‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 93 sur 167 · UTTARA · texte numérisé non relu

UTTARA

Le hienheureuxBuddha (1)... étant entré à Ràjagrha, résidait à Venuvana dans l’enclos du Kalandaka.

Or, il y avait à Ràjagrha un Çrêsthî riche (9)... Homme riche... Il épousa une femme de même tribu que lui (C)... Mariage fécond; naissance d’un fils. Les parents dirent : Puisqu’il est né sous le Naxatra Uttara, que son nom soit Uttara. L’enfant Uttara fut élevé, se développa et devint grand. Or, son père mourut et Uttara devint le maître dans la maison. Il établit une boutique, acheta et vendit ; c’est en achetant et vendant qu’il gagnait sa vie. Les jours se succédant, il lui arriva de se rendre en présence de Bhagavat : la vue de Bhagavat, l’audition de la bonne loi lui inspirèrent de bonnes dispositions ‘ pour l’enseignement de Bhagavat ; la pensée de s’y faire initier lui vint à l’esprit, et il en demanda l’autorisation à sa mère. « Mère, autorisemoi à me faire initier aux enseignements de Bhagavat. » La mère dit : «Mon fils, tu es mon unique enfant ; tant que je vivrai, il ne faut pas que tu te fasses initier : quand je serai morte, tu feras ce que (tu jugeras) devoir faire. »

Tout ce qu’Uttara gagnait, il le remettait à sa mère en lui disant : «Avec cela, fais des dons aux Çramanas, aux Brahmanes, aux misérables, aux mendiants. » Mais la mère, cupide, avare égoïste, incapable do lâcher ce qu’elle

I Prasâda, en tibétain dad-pa « la foi. •>

Le mot màtsavinl <jui semblerait devoir être le plus important n’est pas rendu dans le tibétain.

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tenait, cachait les pièces de monnaie, et quand desÇramanas, des Brahmanes, demandant une aumône, venaient à sa demeure, elle les injuriait en disant : « Vraiment, on dirait que vous êtes nés parmi les Prêtas ; vous ne mangez que ce que vous recevez dans les maisons des autres. » Puis elle trompait son fils en lui disant : « Aujourd’hui, j’ai donné à manger à tant de Bhixus. »

Enfin, elle mourut et renaquit parmi les Prêtas : quanta Uttara, n’ayant plus sa mère, il fit des dons, s’acquit des mérites, puis se fit initier à l’enseignement de Bhagavat. Ensuite à force d’application (23)... Arrinè à Vêlât d' Arhat... il obtint l’état d’Arhat.

Il s’était fait une hutte de feuillage sur la rive du Gange et s’y livrait à la contemplation (Dhyâna). Or, sa mère qui avait repris naissance parmi les Prêtas, nue, semblable à un tronc embrasé, couverte seulement de sa chevelure et de ses poils, avec une bouche semblable au trou d’une aiguille, un ventre semblable à une montagne, tout en feu, enflammée, ne formant qu’une

seule flamme, poussant des cris de douleur, s’avança vers l’Ayusmat Uttara, en sorte que l’Âyusmat Uttara l’aperçut et lui dit ; « Qui es-tu, toi qui es ainsi faite ? » La Prêtî répondit : « Je suis ta mère chérie, de qui tu as reçu la naissance, mon fils. Je suis allée chez les Prêtas, privée de nourriture et de breuvage; depuis vingt-cinq ans que je suis morte, je ne sais plus ce que c’est que l’eau potable, à plus forte raison (ce que c’est que) de voir de la nourriture. Vais-je vers des arbres chargés de fruits, ils deviennent privés de fruits ; vais-je vers des étangs pleins (d’eau), ils se trouvent secs (à l’instant). Il fait bon au pied de l’arbre du vénérable, elle est fraîche l’eau de son vase; sois compatissant, car je suis bien misérable ; donne-moi de l’eau, car je suis tourmentée par la soif. »

Alors Uttara dit à sa mère : « Mère, est-ce que, autrefois, quand tu étais homme *, tu ne faisais pas de dons et ne t’acquérais pas de mérites ? » La Prêtî dit : « Non, mon fils, j’étais livrée à l’avarice, je ne faisais pas de dons, je ne m’acquérais pas de mérites ; tout ce qui était propre à cet objet, je l’enfouissais profondément, animée que j’étais d’un mauvais esprit. Et maintenant, mon fils, va chez nos parents, fais-leur la demande d’un don intentionnel; fais- leur donner, en mon nom, un repas à la confrérie des Bhixus avec le

I Manusyahhûtayâ, tib. Mir gyur-pai ts'e.

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Buddha en tètD ; décide-los à faire la manifestation d’un don- lucratif (daxinâ), fais -leur faire (cette) manifestation ; peut-être alors serai-je affranchie de la matrice des Prêtas. »

Uttara répondit : « Qu’ainsi soit, mère ; mais (il faut) quelque chose de plus : il faut que toi-même tu te tiennes près du Buddha. » — « Soit, reprit la Prêtî, j’irai. »

Alors Uttara étant allé dans les maisons des parents et ayant fait la demande d’un don intentionnel, la confrérie des Bhixus, avec le Buddha en tête, fut invitée au repas du lendemain. A l’heure du son de la cloche, la confrérie des Bhixus se rassembla et la Prêtî se tint près du Buddha. Le désir de voir la Prêtî amena la réunion (en ce lieu) de plusieurs centaines de milliers d’êtres. Ceux-ci, en voyant la difformité de la Prêtî, furent dans une extrême émotion et inclinèrent leurs pensées en faveur de Bhagavat.

Puis l’Âyusmat Uttara, après avoir rassasié d’aliments purs la confrérie des Bhixus, avec le Buddha en tête, fît, au nom de la Preti, une explication sur le don lucratif, et Bhagavat, à son tour, avec sa voix aux cinq modulations, fît à son tour une explication sur le don lucratif :

Oui, dit-il, que les mérites qui dérivent de ce don aillent à cette Prêtî ;

Qu’elle sorte promptement du monde effrayant des Prêtas !

Ensuite Bhagavat, s’appuyant sur ce texte, fit un enseignement sur la loi approprié à la circonstance, si bien que, après l’avoir entendu, plusieurs centaines de milliers d’êtres eurent la vue de la vérité, et elle, étant morte dans de bonnes dispositions d’esprit, renaquit chez les Prêtamaharddhikas (Prêtas à grande puissance surnaturelle).

L’Ayusmat Uttara avait compris qu’elle avait repris naissance chez les Prêtamaharddhikas. Aussi l’Ay usinât Uttara dit : « Mère, (si) tu en as maintenant le pouvoir, fais des dons, répands-les en abondance. La Prêtamaharddhikâ répondit : « Je ne puis, mon fils, je n’ai nul entrain pour le don. » Alors l’Ayusmat Uttara dit à la Prêtamaharddhikâ :

Aujourd’hui même, ton corps agrandi, mais décharné, n’a que la peau et les os,

parce que, ayant les yeux voilés par les ténèbres de la cupidité, tu l’as fait retourner dans le monde des Prêtas.

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Il la réprimanda ainsi fortement. Plus tard, rAyusmat Uttara acquit une paire de vêtements eu coton \ il la donna à la confrérie ; le Bhixu qui cri fit l’emplette, (et la reçut) du sein de la confrérie, la remit à son novice^; mais cette Prêtî, étant venue de nuit, la vola. Alors le Bhixu en informa l’Ajusmat Uttara qui alla trouver la Prêtî, la réprimanda, reprit cette (paire de vêtements) et (la) rendit. Trois fois de suite, elle fut volée au Bhixu, reprise et rendue par l’Ayusmat Uttara. Enfin, le Bhixu la découpa et la cousit au tapis pour la confrérie des Bhixus des quatre régions (?) ^ ; la (Prêti) ne vola plus la (paire de vêtements).

Eh bien ! En voyant combien l’égoïsme rend les êtres ridicules, il faut profondément méditer sur le renoncement à l’égoïsme ; alors il n’y aura pas de fautes comme celles de cette Prêtî.

Ainsi parla Bhagavat ; les Bbixus remplis de joie et les autres, Devas, etc.

Rapprochements et remarques ’

I. Le vingt-deuxième récit du Pêta-Vatthu pâli intitulé Uttara-mâtu, correspond à celui qu’on vient de lire malgré de très grandes différences. Le Buddha n’y figure pas et ne peut y figurer : la scène se passe après le Nirvana. Uttara, héros du récit, n’est pas le sthavira Uttara ; et le sthavira qui y joue un rôle est Révata. Du reste voici l’histoire.

Un des ministres du roi Udena étant mort, le roi donna de grandes fonctions au fils du défunt, nommé Uttara. Celui-ci, étant sorti de la ville pour affaire, aperçoit Mahà- Katyâyana ; sa curiosité est excitée, il écoute son enseignement et invite les Sthaviras à déjeuner pour le lendemain. La réception faite aux Sthaviras est magnifique; Uttara les reconduit et les prie de revenir. Tous les parents d’Uttara, dociles à ses leçons, acceptent volontiers ces relations ; mais sa mère se fâche et fait des imprécations contre son fils : elle lui souhaite de n’avoir dans l’autre monde que du sang pour nourriture et pour breuvage, parce qu’il donne à boire et à manger aux Gramanas ; tout ce qu’elle veut bien leur donner, c’est une queue de paon au grand jour de fête. Elle mourut et renaquit prêti. Sa queue de paon lui valut des cheveux noirs, gras, tortus, fins et long si elle en était couverle. Par suite de son souhait, l’eau se changeait en sang devant elle, a soif la dévorait. Ses souffrances durèrent cinquante-cinq ans : enfin elle rencontra Rêvata qui la questionna, et à qui elle raconta son histoire. Rèvata donna, en son nom;

i Yamanî plus loin yamanalî, traduit en tibétain par ras zuû.

* Mânavakai (ou kê) sthâpitâ; le tibétain dit ; « gos-kyi gdaâ-la vjag-go » (la mit dans le vestiaire).

3 Bhixanà sâ pâtagitvâ câturdiçâga bhixusaâghâga vilêpani/iâgâm sîvitâ. Le tibétain répondant à vilêpaniküyâm (dont je ne puis rendre compte) est stan-la, « au tapis ».

aux Bhixus, de l’eau, des aumônes recueillies par lui, et des vêtements composés de loques ramassées dans les tas d’ordures. — Laprêti obtint alors des « acquisitions divines » de vint ensuite trouver le Sthavirapour lui montrer ce qu’elle avait obtenu. Le Sthavira fit à cette occasion une importante leçon sur le don et les Pâramitâs. — Les «acquisitions divines » dont il est question et que la Prêt! vient montrer au Sthavira correspondent à l’épisode sanskrit de la Prétî renaissant chez les Prêtamaharddhikas .

IL II y a dans l’Apadâna un texte relatif au Sthavira XJttara ; il n’a guère d’autre rapport avec notre texte que le nom du personnage. Uttara, étant crocodile de la rivière Candrabhâgâ, eut le privilège de la faire traverser à celui qui devait être Siddhârtha; il renaquit chez les dieux en qualité d’Indra et exerça trois fois la souveraineté l’un Cakravartin sur la terre. Finalement, il avait aequis toutes les perfections que peut acquérir un disciple du Buddha. — C’est lui-même qui raconte en vers cette histoire, dans le texte de l’Apadâna ; nous n’avons pas le commentaire de ce recueil.

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