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ET L ORDRE MORAL

S II

Action "de l'ordre moral sur les races royales de France,

L’enseignement est dans l’entrée et la sortie de la race mérovingienne,

Les Francs salions imposent, par la conquête, leur prédominence et leurs rois aux races de la Gaule romaine ; et, après deux siècles , ils subissent à leur tour la suprématie et la royauté d’une autre espèce d’invasion germanique de Francs austrasiens.

Le chef de la race chevelue, le Mérovingien Clovis, jette aux pierres des sépulcres une vingtaine de petits princes de sa famille pour se tailler dans |a Gaule un royaume plus grand, et ses derniers héritiers sont jetés, cadavres vivants, sans chevelure et sans pouvoir, aux pierres des cloîtres , pour livrer passage à une autre dynastie, qui, commençant aussi par les ardeurs de la conquête , finit aussi dans les impuissances de la fainéantise.

L’enseignement est le même dans l’entrée et la sortie de la race carolingienne.

Le père de Charlemagne dit au chef de l’Église de Home : « Lequel doit être roi , de celui qui en a le « pouvoir ou de celui-là qui n’en a que le titre? » Le pape Zacharie répond contre le fainéant Mérovingien Childéric II : « Le titre doit appartenir à celui-là

LA KOYAl'TK

qui a la puissance. » Conlre le dernier Carolingien, père de Louis V le Fainéant, il sera écrit aussi par Gerbert , le grand clerc dont le mérite brillait dans le monde entier, et qui devint pape sous le nom de Sylvestre II : « Lother est roi de nom , Hugues est roi « de fait. » Puis, en assemblée d’évêques et de grands , il sera posé en principe par l’évêque Adalbéron, contre la race de Charlemagne , cette maxime fondamentale de l’électivité de la couronne , mise en pratique par l’évêque Burkhard, contre la race de Clovis : « Le royaume ne s’acquiert point par. droit a héréditaire. »

L’enseignement est plus visible encore peut-être dans l’entrée et la sortie de la descendance de ce même Hugues, qui , élu roi par la maxime que « le « royaume ne s’acquiert point par droit héréditaire, » travailla , par lui-même et par ses descendants , à ce que, dans sa race, contrairement au principe de son élection , le royaume fût acquis par droit d’hérédité.

Cette royauté, en effet, a eu cette destinée que la fin .de chacune de ses trois grandes branches, — Capets, Valois et Bourbons , — est marquée par les trois règnes successifs de trois frères qui meurent sans héritiers directs , ou qui ne laissent que des enfants décrétés d’incapacité par la nature ou par la politique.

Dans ces trois derniers frères de la ligne directe des Capets : Louis X, Philippe V, Charles IV ; — dans ces trois derniers frères de la branche collatérale des Valois : François H, Charles IX, Henri III ; — dans ces

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trois derniers frères de la branche aînée des Bourbons : Louis XVI, Louis XVIII, Charles X; — dans ce vieil arbre capétien , trois fois desséché dans son tronc et dans ses branches; — dans ce triple épuisement d’une sève frappée trois fois d’infécondité par la politique ou par la nature, n’y aurait-il donc que des accidents, le hasard, la fatalité aveugle des anciens? Mais le hasard qui se reproduit trois fois, et qui , dans les signes de la fin des races , malgré la différence des temps, adopte ainsi l’uniformité, n’est point le hasard ; c’est de la régularité. Et si cette régularité n’est point de l’ordre, qu’est-ce donc, puisque l’ordre consiste précisément dans le maintien ou le retour des rapports des êtres et des choses dans leur esseuce , des droits dans leurs principes?

A l’heure où ces faits s’accomplissent, l’instinct des multitudes, qui n’est qu’un reflet mystérieux de la raison divine, ne se trompe point sur leur moralité ; et, bien des siècles encore après, l’histoire s’y arrête et en recueille l’expression. Pour elles, ces disparitions rapides de maisons royales ont « quelque chose de ter- « ribleel de providentiel. »

Sur cette lignée directe des Gapets, où, en quatorze années , le père et trois fils sont poussés à la tombe , l’un dans la force de l’âge, les trois autres dans la brillante fleur de leur jeunesse ; — sur cette branche des seconds Valois, greffée sur le double épuisement des Charles VIII et des Louis XII de la première , et dont les trois derniers descendants meurent , l’un

LA ROTAÜTÉ

après un an de règne , l'autre dans l’épouvante et les remords du sang qu’il a versé et qui l'étouffe, le dernier sous le couteau d’un moine fanatique; — sur cette maison de Bourbon où l’ordre lui-méme de la nature est interverti , qui se débat dans les turbulences de trois minorités , où les enfants régnent et meurent avant les pères, où les aïeuls n’ont pour héritiers que leurs petits-enfants, et où, quand l’échafaud et le poignard , le peuple et le régicide ont fait leur besogne de principes et de colères, les révolutions établissent comme un va-et-vient sur la route de l’exil pour extirper et balayer ce qui en reste; — sur ces trois races ainsi frappées et disparues, l’histoire est toujours prête à faire entendre, avec le peuple, le cri de la malédiction antique sur les races condamnées.

S III

L’ordre moral et la souveraineté de droit.

Il faut bien le reconnaître : puisque ce ne peut être le hasard, c’est l’ordre moral qui, à certains moments de la vie des sociétés, dispose les événements pour qu’une place vide soit faite à la liberté d’action que les peuples comme les hommes tiennent de leur nature. Que les hommes et les peuples en usent ou non, il n’importe : l’ordre moral n’en a pas moins fait sa pro-

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