I.A AoYACTÉ
des antipathies de son origine. Souveraineté de fait, elle avait été forcée , pour se poser en souveraineté de droit, d’abord de proclamer et de faire accepter comme maximes d’État la supériorité du droit politique sur le droit naturel, l’absorption nécessaire par le premier de tout ce qui émanait du second, et, ensuite, de placer toutes ces perversions de la logique et du droit humain sous la prédominance et l’incarnation en elle d’un droit antérieur, supérieur, auteur de tous les autres. Aussi , étant de Dieu , comme elle le prétendait, ne pouvait-elle reconnaître que des droits et des libertés dont elle faisait, à son gré constituant, l’octroi ou le retrait , sous peine , en contradiction et en lutte avec son essence, d’être divisée contre ellemême , de constituer une puissance en rivalité avec la enne , un État dans un État.
Si la royauté avait admis la liberté comme étant de droit naturel, la liberté eût existé d'elle-même, par elle-même, dans son unité comme dans toutes et chacune de ses parcelles. N’ayant rien reçu de personne, elle n’aurait eu rien à rendre à personne. Antérieure et supérieure à tout dans la société et dans l’État , elle aurait été la source de tout : — des droits, des institutions , des pouvoirs; elle aurait imprégné de son essence l’organisation de la société , les rouages de l’administration et le mécanisme du gouvernement. Il n’aurait plus dépendu de personne au monde de la décréter de vie ou de mort ; nul , en effet , ne peut donner ce qu’il n’a pas , ni reprendre ce qui est à un
ET LA LlEKRTÉ.
autre. Là liberté ainsi, C’eût été la société, C’eût été l’État, c’eût été l’humanité, ét, pér rapport à la rôyàtitéj Un droit naturel et absolu èn face d’un pouvoir relatif et politique.
Aidés la royauté de dfoit divin aurait nécessairement cessé d’exister.
Le privilège étant, au contraire, un droit pOtilique, la royauté n’èut qu’à voir dans la liberté üh droit politique pour en faire un privilège. Or le privilège, n’étant rien dé lui-tnême, ne vit que par Celui qui le crée ; qui l’enfanté peut le tuer, qui le donne pèut le reprendre.
C’est par là que s’explique la durée et que s’expliquerait encore la résurrection de la royauté de droit divin.
$ IV
lncètnpatibilité de coexistence entre la royauté et la liberté.
Voilà les causes, toutes simples, pour lesquelles les libertés , sans en excepter une seule , n’avaient jamais été en France que des privilèges par octroi ou tolérance de la royauté ; voilà pourquoi , durant tant de siècles, sans qu’il y ait eu péril pour la couronne, la couronne , acceptée comme elle l’était à titre de droit divin, a pu les donuer par mesure, les reprendre