‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 82 sur 167 · ÇAÇA (37j · texte numérisé non relu

ÇAÇA (37j

Iæ bienheureux Buddha (1)... résidait à Çràvastî, à Jètavaiia dans le jardin d’Anâthapindada.

Or, à Çràvastî, il y avait un Çrost'iî richa (9)... Dacription d'un homme riche... Il épousa une femme (0)... Mariage fécond... Après huit ou neuf mois, elle aacoucha. Un fils naquit qui fut élevé avec 'soin, se développa et devint grand. Mais le père vint à perdre ses richesses, vint à perdre son opulence. Gomme il avait beaucoup d’amis, une nombreuse parenté, il envoyait son fils chez ses parents, quelque temps (chez l’im), puis ensuite quelque temps (chez un autre). Le fils fut ainsi soigné par ces parents, si bien que son affection pour eux devint très grande.

Par la suite, étant sorti, il se rendit à Jètavana ; il vit alors le bienheureux Buddha (16)... Description du Buddha. A cette vue, il fut rempli de joie Ç salua les ])ieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour entendre la loi. Bhagavat lui fit un exposé de la loi pure des attachements du Samsara, (exposé) tel que, après l’avoir entendu, ayant une vue claire des défauts du Samsara et des (jualités du Nirvana, il demanda la permission de ses père et mère, et se fit initier à renseignement de Bhagavat. Ainsi initié, il n’en continuait pas

1 Prasdda tib. dga.

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moins à vivre eu cohabitation avec ses parents. Alors Bhagavat le détacha de 'ce contact des gens de maison et le fixn dans la forêt. Mais r(initié) ne s’y plaisait pas, et il fallut que Bhagavat le détachât jusqu’à trois fois de ce contact des gens de maison. « Mon fds, lui dit-il, cette cohabitation est entachée de plusieurs défauts ; il y a (là) les formes que l’on perçoit avec l’œil, formes désirées, aimées, chéries, séduisantes, étroitement unies aux désirs (amoureux), sources d’attachements inévitables; il y a les sons qu’on perçoit par l’oreille, les odeurs qu’on perçoit parle nez, les saveurs qu’on perçoit par la langue, les choses tangibles qu’on perçoit par le corps ; il y a les lois qu’on .perçoit par l’esprit, lois désirées, aimées, chéries, séduisantes, étroitement unies aux désirs (amoureux), sources d’attachements inévitables, véritables épines. » Il lui dépeignit de plusieurs manières les qualités de la forêt où l’on -acquiert, si l’on y tient, l’intelligence des lois vertueuses. Enfin, r(initié) se rendit auprès de Bhagavat, l’ami de (la) vertu et habitant constamment dans da forêt (23)... Arrivée à l'état cVArhat... l’état d’Arhat se manifesta pour :Iui... Se rappelant ses naissances antérieures, voyant clairement les choses extrêmement difficiles accomplies par le bienheureux (Buddha), il s’approcha de Bhagavat et, respectueusement, lui donna, par des louanges, les plus -grands témoignages de considération.

■ Les Bhixus, ayant un doute, questionnèrent celui qui ôte tous les doutes, le bienheureux Buddha: « Vois, ô vénérable, comment ce fils de famille a été retiré jusqu’à trois fois, par Bhagavat, de la limite des lieux habités pour être enfin établi dans la dignité d’Arhat.

Bhagavat dit : Qu’y a-t-il d’étonnant Bhixus (17)... Perfection morale du Buddha... si j’ai tiré jusqu’à trois fois ce fils de famille de la limite des lieux habités pour l’établir enfin dans la dignité d’Arhat, puisque, dans la

voie du passé, quand j’étais en proie aux attachements

j’ai, par le sacrifice de ma propre vie, tiré ce fils de famille de la limite des lieux habités et lui ai fait adopter définitivement le séjour de la forêt. Ecoutez et mettez bien et dûment dans votre esprit (ce que vous entendrez) ; je vais parler.

Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, une caverne de montagne^ où il

1 Ou « uue gor^e entre deux montagnes » (giri-kandava), la tra-luction tibétaine ri-i sul répond à ce sens.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

y avait une source, des fleurs, des fruits, des racines, était habitée par un Rïsi (|ui vivait niisérablement, (mangeant) des fruits et des racines, (buvant) de l’eau, vêtu d’écorce de Jina\ faisant des offrandes au feu. Ce Rïsi avait pour compagnon un lièvre à voix humaine qui, chaque jour, venait trois fois auprès du Rïsi. Aussitôt arrivé, il entamait la conversation et se réjouissait des discours variés (qu’il entendait). Tous deux s’aimaient d’une affection ancienne, ils étaient entre eux comme le père et le fils. Cependant, par la suite, il survint une grande sécheresse ; les sources des fleuves n’avaient presque plus d’eau, les arbres étaient dépourvus de fleurs et de fruits. Le Rïsi ne se plaisait plus dans son ermitage privé des faveurs d’Indra^; il se mit à jeter son vêtement d’écorce, son manteau de Jina. Le lièvre le voyant agir ainsi, lui fit cette question ; « Grand Rïsi, où vas-tu? » — « Je vais, dit le Rïsi, dans la limite des lieux habités; là, je me sustenterai avec des aumônes, (des aliments) cuits. » Quand le lièvre eut entendu ces paroles du Rïsi, il commença à être consumé de chagrin, et se considérant comme un (enfant) séparé de ses père et mère, il tomba aux pieds du Rïsi et lui dit : « Ne m’abandonne pas ; l’habitation dans les maisons est troublée par une foule d’imperfections ; une foule de qualités recommandent l’habitation dans la forêt. » Mais il avait beau dire, le (Rïsi) ne se laissait pas détourner (de son projet). Alors le lièvre reprit : « S’il faut absolument que tu partes, eh bien ! attends encore un jour ; demain, comme il te plaira, lu pourras partir. » Le Rïsi se dit : « Certainement, il veut me prêter quelques aliments ; car ces êtres qui ont des corps d’animaux ont du penchant à mettre de côté. » 11 promit donc de faire (ce qui lui était demandé) .

Alors, après avoir vaqué à ses occupations journalières, l’heure du repas arrivée, le (lièvre) s’approcha du Rïsi, fit autour de lui le pradaxina et se mit à implorer son indulgence en disant : « Pardonne-moi, grand Rïsi, si, étant privé de sens et de jugement, vu que je suis né parmi les animaux, j’ai commis quelques torts envers toi. » A ces mots, il fit soudainement un saut

* Jina-valkala-vâsî. Le tibétain donne pour équivalent : ri-dags-hyi gyan-gji (« peau de gazelle » Jina ?) dan (« et ») çia-çun (« écorce d’arbre ») gyon-pa (« ayant revêtu »).

2 Indra (dro-)pabhogaoirahât, « à cause du retrait des jouissances d'Indra », c'est-à-dire de la pluie et des biens qui en dérivent. Le tibétain a simplement v ^a-va-med-pas, « parce qu’il n’avait pas à manger ». On pourrait lire anno... au lieu d'iniro... « à cause de la privation des avantages de la nourriture ».

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et tomba dans le feu. Alors le Rïsi, éperdu, les traits bouleversés, comme s’il se fut agi d’un fils unique et bien-aimé, le retira (du feu) et lui dit : « Mon cher, que veux-tu faire ? Le lièvre répondit : Grand Rïsi, par amour pour la forêt, (je veux que) tu te nourrisses chaque jour de ma chair. 11 n’y a abso lument plus, dans la forêt, ni pois, ni sésame, ni riz pour le vieux ^ lièvre ; mon corps que voici a été consacré au feu ; disposes- en aujourd’hui (c’està-dire mange -le), pour habiter le bois des austérités.

Après avoir entendu les paroles du lièvre, le Rïsi tout ému dit : S’il en est ainsi, par amour pour toi, je ferai volontiers ici le sacrifice de ma vie et je n’irai point dans les limites des lieux habités.

Après avoir entendu ces paroles, le lièvre fut rempli de joie ; il leva la tête, regarda le ciel et fit une prière en ces termes :

Depuis que je suis venu dans la forêt mon esprit se plaît dans la solitude;

Si cette parole est vraie, que le grand Indra fasse tomber la pluie!

Ces paroles n’eurent pas été plutôt prononcées que, par la puissance du Bodhisattva, la demeure du grand Indra fut ébranlée. Les déités ont la vue et la connaissance de ce qui se passe au-dessous d’elles. « Qu’a t-on fait?» disent-elles. Elles regardent et disent : « C’est (un effet de) la puissance du Bodhisattva ». Ainsi, Çakra, le roi des dieux, fit tomber une pluie du grand Indra, si bien que tout l’ermitage se trouva rempli de nouveau en abondance d’herbes, de plantes, de simples, de fleurs et de fruits.

Alors ce Rïsi, étant venu auprès du lièvre (comme auprès d’un) ami de (la) vertu et demeurant là, eut la vue claire et distincte des cinq connaissances supérieures. Puis le Rïsi dit au lièvre : « O lièvre, par ce dessein d’une exécution si difficile, et par ce développement de la compassion (en toi-même), à quel but tends-tu donc? » L’ (autre) répondit ; Dans le monde aveugle et sans guide, puissé-je être un Buddha (21)... Yœupour la Bodhi.

Alors, le Rïsi, ayant entendu ces paroles, dit au lièvre : « Quand tu seras (un) Buddha, entraîne-nous (jusqu’à toi). Le lièvre répondit : « Qu’il en soit ainsi! »

Bhagavat reprit : Que pensez-vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps-là, à

I Vrddhasya; le tibétain a sems-pa « intelligent » (?).

ANNALES UU MUSEE GUIMET

'cette époquc-là, fut le lièvre, c'étnit moi, et le Rîsi, c’était ce fils de famille. En conséquence, Bhixus, voici ce que vous devez apprendre ; c’esf que, nous •résiderons avec un ami de (la) vertu (IV). . . Sûtra sur la frêquentalion d'un ami vertueux. .

: Ainsi parla Bhagavat ; l’ajusmat Ânanda et les autres Bhixus ravis sè réjouirent vivement des paroles de Bhagavat.

Rapprochements et remarques

1. Le Çaça est un des Jâtakas les |)lus célèbres. Il en existe une autre rédaction sanskrite dans la collection du Népal, le Jàtaka-niâlâ. — Dans le recueil pfdi, il est le 316*' textê,

et compte cjuatre stances. — Le Cariya-pitaka nous offre aussi ce Jâtaka'; il .ést le dixième, compris naturellement dans le Dâna (sacrifice). — Dans les deux recueils pâlj.s, ce Jâtaka porte le titre de Sasa-pandita (le lièvre savant).

J1 est probable que les versions du Çaça ne se bornent pas aux quatre que nous venons de citer et qu’il en existe d'autres.

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