I.ES USURPATIONS
du meurtre juridique un système d’extorsions et de finances ; — les guerres politiques et sociales , et plus sociales encore que politiques, des Cottereaux , des Routiers, des Bâtards de Gascogne, bandes errantes et affamées, qui, ne voulant pas être échappées au servage des seigneurs de la terre pour tomber sous les privilèges des bourgeois des métiers, ne trou- . vaient rien de mieux , afin d’être les affranchis des métiers et de la terre, que de tenir la campagne et de mettre à sac les donjons des féodaux et les beffrois des communiers.
§ IV
L’état social sous l’usurpation des Valois.
L’usurpation qui greffa la lignée des Valois sur la branche usurpatrice des Capets ouvre un âge qui , bien que l’un des plus tumultueux de l’histoire , en a été l’un des plus stériles. L’humanité y rampe plus qu’elle ne marche, ne sachant où trouver une issue pour s’en aller des ténèbresdela foi, qu’elle n’a plus, aux lumières de la raison, qu’elle entrevoit à peine , et des langes de la servitude, qu’elle a brisés, aux droits féconds de la liberté, qu’elle n’a pas encore.
« C’est un temps sans caractère, a dit l’illustre « auteur de l 'Histoire de la Civilisation en Europe, « un temps oit la confusion va croissant , sans qu’on
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« en aperçoive les causes : temps de mouvement a sans directions, d’agitations sans résultats! —
« Royauté, noblesse, clergé, bourgeoisie, tous les « éléments de l’ordre social semblent tourner dans « le même cercle , également incapables de progrès « et de repos. On fait des tentatives de tout genre :
« toutes échouent. On tente d’asseoir les gouver- « nements,de fonderies libertés publiques; on tente « même des réformes religieuses : rien ne se fait, « rien n’aboutit. Si jamais le genre humain a paru a voué à une destinée agitée et pourtant stationa naire , à un travail sans relâche et pourtant stéa rile, c’est du quatorzième au seizième siècle que « telle est la physionomie de sa condition et de son a histoire. »
Mais ce temps eut un caractère encore plus marqué de châtiment et d’impuissance.
Ce fut un temps d’invasions triomphantes pour l’étranger , de captivité et de folie pour les rois, de déchirements et de hontes pour la noblesse, de révoltes et de défaites pour la bourgeoisie , de vengeances et d’exterminations pour le peuple. — Batailles de Crécy, de Poitiers, d’Azincourt; captivité du roi Jean; soulèvement des métiers dans les villes, maillotins et cabochiens; jacqueries des paysans dans les campagnes ; folie de Charles VI ; Armagnacs et Bourguignons; Isabeau de Bavière, l’inceste et l’adultère gouvernant et vendant la France; l’Anglais Henri V roi de Paris, et le Français Charles VII roi de Bour-
LGS USURPATIONS
ges; voilà les noms et les faits en lesquels se résume cette époque de Pusurpation des premiers Valois.
L’historien et le patriote n’y retrouvent quelque chose du génie de la France que dans l’héroïque et touchante image de Jeanne d’Arc, la fille du peuple, qu’abandonne au bûcher l’ingrate et lâche royauté qu’elle sauva.
L'état social sous les Bourbons héritiers de l'usurpation des
Valois.
La part de tyrannies , de misères , de griefs pupulaires, qui, dans l’influence des usurpations royales sur l’état social, revient aux seconds Valois et à la maison de Bourbon , jusqu’à la révolution de 1789, qui en fut le redressement et l’expiation , est écrite dans l’histoire , qui va suivre , de la liberté individuelle , de la liberté religieuse , de la liberté politique, contre lesquelles ces deux races furent en hostilité permanente. Pour les plébéiens, cette part est plus rudement écrite encore dans les entraves apportées à la liberté du travail et dans les attentats à la vie et à la propriété, dont , par les confiscations , par les taxes , par les corvées , par les impôts, parles banqueroutes, par les altérations des monnaies, par les accaparements des subsistances,
et l’état social.
les droits réputés sacrés étaient sans cesse foulés aux pieds, longtemps même après que, mise hors de page, la royauté n’eut plus pour excuse les désordres des temps féodaux.
$ VI
Dernier mot des usurpations royales.
L’action générale des usurpations royales sur l’état social se peut donc résumer à ces deux termes : anarchie et depotisme. — L’usurpation des Mérovingiens amena l’anarchie franco-romaine; cette anarchie aboutit au despotisme de Charlemagne. La réaction contre ce despotisme se traduisit, sous l’usurpation des Capets , en anarchie féodale ; et le temps écoulé de l’usurpation des Valois aux Bourbons ne fut qu’un long passage pour aller de toutes les anarchies à tous les despotismes.