‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 80 sur 167 · SURÛPA · texte numérisé non relu

SURÛPA

— Beau —

Le bienheureux BucUyia (I)... résidait à Çràvaslî, à Jètavana, dans le jardin d’Anathapindada.

Lorsque Bhagavat, s’étant relevé de sa rêverie, enseignaitaux quatre assemblées sa loi douce, douce comme le miel, le miel des abeilles, et que des assemblées de plusieurs cenfaines de personnes écoutaient, de toutes leurs oreilles, avec des sens que rien n’ébranle, la loi douce, douce (qui s’écoulait) de la bouche de Bhagavat, alors les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui ôte tous les doutes : v Vois, vénérable, comme ces êtres, devenus des vases du joyau do la loi, apprécient avec respect ce qu’il leur faut entendre. »

Bhagavat répondit : « Ecoutez, Bhixus, jusqu’à quel point le Tathàgata a écouté avec respect et saisi la loi, et fixez-le bien et dûment dans votre esprit; je vais parler.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, un roi nommé Surûpa, exerçait la royauté; il gouvernait (10)... Roi puissant. Et ce roi était croyant (S)... Homme croyant...

La (première épouse) de ce roi, la reine nommée Sundarikà était belle, admirable, charmante, certes, bien pourvue do tous scs membres et de tous ses organes ; et il avait un fils unique appelé Sundaraka, aimé, choyé, chéri, agréable, patient, incomparable.

Par la suite, le désir de la loi naquit chez le roi Surûpa. Il convoqua donc tous ses ministres et leur dit : « Chefs du pays, cherchez-moi la loi ; c’est la loi qui meplait. » — Alors les ministres, faisant l’anjali, donnent au roi leur avis: « C’est une chose difficile à obtenir, grand roi, que de (pouvoir) entendre la loi; grand roi, c’est de l’apparition des Buddhas dans le monde que procède l’apparition de la loi. »

Alors le roi, ayant attaché une corbeille d’or^ au sommet d’un étendard,

) Le litre donné e&l svarûpa ; mais la forme vraie st(rw;:a est la seule qui se présente dans le récit.

2 .SiirarnapitAka, ce que le tibétain rend par gscr'bum yod-pai snod « une corbeille de cent mille d'or », eVst-â- lire valant ou reiiferinant cent mille unités monétaires (voir cKlessous, Dharraagavesi).

AVADÂNA-ÇATAKA IV, 5, (35)

fit faire à son de cloche cette proclamation dans tout son royaume : « Celui qui me dira la loi, je lui donnerai ce vase d’or, et je lui accorderai de grands honneurs. » Bien des années se passèrent, sans qu’on trouvât aucun docteur de la loi ; et le roi se consumait de chagrin à cause de la loi.

■ Cependant Çakra, le roi des dieux, a le privilège de voir et de connaitre tout ce qui se passe au-dessous (de lui). 11 voit le rofi qui se meurt à cause de la loi. Cette pensée lui vint alors à l’esprit : « Si j’éprouvais le roi Surûpja ? » Alors prenant la forme d’un Taxa, changeant ses mains, ses pieds, ses yeux, (il aborda) le roi au milieu d’une assemblée nombreuse et lui dit : « Ton Excellence n’est-elle pas désireuse de la loi ? Je te dirai la loi. » — Alors, (à la pensée) d’entendre la loi, le roi se réjouit d’une grande joie et dit au Taxa: «Parle, Guhyaka, j’écouterai les lois. — Le Guhyaka reprit : « Les lois, grand roi, les lois exigent le bien-être ^ j’ai faim, donne moi à manger. » — A ces mots, le roi appela ses gens et dit : « Qu’on lui apporte différentes sortes d’aliments et de mets! » — Le Taxa dit : « Oh ! c’est à l’instant même qu’il me faut manger de la chair et du sang ! Oh ! donne moi Sundara, ton fils unique !» — A ces mots, le roi fut dans une extrême consternation : « A la fin, dit- il, une fois, aujourd’hui, une parole delà loi est arrivée jusqu’à moi; mais cette (loi) est à un prix qu’on no peut payer. »

Cependant le jeune prince Sundara, qui avait (tout) entendu, tomba aux pieds de son père, et donna son avis au roi : « Résigne-toi, seigneur, que la demande du dieu* soit satisfaite; donne moi en pâture au Guhyaka. » — Alors le roi (abandonnant) son fils unique, aimé, chéri, choyé, agréable, patient, incomparable, à cause de la loi, le livra au Yaxa. Aussitôt le Guhyaka, déployant la force de la puissance surnaturelle, détacha un à un, sous les yeux du roi et de l’assemblée, les membres principaux et secondaires (du prince) et les mangea à mesure qu’il les détachait; quant au sang, il le buvait. A ce spectacle, le roi, qui désirait la loi, ne perdit point contenance.

1 Sukhitasya vata dharmâ abhilasanti, « dolere carinlis qi.idem leges suut apf.etentes. » La construction de abhilasanti avec le génitif ne parait pas régulière. "Le Dvûvimçaii-av. au lieu de vata met tara qui ne s'explique guère. Le tibétain a ; dc jià (ilium agrum) 'khod-pa (conslituere) ni (quidem) chos smra-var byed^kiii (liujus qui legem dicit). — On n'y trouve la traduction ni sukhitasya, ni de abhilasanti, et le mot dharm i y est représenté par une expression complexe qui n'en est pas la traduction. Le texte semble altère.

2 J'applique le mot « dieu » (déva) au Yaxa ; mais il pourrait s'appliquer au roi : et la phrase signifierait :« que le roi obtienne ce qu'il demande (c'est-à-dire la loi), en se soumettant à la condition exigée. »

Ank. g. — XIX 17

ANNALES Dü MÜSEE GDIMET

Lg Guhyaka dit ensuite au roi : « Je ne suis pas rassasié, ô chef de la terre, donne moi encore (à manger). » — Alors le roi lui livra son épouse chérie, qui fut mangée delà même manière.

Le Guhyaka, reprenant la parole, dit au roi : « O chef delà terre, aujourd’hui, je ne puis me rassasier. » — Le roi répondit au Yaxa : « Mon cher, je t’ai abandonné mon fils unique et mon épouse chérie, que demandes tu de plus ? ;) — Le Guhyaka reprit : « Donne- moi ton propre corps, c’est ainsi que je serai rassasié. » — Le roi dit : « Si je te livre mon propre corps, comment ensuite entendrai -je la loi ? Dis moi d’abord la loi; et, ensuite, ayant saisi la loi, je t’abandonnerai mon corps. » Là-dessus le Guhyaka, ayant fait prêter serment au roi, enseigna la loi en présence de l’assemblée composée de plusieurs centaines de personnes (et dit) :

C’est par ceux qu’on chérit que l'on a du chagrin ; c’est par ceux qu’on chérit que l’on a de la crainte.

Pour ceux qui sont entièrement délivrés des objets qui leur sont chers, il n’y a pas de chagi’in; d’où viendrait (alors) la crainte?

En entendant (prononcer) cotte stance, le roi avait l’esprit plein de joie; la satisfaction et le contentement pénétrèrent ses sens, et il dit au Yaxa : «Voici mon corps, Guhyaka, fais selon ton désir. »

Alors Çakra, le roi des dieux, voyant que le roi était inébranlable comme le Méru, dans (son attachement à) la Bodhi parfaite, au-dessus de laquelle il n’y en a pas, dépouilla sa forme de Yaxa, se présenta sous sa forme propre et, les yeux dilatés par la joie tenant d’une main le fils et de l’autre l’épouse, il exhorta le roi avec énergie en lui disant : « Bravo ! bravo ! homme de bien, tu as une armure solide ; avant (qu’il soit) longtemps, tu obtiendras, grâce à cette fermeté, la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n’y en a pas, et voie* que (maintenant) tu es réuni à ceux que tu regrettes. » Alors le roi répondit à Çakra, le premier des dieux : « Bravo ! bravo ! Kauçika, notre désir de la loi est satisfait, (nos vœux sont) comblés. »

Bhagavat ajouta : « Que pensez-vous, Bhixus ? Celui qui en ce temps-là, à cette époque-là, fut le roi appelé Surûpa, c’était moi ; le jeune prince Sundara

1 Prasâda rendu par dga.

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était Ânanda ; quanta Sundarikâ, c’était précisément Yaçodharâ. Alors même, Bhixus, à cause de la loi, j’ai fait le sacrifice de mes proches bien-airnés, j’ai fait le sacrifice de ma propre vie. Désormais donc, Bhixus, voici ce que vous devez apprendre : nous honorerons, nous vénérerons, nous respecterons, nous adorerons la Loi ; nous résiderons dans l’habitude d’honorer, de vénérer, de respecter, d’adorer la Loi. Voilà, Bhixus, ce que vous devez apprendre. » Ainsi parla Bhagavat (2).

Rapprochements et remarques

1. Le Surfipa se trouve reproduit dans les mêmes termes, sauf quelques variantes, dont une seule a de l’importance, dans le Dvâvimçati-Avadâna, dans l’Epilogue intitulé I)âna-gâthâh qui est en réalité un 23° chapitre, comme l’indique la mention finale de ce chapitre, qui vient à la suite de notre texte et ainsi conçue : « Tel est dans le récit du Dvâvimçati-Avadâna (littéralement des Avadânas en vingt-deux chapitres) le 23° chapitre (!) ». — Car le Surûpa termine le Dâna-Gàthâ dont il forme le troisième texte, et vient à la suite du Çivi (voir ci-dessus).

2. Je ne saurais rien affirmer sur l’absence ou la présence de ce récit dans le Jâtaka pâli. Le nom Sundarî se présente bien dans le Ummanga Jâtaka qui est le 542 ; mais il y a dans ce récit un très grand nombre de personnages. Le Buddha y joue le rôle du ministre. — Il est donc probable que ce récit manque au recueil pâli. Toutefois il peut se faire qu’on l’y découvre.

3. L’analogie entre le Surûpa et le Çivi est très grande, et, vu la variété des versions qui existent pour le Çivi, on pourrait presque considérer le Surûpa comme une nouvelle rédaction du même thème. Dans tous les cas, le plan est identique, la donnée ne diffère pas; l’idée fondamentale est la même. 11 est donc naturel que le Dvâviihçati et l’Avadâna-Çataka s’accordent pour mettre ces deux récits à la suite l’un de l’autre, faisant par là mieux ressortir encore ce qu’il y a entre eux de commun.

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