DHARMA GAVESI
— Qui se réjouit de la Loi —
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Le bieidiourcux Buddha (1)... résidait à Çrâvasti, à Jôtavana, daftsle jaridin d’Anâthapindada. ■ ; • , x od
Voici quelle était la coutume d’Anâthapindada le maître de-maison : il' se levait do bonne heure, venait voir Bhagavat et balayait lui-même ’J-êtavana. Or, une fois Anathai)indada eut un empêchement^ quelconque. Alors- Bhaga'vat, pour faire voir aux êtres atfamés de mérites religieux le (véritable)' chemin du mérite religieux prit lui même un balai et se mit à balayer Jêtavana. *En voyant Bhagavat, les grands auditeurs eux aussi, le tils de Çâradva.tî Maudgalyâyana, Kâçyapa, Ânanda, Revata et les autres se mirent à balayer. Quand les Çrâvakas curent balayé Jêtavana, Bhagavat .entra dans 'la ^lle des conférences (d s’assit en face de l’assemblée des Bhixus sur un; siège préparé pour lui. Une fois installé, il interpella les Bhixus: «Voici, Hit il',
1 Vyâpexa, tib. brel-pa.
- Punya-tîrtha.
3 Çdradvatî-putra, communément appelé Çâriputra. Le Ms. a Çûrdvati... ■ r.-.:.. • ;
AVADÀNA-n \ r-'-KA I \^, 8, (38) 143;
Bhixus, les cinq avantages du balayage: Quels sont ces cinq? On réjouit ‘ son propre esprit; on réjouit l’esprit des autres; les dieux eux- mêmes res-^ sentent de la joie, les racines de vertu s’accumulent à plaisir et quand le corps se brise, (on va) dans la bonne voie, on renaît chez les dieux, dans le monde du Svarga.
[Tels sont les cinq avantages du balayage.
Alors, quand les quatre assemblées eurent entendu de la bouche de Bhagavat les cinq avantages de ce qu’on appelle le balayage, elles furent intérieu-; rement satisfaites; joyeuses, conterdes, l’esprit rassis, elles se levèrent de' leur siège, et faisant l’anjali (en se tournant) du côté où était Bhagavat, elles dirent à Bhagavat : « Nous, Bhagavat, sen'antes de Bhagavat, nous désirons balayer toujours Jêtavana tout entier; accorde-nous (cette) faveur!» — Bhagavat acquiesça à leur demande par son silence. Alors les quatre assemblées comprenant l’acquiescement de Bhagavat prirent des balais et se mirent à balayer tout Jêtavana. Après avoir balayé tout -Jêtavana jusqu’à l’extrême limite du jardin, elles s’assirent à peu de distance de Bhagavat pour entendre la loi dans un sentiment de respect.]
Cependant Anàthapindada le maître de maison vint en ce même lieu, et apprit que Bhagavat, accompagné des grands auditeurs, avait balayé luimême Jêtavana. [Après avoir pris connaissance des cinq avantages du balayage exposés par Bhagavat, il eut du regret et ht les réflexions suivantes : Eh quoi! dans ce vihâra que j’ai donné à Bhagavat^, dans ce champ de mérites religieux, la semence déposée aujourd’hui a porté du fruit aujourd’hui même ; une petite semence a produit un fruit inflni ! Oui, sur le terrain où l’on a le Tathâgata en face de soi, qui est habité par tous les Gràvakas, et qui réjouit le coeur au plus haut degré, lieu de ravissement pour tous les Dêvas, Asuras, hommes, Gandharvas, Garudas, Kinnaras, Mahoragas, où nul esprit (bhùta), prêta, piçàca, yaxa, râxasa, être infernal ou nuisible ne circule, où n’apparaît nul Màra, nul dieu ni homme de la suite de Màra, où toute supériorité est brisée, où n’osent s’introduire les êtres entachés de passion, de haine,
< Prasidati, tib. dija-var 'gyur.
- Prasâdikam, tib. mgu-var. — Le sanskrit intercale ici mal à propos la conclusion : « tels sont les cinq avantages du balayage ». Je l'ai rejetée à la Cn du discours; elle n’est pas dans le tibétain.
3 Mamagavato vihâre, texte évidemment fautif.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
d’égarement, d’égoïsme, de jalousie, d’orgueil, de perversité, (ni ceux) qui pratiquent le mal par la puissance du savoir % lieu désagréable à ceux qui sont tombés aux mains des amis du mal, demeure sur laquelle ceux qui sont dépourvus de foi, qui sont privés de la loi du sacrifice, ne portent ni leurs regards ni leurs pensées, qui ne va point au cœur des immoraux à la conduite méprisable, où ceux qui ne savent pas développer en eux la compassion, les (hommes) colères, ceux qui sont violents en paroles ne mettent pas le bout du pied, que les gens inertes, bas, habitués à l’usure désertent, se gardant bien d’y paraître, lieu bien éloigné pour eux, lieu de ténèbres pour ceux qui étant déchus du Dhyâna ont perdu la mémoire (?), pour ceux qui suivent des vues méprisables, qui sont engagés dans des voies méprisables, lieu enfin où ne peuvent arriver ni pénétrer ceux qui ont de fausses connaissances, une intelligence dépravée, une science superficielle, (mais au contraire) lieu d’ex trèmes délices pour ceux qui donnent, habitation ravissante pour ceux qui sont fidèles à la moralité, où ceux qui pratiquent la patience sont assurés d’être reçus avec égard, où ceux qui possèdent l’héroïsme peuvent en tout temps pénétrer, demeure où peuvent s’absorber sans entraves ceux qui se plaisent dans le Dhyâna, champ qui n’est jamais privé de la vigilance et de la clarté des porteurs de la connaissance, c’est dans uii tel vihâra, théâtre des jeux du Buddha, que j’ai négligé de balayer ! jamais cela ne se reproduira ! »
Ayant pris celte détermination, il se rendit auprès de Bhagavat et s’assit à une petite distance; venu là pour entendre la loij -, il fit de nouvelles réflexions : Voici! se dit-il; Bhagavat, en compagnie de ses grands auditeurs, a fait luimême le balayage ; comment viendrai-je au-dessus de cette (difficulté) ^ ? » Alors Anathapindada, avec l’attitude d’un homme qui se détourne de honte, le cœur pénétré de confusion se tint debout là sur place sachant (?) que les bienheureux Buddhas sont questionneurs^. Celui-ci interrogea les Bhixus :
1 Ou de la règle (qu'ils suivent), vidi (ou vid'iiî).
2 Tout ce qui est entre crochets manque dans le tibétain ; cela ne suffirait peut-être pas pour conclure à une interpolation, ^^ais le développement inutile de cette portion du texte, les redites maladroites qui en résultent autorisent à croire qu'elle ne faisait pas partie du texte priniilil.
3 « De ce balayage », dit le tibétain, il faut peut-être traduire ; comment marcherai-je sur ce (terrain b ilayé par de telles mains).
* Lajjàpangatarhdaya, tib. ts'e-da.'-ldan-pai sems-kyis ; « avec un esprit d'âyusmat » (?).
i Le texte est : jàtamn prchakân budd'iam bhagavanta : {on-tam) — Le tibétain donne ; sangs rgyas vcom-ldan-das rnams ni mkhyen vjin-du 'dri-vu-ste. « Les bienheureux Buddhas étant savants questionnent. » Tout ce passage est fort obscur, et Je texte doit être altéré.
AVADÀNA-GATAKA IV, 8, (38)
«Qui est celui-ci ? « dit-il — Les Bhixus répondirent : « Vénérable! c’est Anathâpindada; il est dans l’attitude d’un homme confus en présence deBliagavat, et son cœur est pénétré de honte. Aussi n’ose-t-il pas s’avancer, poser le pied sur le sol en présence de Bhagavat, précisément parce que Bhagavat, en compagnie de ses grands auditeurs, a balayé lui-même Jètavana. » — Bhagavat lui dit : « Maitre de maison, au moment où la parole du Buddha se fait entendre, entre vite^ ! Caries bienheureureux Buddhas ont l’autorité de la bonne loi, puisque c’est la loi qui est leguru des Arhats. » Alors Anathapindada fit retentir des gâthas en chantant [et, ce faisant, s’approcha de Bhagavat ; arrivé près de lui, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit en face de lui pour entendre la loi. Alors Bhagavat l’instruisit, l’orna (intérieurement), l’éclaira, le réjouit par un discours sur la loi. Ainsi instruit, orné, éclairé, réjoui par le discours sur la loi que Bhagavat lui avait adressé, il se retira delà présence de Bhagavat]^.
Alors les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui détruit tous les doutes : « C’est une merveille, ô vénérable, que Bhagavat prononce l’éloge de la loi avec un tel respect pour la loi, avec une telle autorité. Vois, vénérable, comme ces êtres, devenus des vases du joyau de la loi, se sont mis avec respect à balayer tout Jètavana et pensent à l’obligation d’en tendre la loi. »
Bhagavat répondit : «Qu’y a-t-ilici de merveilleux, Bhixus, si aujourd’hui le Tathâgata (17)... Perfection morale des Buddhas.. plein de respect pour la loi, avec une autorité innée en lui, prononce l’éloge de la loi, puisque dans la voie du passé j’ai, à cause de la loi, fait le sacrifice de ma vie? Or, c’est par le Tathâgata, parle respect inné en lui, qu’on entend la loi et qu’on parvient à l’excellence Ecoutez cela et fixez-le bien dans votre esprit; je vais parler.
Autrefois, Bhixus, dans la voie du passé, dans la ville de Bénarès, le roi appelé Brahmadatta exerçait la royauté (10)... Boi x>u>ss(tnt et juste. Et ce roi était croyant (8)... Homme vertueux...
* Svàpatïvravcsiatyam, tibélain : sangs-rgyas-hiji hka va thon-gyis-Ia nan-dtt çôg qig.
2 Toute cetle partie ne se trouve que dans le tibétain; il est vrai que l'équivalent est ailleurs dans le texte sanskrit, mais il y est mal placé et d'ailleurs indiqué deux fois. Bref, le rérit tibétain est plus sobre, plus suivi, njieux lié que le récit sanskrit.
Tathâgalena hi... ûdarajàtcna dhai rraqi vtûçrî (ou qro) l'.gch'dâçca... L'équivalent n’est jaint dans le tibétain.
Anx. G. — XIX
ANNALES UU MUSEE GUIMET
Plus tard, le roi se divertit avec la reine, se livre au plaisir, s’empresse autour d’elle ; à force de se divertir, de se livrer au plaisir, de s’empresser autour d’elle, au bout d’un certain temps, la reine devint enceinte. Or, il lui survint une envie : « Puissé-je entendre une bonne parole ! » disait-elle. Elle le fit savoir au roi qui appela des devins et les questionna. Ceux-ci lui dirent:
« O roi, c’est (un effet de) l’influence de l’ètre (qu’elle porte dans son sein). » Alors le roi, pour (obtenir) cette bonne parole, fit circuler une corbeille d’or dans sa capitale, dans ses villes, ses bourgs, ses villages, et il ne put obtenir cette bonne parole. Cependant, quand neuf mois furent accomplis, la reine accoucha d’un fils beau, admirable, charmant, de la couleur de l’or, avec une tète en forme de parasol, les bras longs, le front large, la voix haute, les sourcils joints, le nez élevé, doué de tous les membres principaux et secondaires. A l’occasion de sa naissance, on fit une fête de naissance et on se mit en devoir de lui donner un nom. « Quel sera, dit-on, le nom de cet enfant? » Les ministres répondirent : « Puisque cet enfant, avant même d’être né, recherchait une bonne parole, que le nom de ce jeune garçon soit donc Subhâsi(a-gavesi (« qui recherche une bonne parole »).
Lejeune Subhâsita-gavesi fut confié à huit nourrices (1)... Éducation brillante et ‘prospère.
Lorsque, graduellement, il fut devenu grand, il chercha la bonne parole ; mais il ne l’obtint pas. A la mort de son père, il fut établi dans la royauté ; il . donna alors cet ordre à ses ministres : « Chefs (du pays), c’est la bonne parole qui est ma (grande) afïaire; cherchez-moi la, bonne parole. » Alors, les ministres firent voir des corbeilles d’or^ dans tout le Jarnbudvîpa, à cause de la bonne parole; mais ils n’obtinrent pas la bonne parole. Alors, ils en informèrent le roi qui, à cause de la bonne parole qu'il désirait entendre, s’affligeait et se consumait de chagrin.
Or Çakra, le roi des dieux, a la connaissance et la vue de tout ce qui se passe au- dessous de lui; il voit le roi qui dépérit par le désir d’entendre la bonne parole. 11 se dit en lui-même : « Si j’éprouvais le roi ! » Alors Çakra, le roi des dieux, revêtit la forme d’un Guhyaka, changeant ses mains, ses pieds, ses yeux, et prononça cette stance en présence du roi :
1 Hiranyapitakâ : tib. ^ser bye-va, dix raillions d'or (voir ai-dessus, page 128, note 2).
AVADÂNA- ÇATAKA IV, 8, (38)
(Qu’üii marclie) selon la loi, en suivant la bonne conduite,
Qu’on ne suive pas la mauvaise conduite.
Celui qui marche selon la loi est heureux dans ce monde-ci et dans l’autre.
Alors le roi, à qui l’étonnement faisait ouvrir de grands yeux, dit : « Parle, parle, Guliyaka! toutes les stances que tu me diras, je les écouterai. »
Alors, le Guliyaka dit au roi : « Si tu fais pour moi ce que je te dirai, moi à mon tour, j’exécuterai tout ce que tu me commanderas. » Le roi répondit : (( Que m’ordonnes- tu ? » Le Guliyaka dit : « Entretiens un brasier pendant sept jours et sept nuits avec du bois de Khadira (mimosa catecliu), puis ensuite jette-toi toi-même (dans ce brasier) ; alors je te dirai encore des stances.»
En entendant ces paroles, le roi rempli de joie dit au Guliyaka : « Qu’il en soit ainsi ! »
Alors le roi, ayant fait la promesse et donné sa parole au Guliyaka, fit faire une proclamation à son de cloche par tous ses Etats : « Dans sept jours, le roi, pour entendre la bonne parole, se précipitera dans un brasier ; que ceux qui désirent voir des merveilles viennent (s’y rendre) ! » Alors plusieurs centaines de milliers d’êtres vivants se rassemblèrent, et, dans l’air, plusieurs centaines de milliers de déités se rassemblèrent également; tous, comprenant la pensée élevée du Bodhisattva, descendirent (en ce lieu) pour voir une merveille. Alors, le Guliyaka, s’étant élevé dans l’air, dit au Bodhisattva : « Grand roi, fais ce que tu as promis. » Le roi, ayant établi son fils aîné dans la royauté par l’aspersion, réclamé le pardon des ministres, des citadins, des paysans, et consolé toute la foule, s’approcha du brasier et prononça cette stance :
Ce brasier ardent, effrayant, semblable au sang du soleil de feu, je m’y précipite à cause de la loi, sans hésitation ni crainte de perdre la vie.
Ce brasier de feu va devenir, par la puissance des mérites religieux que m’ont acquis mes vertus,
une eau fraîche habitée par des lotus (au parfum de) santal, un vrai étang de lotus plein de lotus.
A ces mots, le Bodhisattva se précipite dans le brasier. A peine y fut-il tombé que le brasier de feu devint un étang de lotus. Alors, à la vue de cette merveille, de ce prodige qui entraîne la foi des dieux et des hommes, Çakra,
ANNALES DU MUSEE GUIMET
le roi des dieux^ dépouilla sa forme de Yaxa, parut sous sa forme propre et prononça cette stance :
Qu’on pratique la loi, et qu’on ait une bonne conduite,
Qu’on n’ait pas une mauvaise conduite.
Celui qui se conduit bien est heureux dans ce monde-ci et dans l’autre.
Alors le Bodhisattva recueillit soig'neusement cette stance et la fit écrire sur des feuilles d’or qu’il fit ensuite colporter dans tout son Jambudvîpa, dans les capitales, villes, bourgs, villages de son royaume.
Bbagavat reprit : Que pensez-vous, Bhixus? Celui qui, en ce temps-là, à cette époque-là, fut le roi, c’était moi. Alors déjà, pour entendre une bonne parole, j’ai fait le sacrifice de ma vie; à combien plus forte raison (ne le ferais-je pas) maintenant ?
Voici donc Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre : nous respecterons la loi égale (pour tous)\ nous la vénérerons, nous la considérerons, nous l’adorerons, nous passerons notre temps à respecter, vénérer, considérer, adorer la loi égale (pour tous) ; c’est là, Bhixus, ce que vous devez apprendre.
Ainsi parla Bhagavat (2) .
I. On a pu voir, 2)ar les notes, que le tex,te sanskrit et la traduction tibétaine diffèrent sensiblement, certaines portions qui sont dans l’un n’étant pas représentées dans l’autre et réciproquement.
II. Le Dharmagavesî a avec le Surûpa un trait commun, la corbeille d’or, qui repré sente la recherche, ou qui est le prix de la loi (clharma), ou de la bonne parole (subhûsi(a).
III. Le deuxième texte de notre Avadâna-Kalpalatâ, le Subhâsita-gavesî-Jâtakam, qui compte 72 vers, a évidemment le même héros et le même thème. Mais le sujet est traité tout différemment.
‘ Ou « (toujours) égale à elle-même » — sami-dliarmam ; sama n’est pas représenté dans le tibétain.
AVADÂNA-ÇATAKA I , 0, (39)