I.a royaulé et la liberté lie l’homme
Origine du servage féodal.
Ce n’est pas à la royauté de la barbarie triomphante qu’il faut rattacher l’origine du servage qui fut la caractéristique de la féodalité ; la royauté franque le trouva dans les ruines du monde romain , où il fonctionnait depuis deux siècles, comme un progrès du christianisme sur l’esclavage païen , de la suprématie des classes affranchies sur le vieux patriciat.
Dans ce temps, en effet, les seigneurs et les serfs se montraient déjà sous l’enveloppe menteuse de l’ancienne dénomination de patrons et de clients , et nonseulement la chose , mais parfois le nom lui-môme apparaissait, a Le plus grand nombre des pauvres et « des malheureux, dit Salviende Marseille, dépouillés « de leurs biens par le brigandage des riches, de « leurs moyens d’existence par les exacteurs de « César, de leur héritage et de la dignité d’hommes
LA ROYAUTE
« libres , sont réduits à se vouer au joug des grands « et à l’abjection du colonat sur les terres des riches. « Mais un mal plus affreux vient encore s’ajouter à « ce mal : on les reçoit comme des aubains; bientôt, « par le fait môme de leur habitation , ils deviennent a des serfs attachés à la glèbe. Et de même que la « déesse malfaisante qui , dans la fable antique , avait « le pouvoir de changer les hommes en bêtes, de « même tous les hommes libres reçus à protection se « voient métamorphosés en esclaves par le breuvage « empoisonné de la Circé du patronage. »
Mais, si elle ne créa pas celte situation , la royauté la continua et en profita.
Le pouvoir social et protecteur qu’elle avait usurpé ne lui servit qu’à se faire sa part dans les développements successifs d’une société qui , durant tant de siècles , ne devait donner la vie et le travail qu’en retour de la dégradation et de la servitude.
Part bénéficiaire de la royauté dans le servage.
La part que la royauté se fit dans le servage fut même si grande, si vexatoire, si ruineuse, que, malgré toutes ses colères, tous ses édits contre les spoliateurs de biens, les robenrs de vie, les plagiaires de liberté ; malgré sa protection accordée à tout indi-