‹ Avadâna-C̦atakaChapitre 96 sur 167 · PUTRA · texte numérisé non relu

PUTRA

— Les enfants —

Le bienheureux Buddha (1). . s’étant rendu à Râjagrha, résidait à Venuvana dans l’enclos du Kalandaka.

Cependant l'ajusmat Nâlada, s’étant levé de bon matin et ayant pris son vase et son manteau, entra dans Râjagrha pour les aumônes. Après avoir circulé dansRajagrha pour les aumônes, il fit son repas; puis, la question du repas et des aumônes réglée, il se mit en route. Ayant repris son vase et son manteau, il s’en alla faire une promenade parmi les Prêtas.

Aux abords de. la montagne du Pic des Vautours, il aperçut une Prêt! semblable à une Râxasî de Yama, couverte de gouttes de sang, tout entourée de squelettes, comme si elle était au milieu d’un cimetière. Nuit et jour elle accouche de cinq enfants, et telle est la douleur qu’elle éprouve que, malgré toute sa tendresse maternelle, la faim la contraint de manger ses enfants.

Alors le Sthavira Nâlada lui demanda : « Quel mal as- tu fait pour subir une telle douleur ?» — La Prêtî répondit : « Certes, quand le soleil est levé, point n’est besoin de lampe. Questionne Bhagavat sur ce sujet, il t’expliquera avec autorité l’acte dont nous recueillons le fruit. En l’entendant raconter, d’autres êtres aussi s’abstiendront des actions méchantes. »

L’âyusmat Nâlada se rendit au lieu où était Bhagavat. En ce moment Bhagâvat... (Même dèvelo'ppement que dam les récits précédents)^...

Alors Bhagavat interpella l’Ayusmat Nâlada: «Viens, Nâlada, sois le bienvenu; d’où viens-tu, maintenant? » Nâlada repartit : « Je viens, ô vénérable, d’une promenade chez les Prêtas ; j’y ai vu une Prêti semblable à une

* Voir ci-dessus page 164, note 3, et pages 169, 172, 173, 183.

ANNALES DU MUSEE OUIMET

Ràxasî de Yaraa, etc..., et elle m’a dit : Je dévore cinq enfants pendant la nuit; pendant le jour j’en dévore cinq autres, après leur avoir donné le jour, et jamais je n’en suis rassasiée. Quel terrible péché a-t-elle commis dans le monde des mortels pour endurer de telles douleurs, (des douleurs aussi) épouvantables ? »

Bhagavat reprit : « C’est une pécheresse, Nâlada, que cette Prêtî ; tu désires entendre (raconter) l’acte qui lui vaut ce salaire? » — « Oui, vénérable. » — « Eh ! bien, Nâlada, écoute et tîxe-le bien et dûment dans ton esprit ; je vais parler.

Autrefois, Nâlada, dans la voie du passé, il y avait dans la ville de Bénarès, un Gresthî riche (9).,. Homme riche .. . Il épousa une femme (6)... Mariage stérile. . . Moyen (T obtenir des enfants ^ .

C’est ainsi qu’il était tout entier aux invocations. Mais il ne naissait ni fils, ni fille. Alors cette idée lui vint ; « Je prendrai une deuxième épouse; peutêtre deviendra-t-elle enceinte » . Il épousa donc une deuxième femme de même tribu que lui (&)... Mariage fécond... Au bout d’un certain temps, elle se trouva enceinte; transportée, ravie, elle en informe son seigneur (11)... Moyen d' obtenir des enfants^... on avait soin qu’aucun son désagréable n’arrivât à ses oreilles.

En la voyant honorée et traitée en favorite, l’ancienne maîtresse, la première épouse, fut en proie à la jalousie et se mit à réfléchir ainsi : « Si elle donne naissance à un fils, elle me suscitera des tourments ; c’est immanquable. Il faut donc absolument imaginer un moyen, un expédient. » Or, comme on dit, celui qui caresse (ses propres) désirs ne recule devant aucune mauvaise action. Se précipitant donc en aveugle dans l’abîme de la voie qui n’est pas désirable, elle commença par gagner la confiance (de sa rivale) ; elle lui donna une drogue abortive appropriée : la femme vertueuse ne l’eût pas plus tôt absorbée que son fœtus périt.

Alors, la deuxième épouse assembla toute sa parenté, et la première épouse fut appelée à comparaître en jugement : « Toi, lui dit-elle, après avoir gagné ma confiance, tu m’as donné une drogue abortive qui a fait périr mon fœtus. » Alors la première épouse se mit à faire un serment au milieu de la

* Première moitié du développement.

* Deuxième moitié du développement.

AVADÀNA-ÇATAKA V, 9, (49)

parenté : « Si j’ai fourni une drogue abortive, je veux être Prêtî et dévorer mes enfants à mesure qu’ils naissent. »

Que penses-tu, Nâlada? Celle qui fut l’épouse du Çrêsthî, c’est précisément cette Prêtî (dont tu parles) .

Parce que, cédant à la jalousie, elle a' donné un abortif, c’est à cause de cela qu’elle a repris naissance parmi les Prêtas ; parce qu’elle a fait un faux serment, par suite de la maturité de cet acte, elle mange nuit et jour les cinq enfants dont elle accouche.

En conséquence, Nâlada, il te faut faire des efforts pour renoncer aux péchés de parole, afin de n’avoir pas de torts comme ceux de cette Prêti. Voilà, Nâlada, ce qu’il te faut apprendre.

Ainsi parla Bhagavat ; l’Âyusmat Nâlada, transporté de joie ainsi que les autres, Devas, etc...

Rapprochements et rémarques

Le sixième récit du Pêta*Vatthu pâli (Pancakhâda) correspond à celui qu’on vient de lire. Gomme le précédent, il est conçu un peu différemment. Le Buddha n’j figure pas, si ce n’est à la fin pour donner une instruction à propos de ce qui est arrivé. La scène se passe entre la Prêti et les Sthaviras. Voici l’histoire :

Un propriétaire dont la femme était stérile est pressé par ses parents de prendre une autre femme. Il s’y refuse, mais sa femme elle même l’engage à prendre ce parti. 11 suit le conseil ; mais, quand la seconde femme est enceinte, la première épouse, dominée par la jalousie, la fait avorter. La victime révèle le fait à sa mère qui convoque les parents et fait comparaître la coupable. Celle-ci nie, puis prête un faux serment. Elle en est punie par une renaissance chez les Prêtas et un supplice qui, selon son propre souhait, consiste à enfanter, puis dévorer cinq enfants soir et matin et à être couverte de mouches puantes. Elle se montre aux Sthaviras ; Sangha l’interroge, elle lui apprend ce qui lui est arrivé et le prie d’aller trouver son ancien mari pour qu’il fasse des dons à la Confrérie, au nom et pour les mérites de la prêtî (Daxinâ). On suit ses instructions ; elle-même participe à ces dons, obtient « des acquisitions magnifiques » et va ensuite se montrer à son ancien mari.

Les Sthaviras vont raconter la chose au maître qui en prend sujet de faire une leçon très salutaire qu’on ne nous donne pas.

Le septième récit du Pêta-Vatthu (Sattakhâdaka) est calqué sur celui-ci : seulement, il s'agit d’une femme féconde et fière de ses deux enfants, qui, à cause de cela, méprisait son mari. Le mari épouse une seconde femme et, quand celle-ci est enceinte de trois mois, (celle du récit précédent ne l’était que de deux), elle la fait avorter. La mère de la

ANNALES DU MUSEE GUIMET

victime en est informée et l'histoire continue comme dans le récit précédent, si ce n’est que le nombre des enfants incessamment mis au monde et dévorés est de sept. Il n’est plus question des mouches.

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