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KT L’ÉTAT SOCIAL

§ III

L’ctat social sous l'usurpation des Capets.

L’usurpation de la royauté par Hugues Capet fut la consécration de la féodalité. Cette origine fit son impuissance.

Le caractère de cette royauté à titre de dignité , plus qu’à titre de pouvoir, est tout entier dans ces paroles échangées entre le roi-duc de France et le seigneur-comte de Périgueux : — « Qui t’a fait comte ? » dit le roi, qui auraitbien voulu donner à son pouvoir une origine et un droit qu’il n’avait pas. — « Qui t’a fait roi? » répond le comte, pour lui montrer que le pouvoir royal n’était supérieur au sien ni par l’origine ni par le droit.

Ils avaient raison l’un contre l’autre, jusqu’au jour où il devait venir quelqu’un qui, ayant raison contre tous les deux, dira à l’un : « Nul ne t’a fait roi; » à l’autre : « Nul ne t’a fait comte. »

Née des coutumes germaniques combinées avec les perversions de la clientèle romaine, durant les derniers siècles de l’empire ; — développée par les deux usurpations des Francs de Neustrie et des Francs d’Austrasie ; — sans constitution régulière, sans système arrêté, sans institutions fixes, s’étant faite elle-même au jour le jour, au cours fatal des besoins et des misères

LES USURPATIONS

des pauvres et des faibles, des ambitions et des cupidités des forts et des riches, la féodalité se déploya, dans toute l’anarchie de son triomphe, durant les deux premiers siècles de l’impuissance de la royauté des Capots.

Les cent États souverains dont la république féodale se composait, et dont huit étaient supérieurs aux autres, furent l’orbite où les possesseurs laïques de 70,000 fiefs, les détenteurs ecclésiastiques de 53,182 abbayes, monastères , cathédrales, églises, se livrèrent les uns contre les autres, et tous contre les vilains et les serfs, à toutes las passions rapaces , féroces et impudiques de la force brutale.

De là, pour servir à ces guerres confuses, multipliées, sans éclat et sans grandeur, ces constructions de châteaux, de forteresses, de donjons : informes et lourdes masses de pierres, jetées sur les hauteurs pour dominer les plaines, à l’entrée des défilés pour commander les montagnes, tour à tour asiles de sûreté ou repaires de brigandage. Les vautours féodaux , clercs ou laïques, s’élançaient de leurs cimes sur les routes et dans les champs pour piller les paysans, détrousser les voyageurs, rançonner les cités, vider une querelle, dévaster des forêts, brûler des moissons, abattre des tours, renverser des masures, décimer et enlever des populations, et changer la terre en désert de ronces.

De là, entre les barons et les clercs, par la nécessité où était chacun de se faire justice soi-même, cette

ex l’état social.

guerre de suprématie, qui, au moyen de la réunion du pouvoir spirituel et du -pouvoir temporel dans les mains des papes, jeta les fondements de la monarchie universelle de l’Église; fit du principe théocratique le principe d’unité du monde féodal ; précipita l’Europe sur l’Asie, sous prétexte de délivrance de la Terre- Sainte; rua les Francs des châteaux' du Nord contre les Romains des cités du Midi , sous prétexte d’extirpation de l’hérésie albigeoise; et enfanta ces longues luttes du Sacerdoce et de l’Empire, dont, malgré tant et de si radicales révolutions, le dernier mot n’a pas été dit, et qui, par des voies tortueuses et souterraines, agitent encore les sociétés et les gouvernements.

Mais voici que, près de s’éteindre , la race de Capet veut réagir contre son impuissance ; elle se lance dans des voies d’organisation et de coquineries administratives qui font presque regretter la brutalité et l’anarchie féodale. Alors, durant les quatre derniers règnes de la première branche de la troisième race, passent, comme des hontes et des vengeances ; — les exactions et les supplices de légistes bourgeois, de publicains rapaces, de pharisiens esclaves du texte de la loi et contempteurs de son esprit ; — les gouvernements de théoriciens ineptes et de ministres pervers de l’absolutisme et du fisc, ne proportionnant même pas les bénéfices du pouvoir à la misère des peuples; — les rois faux-monnayeurs et maltôtiers, qui mettent leurs vols sous la protection de la peine d'être, de corps et db biens, à leur merci, et qui se font

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