‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 90 sur 167 · PÂNÎYAM · texte numérisé non relu

PÂNÎYAM

— L’eau à boire —

Le bienheureux Buddha (1)..., étant entré à Râjagrha résidait à Venuvana dans l’enclos du Kalandaka.

Or, râyusmat Mabâ-Maudgalyayana, faisant une promenade parmi les Prêtas, vit une Prêtî semblable à un tronc d’arbre embrasé, couverte (uniquement) par sa chevelure, avec une bouche semblable au trou d’une aiguille, un ventre semblable à une montagne; elle était en flammes, tout en flammes, elle flambait et ne formait qu’une seule flamme : elle poussait des cris, et, tourmentée par la soif, elle éprouvait une douleur aiguë, cuisante, pénible, désagréable. Sa seule vue fait dessécher les cours d’eau et les puits. Lorsque le Deva envoie la pluie, c’est une pluie de charbons et d’étincelles qui tombe sur elle.

Quand Tayiismat Mahâ-Maudgalyâyana la vit, il dit ; « Quel péché as-tu commis pour subir une telle douleur ?» — La Prêtî répondit : « Je suis une péchesse, vénérable Mahâ-Maudgalyâyana, questionne sur ce point le bienheureux Buddha, il te dira l’acte dont nous avons obtenu le fruit; après l’avoir entendu, d’autres encore s’abstiendront ici-bas d’actes coupables. »

L’âyusmat Mahâ-Maudgalyâyana se rendit au lieu où était Bhagavat. Or, en ce temps-là, Bhagavat s’étant relevé de la méditation où il avait été absorbé, etc. (Répétition des textes précédents et de la description cidessus de la Prêtî) ^... Bhagavat dit : C’est une pécheresse que cette Prêtî, Maudgalyâyana, tu désires entendre (raconter) l’acte (qui lui a valu ce) fruit, écoute et fixe bien et dûment dans ton esprit; je vais parler.

Autrefois, Maudgalyâyana, dans la voie du passé, dans ce (même) Bhadra- Kalpa® où nous sommes, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le

1 Tans VVddâna (résumé), qui précède la cinquième décade, le présent récit est appelé toyam (« eau ») équivalent de jj)ânîî/«iH.

2 Voir ci-dessus pages 163 et 161, note 3, 167, note 1.

3 II n’y a qu’une variante dans a description de la Prêtî; ajrès « elle poussait des cris », il faut ajouter « faisant entendre des cris de détresse ».

^ Il y a le pluriel ; kuruta.

5 « Age heureux », l'àge actuel.

Ann. g. — XIX

ANNALES DU MUSEE GÜIMET

parfait et accompli Buddha nommé Kàçyapa (ldi... Buddha ancien..., parut dans le monde. Ce bienheureux Buddha, étant entré dans la ville de Bénarès, résidait à Bsipatana dans le Mrgadàva.

Or, un Bliixu cheminait par là; il était tourmenté par la soif; il s’approcha d’un puits où se tenait debout une jeune fille qui venait de remplir sa cruche. Le Bhixii lui dit; « Ma sœur, je suis tourmenté par la soif; donne-moi de l’eau. » — Mais l’égoïsme (màtsarva) na({uit aussitôt on elle ; et, tenant ferme ce qu’elle ])0ssédait, elle répondit au Bhixu : « Bliixu, quand tu devrais en mourir, je no te donnerai pas d’eau; ma cruche en serait diminuée. » — Alors ce Bhixu, dévoré de soif, sans espoir, continua son chemin.

Pour avoir ainsi cultivé, développé, multiplié en elle-même l’égoïsme, cette jeune fille, après sa mort, renaquit chez les Prêtas, où elle éprouve des sensations de cette nature, douloureuses, aiguës, cuisantes, pénibles, désagréables.

En conséquence, Maudgaljâyana, voici ce que tu dois apprendre : Nous ferons des elîorts énergiques pour renoncer à l’égoïsme; voilà, Maudgalyàyana, ce qu’il te faut apprendre.

Ainsi parla Bhagavat ; l’ajusmat Mahà-Maudgalyàyana, etc.

Rapprochements et remarques

I. Le Pâniyani se retrouve dans le Ratna.-av. mfdâ sous le titre de Prêtika-avadàiiara. C’est le quatrième texte du recueil (f. 37-48). En voici l’analyse :

Le Buddha entre à Râjagrha, et se rend à Vênuvana où il reçoit toutes sortes d’hommages. Maudgalyâyana va chez les Prêtas et avise une Prêtî, dont « la seule présence desséchait les rivières, etc. ». 11 la questionne ; elle le renvoie à Bhagavat qui l’accueille fort bien. Il lui fait un récit très détaillé de ce qu’il a vu, et demande la cause du supplice de la malheureuse. Explication du Buddha :

A Bénarès, du temps de KAçyapa, un Yati en marche, dévoré de soif, se dirige vers un puits, demande à boire à une jeune femme qui venait de remplir sa cruche ; elle lui répond (en trois çlokas) qu’elle le laissera mourir de soif, plutôt que de lui donner une gorgée. — Le Bhixu maltraité trouve ailleurs à étancher sa soif et va dans sa retraite, où il médite et pleure sur le sort de la jeune femme qui s’est préparé un si cruel châtiment (quatre elocas). Rentrée chez elle, la jeune femme raconte tout à son mari qui lui répond par des malédictions et par une verte semonce (douze çlokas). — Elle riposte (en sept çlokas) d’une manière qui montre son endurcissement : « J’aime mieux renoncer à la vie que de faire des dons », dit-elle en terminant. Aussi ne donnait -elle jamais ; son

A VADÀNA -ÇATAKA Y, 4, (44)

mari étant mort, elle ne donnait point davantage et finit par mourir misérablement pour aller dans le Naraka. C’est elle que Maudgalyàvana a vue. — A ce récit, le Buddha ajoute un discours de vingt vers sur le don. et spécialement sur le devoir de donner de l’eau (« le don de l’eau est un grand don, le don de l’eau n’a pas son égal » ).

Là-dessus, Ananda se lève et fait une question sur la destinée ultérieure de la Prêtî. Le Buddha répond qu’elle est destinée à errer de Xaraka en Karaka : mais si, à la fin d’une de ses existences, elle se rappelle les trois joyaux, le Seigneur des mondes viendra à son aide; elle changera de condition, deviendra même un Bodhisattva Mahâsattva et atteindra ensuite la cessation (Nirvrtti). Mais tant qu’elle ne se sera pas rappelé le Buddha, il n’y a rien à espérer. Le Buddha applique ensuite cette évolution à tous les êtres du Naraka et énumère les différents actes qui les font aller dans Sukhavatî. Toute cette félicité vient de ce que l’on se rappelle le Seigneur des mondes. En se souvenant de lui, on se met à l’abri de toute crainte. Ce long discours, dont l’étendue ne le cède guère à celle de l’Avadàna lui-même, produit la conviction chez Ananda et les autres auditeurs.

Upagupta eu terminant invite le roi Açoka à se rappeler toujours le Seigneur du monde.

IL Getle histoire est très brièvement rapportée dans le Pâna-kathâ (Discours sur l’eau à boire), treizième section du Dvâvimcati-av. — C’est, comme ailleurs, une leçon faite à Maitreya par Bhagavat. — Une jeune fille, portant sa cruche pleine, rencontre huit Bhixus de Kâçyapa qui lui demandent à boire. « Quand vous devriez en mourir, Bhixus, répond-elle, je ne vous donnerai pas d’eau ; ma cruche en serait diminuée. » — Pour ce fait, elle renaquit chez les Prêtas, semblable à un tronc enflammé, etc. — La plus grande partie du chapitre est consacrée à une autre héroïne, la fille du marchand Simhakêtu qui, non seulement donna de l’eau aux huit Bhixus, mais leur fit donner aussi par son père du sucre et d’autres douceurs, finit par rendre au Buddha de grands honneurs et mérita ainsi de renaître, aussitôt après sa mort, chez les dieux Trayastrimçat.

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