MAUDGALYÀYANA
Le bienheureux Buclclha(l)... étant entré à Râjagrha, résidait à Venuvana, dans l’enclos du Kalandaka.
Or, en ce temps-là, entre Râjagrha et Venuvana, il y avait cinq cents Prêtas semblables à des troncs embrasés, nus, couverts (seulement) par leur chevelure : leur ventre ressemblait à une montagne, leur bouche au trou d’une aiguille ; ils brûlaient, ils flambaient, ils étaient tout enflammés, ils n’étaient qu’une seule flamme. Ils poussaient des cris de détresse éprouvaient des sensations douloureuses, aiguës, brûlantes, pénibles, désagréables ; ils circulaient dans l’air comme un tourbillon de vent ^ et ne prenaient place nulle part.
Cependant, l’iVyusmat Maudgalyâyana, s’étant levé de bon matin et ayant pris son vase et son manteau, se dirigeait vers Râjagrha pour y mendier. 11 aperçut les Prêtas ; ceux- ci, de leur côté, remarquèrent l’Âyusmat Mahâ- Maudgalyayâna. Alors, formant une seule et même troupe, ils s’approchèrent de l’Âyusmat Mahâ-Maudgalyâyana ; quand ils furent près de lui, ils lui dirent tous d’une même voix lamentable, désolée, suppliante : Vénérable Maudgalyâyana, nous fûmes cinq cents Çresthîs à Râjagrha ; mais nous étions égoïstes et ladres. Pourvus de tout le nécessaire, jamais nous ne faisions de dons, ni d’offrandes, et quand d’autres distribuaient leurs dons et offrandes, nous en étions malades^ et nous interpellions beaucoup de ceux auxquels les dons étaient dus (daxinîyas) en les traitant de Prêtas. « On dirait que vous êtes nés parmi les Prêtas, (leur disions-nous), à vous voir ainsi prendre vos aliments dans les maisons d’autrui. » Et nous, après notre mort, nous sommes nés parmi des Prêtas de cette espèce (que tu vois). Vénérable Maudgalyâyana, fais connaitre à (ceux de) nos parents qui habitent Râjagrha le fruit aue nous avons obtenu pour nos actes ; demande-leur un
‘ Avarttasva7\im, « voix qui attire, qui fait venir, cri d'appel » ; nains thag-pa, le mot tibétain répondant à àvartta, exprime « la souffrance, la misère ».
2 Vâyumandalavat, « comme un cercle de vent ». Ce que le tibétain rend ainsi : Mra hhyus (« par une troupe de faucons ») ; Idin-va (volant); vjin-du (« comme »).
3 Vikrtâ ; en tibétain vgegs-byas^so {«. nous étions comme possédés d’un mauvais esprit »).
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don spontané (on intentionnel) ^ de libéralité, obtiens d’eux qu’ils nourrissent la confrérie des Bliixus, le Buddha en tête, et fais-leur faire en notre nom une manifestation de bienfaisance, afin que nous soyons délivrés de cette matrice de Prêtas. L’ Ày usinât Maliâ-Maudgalyâyana accueillit par son silence la demande des Prêtas.
Ensuite, sur la demande d’un don spontané (ou intentionnel) adressée aux parents, de maison en maison, par rÂyusinat Maliâ-Maudgalyâyana, la confrérie des Bhixus, avec le Buddha en tête, fut invitée au repas du lendemain. On en informa les Prêtas : « Pour demain, (leur fut-il dit), Bhagavat avec la confrérie des Bhixus a été invité au repas ; il faut que vous y veniez. » On en informa aussi les parents, en disant : « Il faut que Vos Excellences y aillent; là, dans le festin (offert) par les parents, nous verrons les Prêtas. » Puis l’Ay usinât Mahâ-Maudgalyàyana lui-même se disposa à faire les apprêts du festin.
Or, les aliments étant prêts, aux premières lueurs de l’aurore, quand fut venue l’heure de donner le signal au son de la cloche on ne vit point les Prêtas. Alors rÂyusinat Mahà-Maudgalyâ^ ana, avec son œil divin, se mit à chercher les Prêtas ; mais dans aucune portion de la région du Magadha, il ne parvint à les découvrir ; si bien que, par degrés, il en vint à contempler les quatre continents : là même il ne les aperçut pas ; il alla donc jusqu’à appliquer la vue de la connaissance (jnanadarçanam) , puis il se mit à contempler (le monde) ; même ainsi, il ne les aperçut point. Alors l’.Vyusmat Mahâ-Maudgalyâyana tout troublé vint le faire savoir à Bhagavat : « Bhagavat, dit-il, les seigneurs du don^ ne paraissent pas. » Bhagavat dit ; « Ne sois pas abattu pour cela, Maudgalyàyana ; les éléments du monde dépassent le domaine de tous les Çrâvakas et Pratyêkabuddhas, ils sont incommensurables ; ils sont mis en mouvement par le vent des actes (ou du Karma). Hé bien ! Maudgalyàyana, vois aujourd’hui la force du Tathâgata ; je vais te faire voir dans tout son développement la connaissance de celui qui sait tout ; je te montrerai les transformations prestigieuses (qu’opère) le Tathâgata :
1 Chandaka-hhixanam krtvà que le tibétain rend par dad-pa dris-te, « ayant demandé la foi » (un acte de) foi.
* Gandideqahàle, rendu en tibétain par gdugs-tsod (Pheure du repas) ; plus loin le mot gandi est transcrit.
3 Ddnapati,
AVADÂNA-ÇATAKA V, 5, (45)
qu’on sonne la cloche ! » Alors, au son de la cloche, la confrérie entière des Bhixus se rassemble, les parents des Prêtas et d’autres curieux arrivent j il y eut un (grand) rassemblement d’êtres pleins d’entrain pour voir les Prêtas.
Alors Bhagavat, au moyen de sa puissance surnaturelle, fit voir (ce prodige) que les Prêtas regardèrent manger le bienheureux Buddha avec la confrérie de ses auditeurs et recouvrèrent la mémoire : « C’est à cause de nous ^ (se dirent-ils), que nos parents nourrissent ainsi la confrérie des Bhixus avec le Buddha en tête. » Alors Bhagavat, avec sa voix aux cinq modulations, fit une leçon sur le festin d’aumône (daocinâ) :
Que les mérites dérivant du don fait ici atteignent ces Prêtas !
Que ceux-ci sortent promptement du monde effrayant des Prêtas !
dit-il, et s’appuyant sur ce texte, il fit une démonstration de la loi en rapport avec ce sujet, de sorte que, après l’avoir entendue, plusieurs centaines de milliers d’êtres, repoussant loin d’eux la souillure de l’égoïsme, eurent la vue de la vérité.
Après s’être réjouis dans leurs esprits en Bhagavat, ces Prêtas moururent et renaquirent dans la région pure des dieux Trayastrimçat.
Or, c’est la règle (13)... Renaissance chez les dieux et visite au Buddha... ces fils de dieux, anciens Prêtas, s’assirent en présence de Bhagavat pour entendre la loi.
Alors Bhagavat, connaissant à fond les dispositions, les tendances morales, les éléments et la nature intime de ces fils de dieux autrefois Prêtas, fit un autre exposé de la loi tel que, après l’avoir entendu, ces fils de dieux, anciens Prêtas, obtinrent (la) grande prééminence (mahân viçesa :) .'EiWx donc, comme des marchands qui ont fait des bénéfices, firent trois fois le pradaxina autour de Bhagavat et disparurent à l’instant même.
Alors Bhagavat interpella l’Ayusmat Mahâ-Maudgalyâyana : Bien, bien ! Maudgalyàyana ; elle a porté son fruit, ta tentative de conversion; tu as complètement réussi en portant ta faveur sur ces dieux Prêtas. Car, cette nuit, ils sont venus en ma présence ; je leur ai enseigné la loi, et ils sont partis après avoir atteint le sommet, après avoir obtenu le gain.
1 Le manuscrit sanskrit a yusmad « vous » ; le tibétain vdag-cag « nous ». Ann. g. — XIX
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Alors rÂyusinat Maliâ-Maudgalyâyana le fit savoir aux parents. Ceux-ci, à cette nouvelle, furent dans un suprême étonnement; ils se réjouirent dans leurs esprits en présence de Bhagavat et lui rendirent hommage plus que jamais.
En conséquence, Mâudgalyâyana, il te faut renoncer à l’égoïsme et faire de grands efforts pour ne pas commettre des fautes comme celles de ces Prêtas.
Ainsi parla Bhagavat ; l’Âyusmat Mahâ -Maudgalyâyana, etc.