GUOAÇÀLÀ
— L’Usine à sucre —
Le bienheureux Biuldlia (1)... résidait à Ràjagrlia dans ronclosdu Kalaudaka.
Lorsque Bliagavat eut été investi de la Bodlii parfaite et accomplie, audessus de laquelle il n’en existe pas, les deux àyusmat Çâriputra et Maudgalyàjana^ prirent cet engagement : « Nous ne prendrons pas de nourriture^ aussi longtemps que nous n’aurons pas délivré un être du Naraka, de l'animalité, ou de la condition de Prêta.» A dater de ce moment, les deux âyusmats faisaient de temps en temps une promenade, tantôt dans le Naraka, tantôt parmi les animaux, tantôt parmi les Prêtas. Ils virent ^ là les cris pénibles des êtres frappés de supplices divers. Revenus de leur tournée^ ils firent part (de leurs observations) aux quatre assemblées qui, aprèsles avoir entendus, furent dans un grand émoi. Puis, les deux (âyusmat) firent à ce sujet un exposé de la loi
1 Ce nom est toujours écrit Mauâgalyayana dans le manuscrit. Un simple point fait toute la différence de ces deux leçons.
2 Piçukani, rendu en tibétain par zan, traduction ordinaire de bhakta,
3 « Ils entendirent » dit la traduction tibétaine avec plus d'à propos.
'* Le tibétain porte ; Rgyu-va-las {« de la promenade»); star 'khor-te (« étant revenus »). Le' manuscrit népalais donne : (ân àguXya (« étant allé vers eux »).
AVADÂNA-ÇATAK A Y, 1, (41) 163
tel que, après l’avoir entendu, beaucoup d’êtres atteignirent l’excellence (viçesa) et devinrent des vases du discours et de l’audition de la loi.
Par la suite Tayiismat Maliâ-Maudgalyâyana, faisant une promenade chez les Prêtas, vit un Prêta dont la face était comme le sommet d’une montagne, le ventre semblable à l’Océan, la bouche telle que le trou d’une aiguille ; ses cheveux le couvraient entièrement ; il était embrasé, complètement en flammes, ne formant qu’une seule flamme. 11 poussait des cris^ faisant entendre des cris de détresse, éprouvant des sensations douloureuses, aiguës, cuisantes, pénibles et désagréables. Partout où la terre était couverte d’urine et d’excréments, c’est là qu’il allait, c’est là qu’il s’asseyait.
Le Sthavira questionna alors le Prêta : Oh ! quel acte as-tu donc fait pour ressentir une sensation de cette nature, douloureuse, aiguë, cuisante, pénible, désagréable ? Le Prêta répondit : « Quand le soleil est levé, point n’est besoin de lampe. — Questionne Bhagavat à ce sujet, il te révélera l’acte qui nous a valu (ce sort). »
Alors l’âyusmat Mahà-Maudgalyâyana se rendit au lieu où était Bhagavat. A ce moment Bhagavat, s’étant relevé de la méditation où il avait été absorbé, enseignait aux quatre assemblées la loi douce, douce comme le miel, le miel d’abeilles, et l’assemblée, par centaines, écoutait avec une attention inébranlable la loi douce qui émanait de Bhagavat.
C’était le moment où les bienheureux Buddhas au parler antique au doux parler^, adressent la parole de bienvenue en disant : «Viens», après avoir préalablement souri. Alors Bhahavat dit à l’ây usinât Mahà-Maudgalyâyana: «Viens, Maudgalyâyana, sois le bienvenu! d’où arrives-tu maintenant?» Maudgalyâyana répondit ; « Je viens, ô vénérable, d’une promenade chez les Prêtas; là, j’ai vu un Prêta qui avait la bouche comme le trou d’une aiguille, le ventre semblable à une montagne, couvert entièrement par sa chevelure, exhalant une mauvaise odeur, une odeur extrêmement mauvaise'^. »
1 Le manuscrit porte dhyâyantayn («méditant»!).» Cette expression revient plusieurs fois, avec la variante pydr/awtâïTi : ces deux leçons sont fautives; il faut évidemment lire styâyantam, qui, je dois le dire, ne se présente pas une seule fois. — Le tibétain a ts’ig-cin.
2 Pûrvalâpina : « parlant de choses anciennes » ou « à l’ancienne »;'tib. : ysoû-por, « droitement ».
3 Priyalâpina : expression qui manque dans le texte, mais est rendue dans la traduction. Elle se trouve d'ailleurs plus loin dans des passages qui reproduisent celui-ci.
'* « Odeur d’excréments », dit le tibétain, ajoutant que « les excréments forment sa nourriture ».
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Et il ajouta : « La gorge et les lèvres desséchées, souffrant beaucoup, se dressant comme un roc, ne sachant où se réfugier la face enveloppée par ses cheA'eux, n’ayant pour vêtement que l’air, la bouche semblable au trou d’une aiguille très fine, maigre, nu, couvert (seulement) par sa chevelure, se dressant comme un squelette, (meurtrissant) son crâne (avec) sa main (d’une manière) horrible^; il court en se lamentant : épuisé de faim et de soif, tourmenté par l’infortune, poussant des cris de détresse, il éprouve une sensation douloureuse. Quel terrible péché avait-il donc commis dans le monde des mortels ?» — Bhagavat répondit : « C’est un pécheur que ce Prêta, Maudgalyâyana. Tu désires entendre l’action qui lui a valu son sort ?» — «Oui, vénérable, » — «Eh bien ! écoute, ùlaudgalyâyana, fixe bien et dûment dans ton esprit (ce que tu entendras) ; je vais parler »
Autrefois, Maudgalyâyana, dans la ville de Râjagrha, vivait un Çresthî riche (9)... Homme riche... 11 possédait jusqu’à cinq cents pressoirs'* où l’on exprimait le jus de la canne à sucre. Or, quand il n’y a pas de naissance de Buddhas, il naît dans le monde des Pratyêkabuddhas, miséricordieux pour les petits et les misérables, habitués à coucher et à s’asseoir hors (des villes), dignes des bienfaits du monde. Or il y eut un Pratyêkabuddha compatissant pour les petits et les misérables, habitué à coucher et à s’asseoir hors des limites (des villes), qui, s’étant levé de ben matin, ayant pris son vase et son manteau, entra dans Râjagrha pour mendier. Or, ce vénérable était atteint d’une maladie mortelle, et le médecin lui avait ordonné du jus de canne à sucre. Il se présenta devant le Çresthî en entrant dans l’usine. Le ÇresÜiî aperçut le Pratyêkabuddha au corps charmant, à l’esprit charmant. En le voyant, il lui dit : « Qu’y a-t-il pour le service de l’Arya ?» — Le Pratyêkabuddha répondit : « Maître de maison, du jus de canne! » Alors le maître de maison donna cet ordre à un de ses serviteurs : « Fournis du jus de
1 Cahcitaçraya : (?) Ce terme n'est pas rendu dans le tibétain qui ne coïncide pas tout à fait avec le sanskrit dans cette partie, soit par les termes qu'il emploie, soit par la place qu'il leur donne.
2 Kapàlapànighora : je lis ghora : quoi qu'il y ait ÿ/ieri (peut-être même dyeri Le composé
est peu satisfaisant, et je ne suis pas sûr du sens. Le tibétain donne : thod-pa (« le crâne ») thogs-çiil (« plumant, cueillant ») ; mi-vrad-la (d'une manière insupportable »).
3 Ce développement revenant souvent dans cette décade, nous ne le répéterons plus en entier et nous renverrons ici chaque fois qu'il se présentera.
■* Kuçâlar-atâni : le mot kuràla existe-t-il? ou est-ce une faute pour Gudaçâld? le tibétain le rend par les mêmes termes, et d'ailleurs le sens ne saurait être douteux.
AVADANA- ÇATAKA V, 1, (41)
canne à l’Arja »; puis, appelé au dehors par une affaire quelconque, le maître de maison s’en alla. Quant au serviteur, il laissa naître en lui, quoiqu’il s’agît du bien d’autrui, un sentiment d’avarice \ et il se dit : a Sije donne du jus à celui-là, il reviendra encore. » Cet homme, déjà penché sur l’abîme de la triple voie qu’on no désire pas, qui se fermait la double voie à laquelle tous aspirent, et se retirait loin, bien loin des lois sublimes^, ayant donc conçu une mauvaise pensée, dit au Pratyêkabuddha : « Allons, Bhixu, donne ton vase, je te donnerai du jus. » — Les Grâvakas, les Arbats, les Pratyêkabuddbas n’ont pas la vue de la connaissance tant qu’ils ne sont pas plongés dans la méditation^. Mù par sa compassion pour les humbles et les affligés, le (Pratyêkabuddha) se dit : « C’est un homme à gages, il faut lui complaire », et il lui tendit son vase. Alors cet (homme) aux actions méchantes, au cœur sans pitié, ayant pris le vase, se retira dans un lieu écarté, remplit le vase d’urine qu’il recouvrit de jus de canne, et le présenta au Pratyêkabuddha. Celui-ci s’aperçut fort bien (de ce qu’il en était), et se prit à penser : « Ce malheureux^ a commis un grand péché. » Puis, faisant quelques pas, il le quitta et s’en alla.
Bhagavat ajouta : « Que penses-tu? Maudgalyâyana, celui qui, en .ce temps-là, à cette époque-là, fut le serviteur, c’était ce Prêta. A cause de la maturation de cet acte, il a subi dans Samsara une douleur sans fin, et maintenant encore, sous forme de Prêta, il souffre de douleurs encore plus insup portables^. En conséquence, Maudgalyâyana, il faut faire des efforts pour renoncer à la ladrerie (mâtsari/am), afin de ne point commettre de faute comme ce Prêta.
C’est que, Maudgalyâyana, les actes entièrement noirs, etc. (5)... Actes blancs et noirs.
Ainsi parla Bhagavat ; l’âyusmat Maudgalyâyana ravi, ainsi que les autres Dêvas, Asuras, Garudas, etc. , se réjouirent vivement du discours de Bhagavat
1 Ou d'égoisme (mâtsay'ya).
2 Ou « des chemins sublimes » ; le sanskrit a dharmêbhyas (lois), mais le tibétain la-rnams (chemins).
3 Asamanvâhrtya, tib. : «la gdons-hyi var-dic-
■4 Tapasvinâ en tibétain non-mons, dis.
5 Pratihrstataram, tib. ; mi vzad-pa.
^ Cette fin étant celle de tous les récits de cette ilécade, nous ne la répéterons pas, sauf en cas de variante.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
Co récit est le cinquième du Kalpa-dr.-av. ; il y porte le titre de Bhrtaka-preta « le Prêta serviteur » ou «le serviteur (devenu) prêta ». Il occupe les feuillets 19-23 ; En voici l’analyse ;
Vœu de Gâriputra et de Maudgalyâyana, et résultats de leurs efforts. — Apparition d’un Prêta à Maudgalyâyana ; — description du Prêta (correspondant très exactement à celle de l’Avadàna-Çataka). Question du Buddlia à Maudgalyâyana. Récit et question du disciple. Réponse du maître : Description du Çrêsthî de Bénarès et du Pratyêkabuddha malade qui lui demande du jus de canne. Ordre donné par le Çrê.stliî à l’un de ses gens. Naissance d’une mauvaise pensée dans le conir de cet homme ; il prend le vase du mendiant, le remplit d’urine, met du jus de canne par dessus et rend le vase au Pratyêkabuddha, qui s'éloigne en disant : C’est un grand péché. — Le Buddha complète ce récit par des imprécations contre l’auteur du méfait, l’énoncé de la punition qu’il encourt, et une exhortation à son disciple de se garder du vice de l’égoïsme avare.
Après cette relation, Upagupta, le narrateur reprend la parole et adresse à son auditeur, le roi Açoka, un interminable sermon, un discours presque aussi long que le récit qu’il vient de faire, — sur les Parâmitâ, la moralité, le don, la patience, l’héroïsme, le Dhyâna. — Le don occupe naturellement la plus large place dans cette mercuriale ; et l’orateur ne manque pas de répéter la punition sévère infligée à ceux qui négligent cette règle essentielle.