‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 91 sur 167 · VARCAGHATA · texte numérisé non relu

VARCAGHATA

— I.a Cruche à excréments —

Le bienheureux Buddha (1)..., étant entré à Ràjagrha, résidait à Venuvana, dans l’enclos du Kalaudaka.

Or l’âyusmat Mahâ-Maudgaljâjana, s’étant levé de bon matin, avant pris son vase et son manteau, entra dans Ràjagrha pour mendier. Après avoir

* Tel est le titre donné dans VUddâna (résumé) placé en tête de la décade; le titre placé en avant du récit lui-même est parvata-ghata (cruche-montagne?) qui ne se comprend pas. Le titre tibétain est la traduction de celui que donne l’üddàna.

fait sa tournée pour les aumônes, il fît son repas, lequel terminé, la tournée achevée, ayant ajusté ‘ de nouveau son manteau et son vase, il se dirigea vers le mont du Pic des Vautours. Quand il y fut arrivé, il pénétra dans la montagno du Pic des ô'autours; et, s’étant approché du pied d’un arbre, il s'y assit pour y passer le jour.

Alors l’àyusmat Mahà-Maudgalyâyana vit une Prêti semblable à un tronc embrasé, nue, couverte (seulement) par sa chevelure, avec une bouche comme le trou d'une aiguille; elle était en feu, tout en feu, elle flambait, ne formant qu'une seule tlamme, criait poussant des cris de détresse : tourmentée par la soif, elle éprouvait des douleurs aiguës, cuisantes, pénibles, désagréables; elfe exhalait une mauvaise odeur, une très mauvaise odeur, ressemblait à (un tas d’) immondices, ne se nourissait que d’immondices, et encore avaitelle bien de la peine à obtenir cet (aliment). Après l’avoir regardée à deux fois, l’àyusmat Mahâ-Maudgalyâyana fut bouleversé et il questionna la Prêti : « Quel mal as-tu fait, lui dit- il, que (tu en recueilles) un tel fruit ?» — La Prêti répondit : « Je suis une pécheresse, vénérable Mahà-Maudgalyâyana, questionne le bienheureux Buddha sur ce point, il te révélera l’acte qui nous a valu notre sort; après l’avoir entendu, d’autres êtres encore s’abstiendront d’actions mauvaises. »

L'âyusmat Mahâ-Maudgalyàyana se rendit au lieu où était Bhagavat. Or, cà ce moment-là, Bhagavat relevé de la méditation profonde où il avait été absorbé. (Répétition analogue à celle des récits précédents)^ . . . Je vis une Prêti semblable à un tronc embrasé, nue, couverte (seulement) par sa chevelure, avec une bouche comme le trou d’une aiguille, un ventre comme une montagne ; elle était en feu, tout en feu, flambait, ne faisant qu’une seule flamme, poussant des cris de détresse, tourmentée parla soif, éprouvant des sensations douloureuses, aiguës, cuisantes, pénibles, désagréables; à sa seule vue les fleuves et les puits tarissent ; quand le Dêva envoie la pluie, c’est une pluie de charbon et d’étincelles qui tombe sur elle; elle exhale une mauvaise odeur, une odeur excessivement mauvaise, elle ressemble à (un tas d’)excréments, se nourrit d’excréments, et encore a-t-elle bien de la peine à se pro-

1 Pratisamarpya, tib. vjag-nas; ce qui pourrait signifier aussi ; « ayant déposé, remis en place ». Ce terme reparaît plusieurs fois dans la suite.

* Voir ci-dessus, p. 169, note 2. Je reproduis la description de la Prêtî, à cause des variantes.

AVADÂNA-ÇAT AKA V, 4, (44)

curer cet (aliment). » Puis il ajouta aussitôt après : « Elle pousse des cris de détresse, éprouve des sensations douloureuses. (Partout) où il y a un dépôt d’excréments ^ elle y accourt péniblement ^ : «Je vois des excréments, je vais (donc) manger ^ » , dit-elle. Mais cela même, elle ne l’obtient qu’à grand’peine. Quel mal a-t-elle fait? etc... (Réponse du Buddha comme dans les récits précédents)...

Autrefois, Maudgalayâyana, dans la ville de Bénarès se trouvait un Pratyêkabuddha compatissant pour les petits et les malheureux, aimant à s’asseoir et à se coucher à l’extrême limite (des lieux habités). Atteint par la maladie, il entra dans Bénarès pour les aumônes. Or, le médecin lui avait ordonné une nourriture bien assortie Gomme il s’était dirigé vers la demeure d’un des Grêsthî (de la ville), le Gresthî, en le voyant, lui fit cette question : « De quoi (as-tu) besoin, Ârya? » — « De la nourriture bien assortie de (ta) famille, » (répondit-il). Alors le Gresthi donna cet ordre à sa bru : « 11 faut fournir à l’Ârya une nourriture bien assortie. » Mais l’égoïsme se produisit chez la bru : « Si je lui donne de la nourriture aujourd’hui, se dit-elle, il reviendra demain. » — S’étant donc retirée à l’écart, elle lui remplit son vase d’excréments, mit de la nourriture par dessus, et le rendit au Pratyêkabuddha. Hors du moment où ils saisissent le calme absolu les Çrâvakas et les Pratyêkabuddhas n’ont pas la vue claire de la connaissance. 11 reçut donc le vase, et, (seulement) après l’avoir reçu, il s’aperçut combien (ce vase) sentait mauvais :

1 Varoadhânàni : existe-t-il un xaoi dhânam, « dépôt, emplacement »? Je ne sais; l’expression ordinaire est dhânî, qu’il faut peut-être rétablir ici. On pourrait lire sthânâni, si l’on tient au pluriel. Le mot tibétain correspondant est gnas « lieu, place ». Dans le passage du Gudaçàlà (41) répondant à celui-ci il y a bhûmi « terrain, emplacement. »

2 Du: khitâ, lib. : sdug vjin

* Varca : paçyârni bhoxe ca. Le iti indicatif du discours direct manque et l’équivalent ne se trouve pas non plus dans le tibétain qui traduit ainsi phyi-sa (varcas, « des excréments »)vza (« manger ») am (« ou ») vtuiï (« boire ») snam na (« songeant »). Le texte original portait donc pâsyâmi. « je boirai », au lieu de paçyâmi, « je vois ». La leçon de notre Ms. peut être une faute, mais elle est défendable, et il est permis de voir ici une incertitude de lecture très ancienne.

Je rends de cette façon assez vague le mot sâmpreyam répété deux fois et une troisième sous la forme sâprema. Je ne puis l’analyser ni l’expliquer. Le tibétain le rend par 'thun-pa « réunir, amasser ». Le dictionnaire sanskrit-tibétain traduit 'thun-pa par samagra, « plein, total ». Peut-être faut-il dire « nourriture bien préparée, solide ». Le Raina -av.-màlà répété ce mot quatre fois, il l’écrit d’abord sâmpreyam, puis deux fois sâmpeyam et une fois sâmpyeyam,

5 Peut-être, faudrait-il dire : « Parce qu’ils n’ont pas saisi, etc. ». Dans le passage correspondant du Gudaçàlà, les Arhats sont cités avant les Çrâvakas ; ils devaient, ce semble, figurer dans cette proposition. Néanmoins, le sanskrit et le tibétain étant parfaitement d'accord, on ne peut pas songer ici à une erreur de copiste, et la faute(si faute il y a) doit être ancienne.

ANNALES DD MUSEE GÜIMET

« Ne me l’aurait-clle rempli d’ordures? » se dit-il. Alors ce magnanime, l’avant jeté n’importe où, coutimia son chemin.

Bhagavat reprit : « Que penses-tu, Maudgaljâjana ? Celle qui à cette époque, en ce temps -là, fut la bru du Gresthî, c’était précisément cette Prôtî. C’est par ce motif, pour avoir commis un tel péché que, désormais, elle renaît sans cesse dans les Narakas, chez les animaux, chez les Prêtas, et que sans cesse elle se nourrit d’excréments. Maudgalyàyana, il te faut faire d’énergiques efforts i!Our éviter l’égoïsme et n'avoir point de torts comme cette Prêtî.

Ainsi parla Bhagavat, ràyusmat Mahà-Maudgalyàyana, etc.

Rapprochements et remarques

Ce récit se trouve dans le Ratna-av. mâlà sous le titre de Prêtikâ. Il est le quinzième texte du recueil et occcupe les folios 148-153. En voici l’analyse :

Honneurs rendus au Buddlia pendant qu’il réside à Râjagrha, à Venuvana. Maudgalyâyana, après avoir fait sa tournée, se rend au Grdhrakfita-parvata ; il y aperçoit une Prètî décrite comme dans l’Avadana-Çat., l’interroge, et est renvoyée par elle au Buddha. Il se rend près du maître qui l’accueille fort bien ; (mais, comme dans le texte précédent, le récit de cette réception est très bref, beaucoup plus bref que la partie correspondante de l’Avadana-Çat.). Il explique longuement ce qu’il a vu, et le Buddha lui donne la clef, l’explication du sort de la Préti. Un Pratyêkabuddha malade, à qui le médecin avait donné une nourriture qualifiée sâinpreya, s’adresse à un Grê.sthî de Bénarès, qui se montre tout disposé à satisfaire à sa demande, et charge sa femme de donner à cet Arya ce qu’il lui faut. Mais cette femme, « dont les membres étaient consumés par le feu de l’envie, gonfiée d’orgueil et d’égoïsme », ne songe qu’à repousser le mendiant pour toujours, prend le vase, va dans l’intérieur de la maison, remplit le vase à aumônes de « ses propres excréments » (svavarcasâ ; l’Avadânà-Çataka n’atteint pas à cette précision), recouvre le tout d’aliments, et rend le vase à son propriétaire. Celui-ci le reçoit avec joie, mais l’odeur lui révèle la nature du mets qu’on lui apporte ; il va dans une autre maison, où il est bien nourri, et retourne enfin dans son ermitage où la santé lui revient. Cependant la femme ferme sa porte et, quand son mari rentre, lui annonce en riant ses hauts faits. Le mari se fâche, bat sa femme, la maudit (cinq çlokas) et la chasse. Abandonnée, errant eà et là, sans abri, mordue par les chiens, elle finit par mourir et descend dans la demeure de Yama qui lui assigne sa place parmi les Prêtas. — Il n’y a pas d’autre conclusion à ce récit que les développements habituels sur la nature des actes moraux et leurs inévitables conséquences.

Upagupta termine par une exhortation banale au respect de la loi et à la méditation des trois joyaux.

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