‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 89 sur 167 · BHAKTAM · texte numérisé non relu

BHAKTAM

— La Nourriture —

Le bienheureux Buddlia (1)... résidait à Çràvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anâtliapindada.

En ce temps-là, l’ajusmat Mahà-Maudg'alyàyana était assis sous un arbre pour y passer le jour. Or, Tayiisraat Mabà-Maudgalyâyana entendit la voix d’une Prêt! qui poussait des cris de détresse, qui éprouvait une sensation douloureuse, aiguë, cuisante, pénible, désagréable, et cherchait de la nourriture: « J’ai faim, o mes amies, j’ai soif, ô mes amies! », disait-elle.

Alors le Sthavira Mahâ-Maudgalyâyana vit cette Prôtî et l’interrogea : « Quel péché as- tu commis, lui dit-il, pour subir de telles souffrances ?» — La Prêtî répondit: « Quand le soleil est levé, pas n’est besoin de lampe; questionne Bhagavat à ce sujet, il te révélera l’action dont nous avons obtenu (le fruit)».

AYADÀNA-ÇATAKA V, 2, (42)

Alors râyusmat Maliâ-Maiidg'alyâyana se rendit au lieu où était Bhagavat. . .

(Répétition du texte précédent contenant la description ci-dessus des souffrances de la Prêti ^)...

«Quel terrible péclié avait-elle donc commis dans le monde des mortels ?» — Bhagavat répondit : « C’est une pécheresse que cette Prêti, Maudgalyâyana, Tu 'désires entendre l’action qui lui a valu son sort?» — «Oui, vénérable.» — Eh bien ! écoute, Maudgalyâyana, fixe bien et dûment dans ton esprit (ce que tu entendras), je vais parler.

Autrefois, Maudgalyâyana, dans la voie du passé, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le parfait et accompli Buddha nommé Kâçyapa (14)... Buddha ancien... parut dans le monde. Etant entré dans la ville de Bénarès, il résidait à Rsipatana dans le Mrgadâva.

Or, dans (cette ville de) Bénarès il y avait une épouse de maitre de maison pleine d’avarice et de ladrerie^; tenant ferme ce qu’elle possédait, elle n’aurait pas pu se résoudre à donner quelque chose même à un corbeau ; à plus forte raison, quand elle voyait un nécessiteux, Çramana, brahmane, misérable, mendiant, endurcissait-elle son cœur. Un jour, un mendiant (officiel) ® entra dans sa maison; à la vue de cet (homme) l’égoïsme naquit en elle : elle endurcit son cœur, et se dit en elle-même : « Si je lui fais du bien il reviendra. » — Alors, sans tenir compte de la crainte de l’autre monde si redouté (de tous), elle interpella le Bhixu, lui ferma sa porte, et lui coupa les vivres; et elle ajouta beaucoup de paroles de blâme, lui disant : « Voilà, Bhixu, le mauvais traitement qu’on te fait ; (j’espère bien que) tu ne remettras plus les pieds dans cette maison. » C’est pour être ainsi attachée à l’avarice, l’avoir développé en elle-même, l’avoir manifesté à plusieurs reprises^ qu’elle a pris naissance chez les Prêtas et endure de telles douleurs. En conséquence.

1 Voir plus haut pages 163-4.

2 Kutukuhcimka, mot qui revient dans quelques-uns des testes suivants, écrit encore kutakancaka, kutukuîicika et toujours joint à mâtsari. Son équivalent tibétain djuàs-pa est rendu dans le Dictionnaire tibétain-sanskrit par hadarya, « avare, misérable » ; hutukuncika, doit être un dérivé de kutuka, « désir, inclination ».

3 Pindapâtika : « un homme qui vit d'aumônes » — Ce terme paraît désigner les mendiants bouddhistes à l’exclusion de tous autres.

Je traduis d'après le tibétain ; d’après le sanskrit il faudrait dire ; « C’est pour cet attachement à l’avarice, cette parole répétée plusieurs fois... » La différence vient de ce que le manuscrit népalais porte bhâsitena, que le tibétain rend par vsgoms-te. Or vsgoms-te suppose le sanskrit bhdvitena qui doit être la vraie leçon.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Maudgalyâyaiui, il faut s’évertuer pour renoncer à l’avarice et ne pas commettre (le fautes telles que C(?lles de cette Prêtî.

Ainsi parla Bhagavat; Taynsmat Maudgalvàyana, etc.

Rapprochements et remarques

Ce récit se trouve dans le Kalpa-dr.-av., où il est le quatorzième du recueil sous le titre de Mâtsarya ou Mâtsarya-Caritra (folios 107-114). En voici l’analyse :

Grands honneurs rendus au Buddha, à Çrâvastî, par tous les êtres. — Retraite de Maudgalyâyana. Apparition d’une Prêt! (décrite comme dans l’Avadâna-Çat., avec un peu moins d’exubérance). Maudgalyâyana la questionne ; elle le renvoie au Buddha. Accueil fait au disciple par le maître; question du disciple et réponse du maître. Çrêsthî deBénarès. et caractère de sa femme (décrit comme dans l’Avadàna-Çat.) Arrivée d’un Çramana en l’absence du mari. La femme le fait entrer, l’enferme, et lui donne, pour toute nourriture, une mercuriale en six çlokas, afin de lui apprendre à ne plus revenir. Le Bhixu se tait, reste calme, et relâché à jeun, va sous un arbre méditer, tandis que la femme du ÇrêsOiî reste barricadée chez elle. LeCrêsthî revenant trouve la porte fermée; se la fait ouvrir avec peine, et demande des explications sur ce qui s’est passé. La femme les lui fournit. Foudroyante apostrophe du mari, qui maudit sa femme et cherche à lui faire sentir l’énormité de son crime et le mérite supérieur du don, dans un discours de soixante -huit vers. — Chassée de la maison conjugale, la femme coupable se retire cliez sa mère, où elle continue à manifester le même égoïsme, si bien que son père la maudit et la chasse de la maison paternelle. Sa mère elle -même et ses parents ne veulent plus la voir. Repoussée de tous, elle traîne en vagabondant une misérable existence ; enfin elle meurt et renaît chez les Prêtas. — Cette femme était la Prétique Maudgalyâyana a vue. A ce récit, le Buddha ajoute une exhortation en six vers sur le don. Maudgalyâyana s’informe de la destinée de la Prêtî. Le Buddha la lui révèle : L’état de cette infortunée durera soixante mille ans et se perpétuera pendant cinq cents naissances. Alors, « son esprit étant consumé », et ses dispositions renouvelées, un Bodhisattva la tirera dosa condition malheureuse, elle ira en refuge dans les trois joyaux, puis atteindra Sukhavatî. Dernière exhortation du Buddha à éviter les transgressions dont la punition est inévitable.

Après ce récit, Upagupta adresse au roi Açoka un petit discours en dix-neuf çlokas sur l’égoïsme (ou la ladrerie) et le don.

On voit que ce récit, indépendamment des amplifications, ajoute certains détails à ceux de l’Avadâna-Çataka.

AVADÀNA- ÇATAKA V, 3, (43)

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