JÀTYANDHA
— Aveugle de naissance —
Le bienheureux Buddha (1)... résidait à Çrâvastî, à Jêtavana, dans le jardin d’Anathapindada.
Or, l’Ayusmat Nandaka s’étant levé de bon matin, ayant pris son vase et son manteau, alla à Çrâvasti pour les aumônes ; après quoi il fit son repas. Le repas et la collecte des aumônes terminés, il se mit en route. Ayant donc repris son vase et son manteau, il alla faire une promenade chez les Prêtas.
L’Âyusmat Nandaka aperçut une Prétî semblable à un tronc qui se consumait, aveugle de naissance, couverte de ses propres cheveux (et de ses propres) poils, avec une bouche telle que le trou d’une aiguille, un ventre comme une montagne, puante, semblable à (l’habitante d’) un cimetière, déchirée par des corbeaux, des vautours, des chiens, des chacals qui, s’élançant contre elle de tous côtés, sM'"cant encore, dévorent sa chair. Sous le coup de sensations internes elle pousse des cris de détresse, éprouvant une sensation douloureuse, aiguë, cuisante, pénible, désagréable.
L’Ayusmat Nandaka, tout ému, demande : « Ma sœur, quel mal as-tu fait pour subir une telle douleur ? » La Prétî répondit : « Quand le soleil est levé,
‘ Marmavedanâ.
AVADÂNA-GATAKA V, 7, (47)
certes, point n’est besoin de lampe. Questionne Bhagavat sur ce sujet, il t’expliquera ce que nos actes nous ont valu. Après l’avoir entendu, d’autres êtres aussi s’abstiendront peut-être du mal.
Alors l’Âyusmat Nandaka se rendit au lieu où était Bhagavat. Or, à ce moment -là, Bhagavat... (iTiême développement qu'aux récits 1, 2, 3, 4)^.
Alors Bhagavat dit à Nandaka : « Viens, Nandaka, sois le bienvenu ; d’où viens-tu maintenant, Nandaka? » Nandaka répondit : « Je viens, ô vénérable, d’une promenade chez les Prêtas, et là, j’ai vu une Prêtî semblable à un tronc, etc. . . » Et il dit (encore) : « Elle a la gorge desséchée, etc. » Quel péché si terrible a-t-elle commis dans le monde des mortels pour endurer une douleur pareille qui fait frissonner ?
Bhagavat dit : « C’est une pécheresse, Nandaka, que cette Prêti ; tu désires entendre l’acte dont elle recueille fruit ?» — « Oui, vénérable. » — « Eh bien ! Nandaka, écoute et mets-le bien et dûment dans ton esprit ; je vais parler. Autrefois, Nandaka, dans le même Bhadrakalpa où nous sommes, quand les créatures vivaient vingt mille ans, le parfait et accompli Buddha Kâçjapa (14)... Apparition d'un ancien Buddha..., parut dans le monde; étant entré dans la ville de Vârânasî, il résidait à Rsipatana, dans le Mrgadâva.
Or, il y avait à Bénarès une fille de Gresthî qui avait un vif désir de la loi. Ayant entendu la loi, elle en arriva à voir les défauts du Samsara, à voir les qualités du Nirvana. Ayant donc obtenu la permission de ses père et mère, elle se fit initier à renseignement de Bhagavat. A cause d’elle, des membres de sa famille firent faire une habitation pour la saison des pluies, à l’usage des Bhixunîs. Elle demeurait avec des Bhixuuîs, (les unes) instruites, (les autres) ignorantes. Mais, par négligence, elle en vint à se relâcher dans son enseignement, en sorte que les Bhixunis la chassèrent en la traitant d’« immorale ». Alors elle se mit à leur retrancher^ les offrandes intentionnelles qu’on leur destinait dans les maisons des Seigneurs du don et à déblatérer contre les (Bhixunîs) instruites et les (Bhixunîs) ignorantes. Aussi, les Bhixus qui étaient doués de moralité, fermaient les yeux en l’apercevant.
Que penses-tu, Nandaka ? Celle qui fut la fille du Gresthî, c’est précisément cette Prètî.
1 Voir ci-dessus page 16i, note 3, et pages 169, 172, 173.
Mot omis dans le sanskrit : le tibétain à gcod-du vcug.
ANNALES DU MUSEE GUIMET
C’est pour s’être livrée à l’avarice * dans la résidence de la saison des pluies qu’elle a repris naissance parmi les Prêtas.
C’est parce qu’elle a retranché la permanence (des dons) ^ qu’elle est harcelée par les corbeaux, les vautours, les chiens^.
C’est parce qu’elle a déblatéré contre les Bhixunîs instruites et les (Bhixunîs) ignorantes, qu’une mauvaise odeur s’est attachée à sa personne.
C’est parce qu’elle obligeait les Bhixus vertueux à fermer les jeux en la voyant qu’elle est née aveugle.
Ainsi, Nandaka, les actions complètement noires (5)... Actes blancs et actes noirs.
Voilà, Nandaka, ce qu’il te faut apprendre.
Pendant que cette explication de la loi était prononcée, cent milliers de créatures eurent la vue de la vérité.
Alors Bhagavat s’adressa aux Bhixus ; Ceux-ci et d’autres, leur dit-il, ont reconnu qu’il n’y a que calamité dans l’avarice et les mauvaises paroles [et ont renoncé à l’avarice et aux mauvaises paroles]’*. Il faut donc lutter pour renoncer à l’avarice et aux mauvaises paroles. Voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.
Ainsi parla Bhagavat; les Bixus transportés de joie et les autres dieux, etc.