‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 95 sur 167 · LE ÇRÈSTHI · texte numérisé non relu

LE ÇRÈSTHI

Le bienheureux Buddha (1)..., résidait à Grâvastî, à Jètavana, dans le jardin d’Anâthapindada.

Or, il y avait à Çrâvasü' un homme riche (9)...

Plus tard, il sortit pour se rendre à Jètavana; il y vit le bienheureux Buddha (1)... Description physique du Buddha...

A cette vue, il salua les pieds de Bhagavat et s’assit devant lui pour enten-

1 Plus haut, on lui reproche la « négligence » (pramàda); ici « l’avarice » (màtmrya) ÿ doute parce qu’elle n’a pas voulu faire part à d'autres de sa science.

* Naityakasamuccheda : en tibétain nar-mavoad-pa. On pourrait encore traduire; «parce qu’elle a refusé constamment (ce qu’elle devait) ».

3 Le tibétain ajoute : « les renards ».

^ Manque dans le sanskrit, par inadvertance du copiste.

avadAna-çataka V, 8, (48)

dre la loi. Bliagavat lui donna un enseignement sur la loi propre à enlever les passions du Samsara j si bien que, après l’avoir entendu, il vit les défauts du Samsara, il vit les qualités (qui sont) dans le Nirvana et se fit initier à l’enseignement de Bhagavat. Une fois qu’il fut initié, il devint illustre, grand par ses mérites, comblé de vêtements, aliments, lits, remèdes (contre la fatigue), médicaments, d’un appareil (complet). Une fois qu’il tenait tous ces objets, il accumulait les dons qu’il avait reçus sans en donner une part à ses collègues dans l’exercice de la pureté. Grâce à cette avarice qu’il cultivait avec soin, qu’il développait, qu’il multipliait, ses possessions s’accrurent notablement. 11 mourut et renaquit dans sa propre demeure au sein (de la race) des Prêtas.

Alors ses collègues dans l’exercice de la pureté, ayant fait retentir la cloche funèbre firent porter le corps au dehors; puis, après avoir rendu au corps les honneurs qui lui sont dûs, ils rentrèrent au Vihâra. Ayant ouvert la porte de sa cellule, ils se préparaient à reprendre (pour les distribuer de nouveau) son vase et son manteau, quand ils voient le Prêta avec des pieds, des mains, des yeux difformes, et un corps objet de suprême dégoût, qui se tient là muni de son vase et de son manteau. A ce spectacle hideux, les Bhixus bouleversés en informèrent Bhagavat; et Bhagavat, pour procurer le bien de ce fils de famille, pour effrayer (salutairement) la troupe de ses disciples, et pour faire voir les fruits peu dignes d’envie de l’avarice, entouré d’une troupe de Bhixus, suivi de la confrérie des Bhixus, se rendit en ce lieu.

Alors il vit le bienheureux Buddha(16).. . Description phijsique du Buddha... Dès qu’il le vit, il éprouva de bonnes dispositions envers Bhagavat et eut honte (de sa conduite passée). Alors Bhagavat, de sa voix (semblable à celle) d’un tambour, grave comme le bruit du nuage (orageux et) plein d’eau, réprimanda le Prêta. « Quand tu avais une mine de félicité, c’est pour ta propre ruine que tu acquérais vases et vêtements ; c’est pour cela que tu as repris naissance parmi les Prêtas. Hé bien ! produis dans ton cœur de bonnes dispositions à mon égard, détache ton cœur de cet appareil; sinon en mourant, tu renaîtras dans les Narakas. » 11 dit, et le Prêta, se défaisant de son vase

* La dernière(?) cloclie mundikâmgandijmrùhaiya ; le tibétaÎD qui transcrit gangi rend mundihâm (rasé) par mdjvg-med-pa, « sans queue» ou « sans suite ».

2 AJâhaiva..., tibétain : Icgs-so, « c'est bien ! tu renaîtras... » ; ce qui ne se comprend guère.

Ann. g. — XIX 24

ANNALES DU MUSEE GUIMET

et de son manteau au milieu de la confrérie, tomba aux pieds de Bhagavat et confessa ses transgressions. '

Alors Bhagavat indiqua un don expiatoire ‘ au nom du Prêta ; puis il dit

Que le mérite dérivant de (ce) don vienne au Prêta !

Que ce (Prêta) sorte promptement du monde effrayant des Prêtas !

Ensuite ce Prêta, ayant créé dans son cœur de bonnes dispositions envers Bhagavat, mourut et reprit naissance parmi les Prêtamaharddhikas.

Ensuite le Prêtamaharddhika, portant des pendants d’oreilles mobiles et irréprochables, les membres ornés de guirlandes de perles et de guirlandes à soixante-quatre fils, ayant sur la tête un diadème formé de perles et de joyaux divers, le corps tout frotté de safran, de feuilles de Tamâla, de Sprikkâ, ayant cette nuit même rempli son giron de (Heurs) divines de lotus, de lotus rouges, de lotus bleus, de lotus blancs, de Mandârava, et éclairant tout Jêtavana^ de sa splendeur, couvrit Bhagavat de fleurs et s’assit devant Bhagavat pour entendre la loi. Bhagavat lui fit un enseignement de la loi approprié à sa situation; et, après l’avoir entendu, il éprouva de bonnes dispositions envers Bhagavat, puis s’en alla.

Du commencement à la fin de la nuit^ les Bhixus s’étaient tenus éveillés, s’appliquant à l’imion intime Ils avaient aperçu en présence de Bhagavat une magnifique clarté. Cette vue leur avait causé un doute; et ils questionnèrent Bhagavat^ : « Bhagavat, est-ce que cette nuit, Brahmâ, le maître du monde, Çakra le roi des dieux, les quatre gardiens du monde sont venus voir Bhagavat ?

Bhagavat répondit ; « Non, Bhixus, ni Brahmâ le maître du monde, ni Çakra le roi des dieux, ni même les quatre gardiens du monde ne sont venus me voir. C’est ce Prêta qui après être mort a repris naissance parmi les Prêtamaharddhikas, c’est lui qui est venu cette nuit en ma présence®.

1 Daxi'nÂ, tib. yon-gyi rahs.

* Le tibétain dit : Venuvana.

3 Pûrvaràtropararàtram. Le tibétain dit simplement : « à l’aurore ».

Yo^rrt rendu en tibétain par vj'tson, traduction ordinaire de (héroïsme).

5 Le tibétain dit ; le bienheureux Buddha.

^ Ce développement se retrouvera plusieurs fois, et nous ne le donnerons plus dans son entier. Nous renverrons ici chaque fois qu'il se présentera.

AV ADÀNA-ÇATAKA V, !) , (49)

En conséqucnco, Bhixus, il faut s’évertuer pour renoncer à l’avarice; alors on n’aura pas les torts qu’a eus ce Çrestliî devenu Prêta; voilà, Bhixus, ce qu’il vous faut apprendre.

Ainsi parla Bhagavat; les Bhixus ravis et les autres, Dêvas, etc.

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