisant l’anjali : « Mère, fais grâce, ne m’ôte pas la vie. » —
1 « Qui a un mauvais esprit », nom approprié au caractère du personnage.
2 Sarradharmapâla, épiihéte renfermant et expliquant le nom; Dharinapâla, signifie « gardien (ou observateur) de la loi ».
3 On pourrait traduire : « tous les pères chérissent leurs fils ». Le mot du texte ista a le double sens de « désiré » et de « chéri », mais surtout le second dans noire passage.
Ann. g. — XIX
ANNALES nu MUSEE GUIMET
Mais clic, en dépit des paroles plaintives, lamentables, entrecoupées qui lui étaient adressées, ne fit pas grâce. Los exécuteurs, avec une arme tranchante bien affilée, coiqièrent la gorge au jeune prince Dharmapàla, et tirent l)oire le sang à la reine Üiirmati.
Le repentir ne naquit point (au cœur) de Durmatî. Quant au jeune prince Dharmapàla, il mourut avec des sentiments joyeux^ à l’égard de son père, de sa mère et des exécuteurs.
Bhagavat ajouta : « Que pensez vous, Bhixus? Celui qui de ce temps-là, à cette épof[ue, fut le jeune prince appelé Dharmapàla, c’était moi. Cette reine Durmati, c’était ce Dèvadatta. Alors déjà, tombé entre ses mains meurtrières, j’ai fait naître en moi pour lui dos sentiments d’amitié, et maintenant qu’il fait tous ses efforts pour me tuer, je n’ai pour lui que des sentiments d’amitié, des sentiments de compassion.
En conséquence, Bhixus, voici ce que vous devez apprendre : nous développerons envers tous les êtres nos sentiments d’amitié. Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.
Ainsi parla Bhagavat (2),.,
Rapprochements et remarques
Lliarhiapâla est le 23® texte (f® 210-219) du Kalpa-dr.-av. Il suit, comme toujours, le récit de rAvadàiia-Çat., amplifiant, et faisant un épisode des circonstances indiquées par un mot dans noti'e récit. Voici l’analyse de cette version :
Lamentations de Dèvadatta à propos du succès du Buddlia,son dessein arrêté de le tuer. ■ — 11 engage le gardien des éléphants, appelé Dhîrana, à faire broyer le Buddha par l’éléphant Dhanapâla. — Longues réflexions de cet homme qui admire le Buddha et redoute l’enfer. — 11 hésite. — Dèvadatta iwient à la charge et parle sur un ton impératif, à trois reprises différentes. — Dhîrana hésite de nouveau et ressent pour le Buddha une admiration profonde. — Dèvadatta redouble de menaces, enivre lui- même l’éléphant et met de force le cornac sur sa bête. L’éléphant est donc lancé contre l’ermitage du Buddha ; à la vue de celui-ci, l’animal furieux se prosterne et recule. ■ — Une deuxièn.e épreuve ordonnée par Dèvadatta a le même succès. A la troisième fois, l’éléphant fait le pradaxina autour du Buddlia et s’enfuit dans la forêt avec son cornac ; tous deux meurent et vont au Svarga.
1 II y a dans le texte cittam prasddya rendu en tibélain par sems-dya~va vskyed-nas. Cependant celte expression désigne plutôt le calme de l’esprit, le silence des passions.
A VADÂNA -ÇATAKA IV, 3, (33)
Nouvelles lamentations de Dêvadatta plus longues et plus amères que les précédentes. — Il va de nuit empoisonner les eaux de l’ermitage du Buddha. Mais, par son application à l’amour (maitri), et en se rappelant la Dhârani Màvûrî ( Mû y Ctrl-dhâranîm smaran) le Buddha purifie l’eau de ce poison et lui donne même un goût de nectar (sudlidrasam). Les effets de cette eau sur les hommes et les animaux rc^ouissent le ciel et la terre. Le Buddha est plus fêté que jamais.
Désespoir toujours plus violent de Dêvadatta, absolument décidé à tuer son « frèi-o ennemi » (ripur hhràtâ)^\ il redouble d’efforts. Mais à toutes ses tentatives le Buddha répond par la constance de son esprit d’amour (Maitrî-cittam).
Etonnement des Bhixus qui questionnent le Buddha ; réponse du maître qui entre en matière comme dans l’Avadàna-Gat., et raconte l’histoire de Dharmapâla.
Règne de Brahmadatta à Bénarès. Caractère violent de la reine Durmati. Belles qua lités et éducation soignée de l'enfant Dharmapâla. - — Promenade au parc; charmes de ce lieu ; le roi se baigne avec ses femmes, puis se livre au plaisir avec Durmati : il la quitte ensuite un instant; elle se fâche violemment. 11 l’apprend et lui envoie par une suivante un breuvage pour la calmer, « breuvage fait de miel et renfermé dans un vase d’or ». Durmati fait répondre qu'elle boira le sang de son propre fils plutôt que de prendre ce breuvage. — Colère et désespoir du roi quand il reçoit eette réponse.
Un conseiller du roi, un ami d’enfance, Saciva -, lui fait un discours long, subtil, entortillé, pour lui prouver que, d’après les plus saintes lois de la fami.le, d’après la décision du Niti-çàstra, il doit complaire à sa femme. Le roi reconnaît la justesse de ce conseil et charge Saciva de l’exécution. Saciva s’empresse d’aller en informer Dharmapâla. — Désespoir et résignation héroïque de l'enfant qui néanmoins, eouvert de ses ornements, va trouver son père et implore son pardon. Le père le renvoie à la mère qui ne répond que par des paroles violentes à ses instantes supplications La colère du roi redouble ; il envoie ses exécuteurs. Ceux-ci hésitent ; le coup mortel est difficile à donner. Enfin l’un d’eux se décide à frapper. Dharmapâla va au Svarga « et sa mère Durmati comme une Piçâcî boit son sang avec rage ». Quant au père, il eut du regret, et appela son fils avec désespoir. Dans ce temps là, Durmati était Dêvadatta ; Dharmapâla était Çàkyamuni qui n’était pas encore arrivé à la perfection, mais pratiquait déjà la vertu. Il tire de ce récit la conclusion que la patience est l'arme par laquelle on triomphe; il engage scs auditeurs à la pratiquer et à fuir l’ivresse (pramada) et les désirs de l’amour fAnméçj.
2. Nos deux Dharmapâla sanskrits correspondent au CCila-I)harmapâla, qui est le 458® jâtaka de la collection pâli. Seulement le thème présente des différences notables ; ici, c’est le roi qui commet la cruauté, et la reine résiste autant qu’elle peut. La reine, tout entière à son enfant qu’elle tenait dans ses bras, ne se leva pas sur le passage du roi; celui-ci, indigné de ce qu’il croyait un signe de dédain, se demanda ce qui arriverait
1 Dans ce texte, Dèvadotti appelle très souvent Çàkyainuni s .n frère (bhrdlà).
2 Saciva si>;nifie « ami, conseiller », mais ici il semble donné comme un nom propre; c'est [leul être un titre de cour.
3 Elle parle de le tuer avec sa femme ; ce qui suppose un âge plus avancé que celui qui est donné au prince dans l’Avadàna-Çal.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
quand cet enfant serait un homme. Il envoie un exécuteur couper les mains à l’enfant. La reine se déclare la seule coupable et demande que ses mains, non celles de l'enfant, soient coupées. L’ordre du roi est exécuté. Le roi renvoie l’exécuteur avec l’ordre de couper les pieds de l’enfant. Nouvelles supplications de la reine, inutiles comme les précédentes. Le roi renvoie encore l’exécuteur pour qu’il coupe la tête de l’enfant. La reine ne peut pai’venir à détourner sur elle cette cruauté. Enfin le roi ordonne que le tronc de l’enfant fixé à une lance soit exposé en plein air. Cet ordre est exécuté.
Brahmadatta, le roi féroce, était Dêvadatta; Dharmap<âla était Çakyamuni ; la reine, cause innocente et involontaire des soufl’rances et de la mort de son enfant, était Gau tami, la tante du Buddha.
On voit que la donnée essentielle a été traitée fort diversement et a donné lieu à deux courants bien distincts au Nord et au Sud. Nous ne savons s’il existe une troisième version, mais c’est peu probable.
3. Le 19’ récit du Mahà-vastu Avadâna est intitulé Dharmapalasya jutaha; il est totalement différent des récits dont il vient d’être question, mais il correspond au MahCi Dharmapùla du Jâtaka pâli.