ET LA LIBERTÉ UE L'HOMME
vidu qui se recommandait , avec tout ce qui relevait de lui, pour entrer dans la Truste royale et dans le Mundeburd de la couronne, les hommes libres, les possesseurs aimèrent mieux se précipiter, eux, leurs familles, leurs biens, leurs serviteurs, comme dans un asile moins intolérable, sous la protection de ces Francs , de ces riches , dont la royauté s’efforçait cependant de refréner les vols, les meurtres et les asservissements.
La cause de cette répulsion, qui donnait plus de séduction à la servitude, à la mort même avec les seigneurs, qu’à la propriété, à la liberté et à la vie avec la royauté , était la continuation de la cause qui , depuis le troisième siècle, dans l’Empire, avait poussé les hommes les plus recommandables par leur naissance et par leur position à répudier le nom de citoyen romain, et à trouver plus tolérable la vie telle quelle, dont il leur était permis de vivre au milieu des Barbares. C’était, dans son ensemble et dans les infinies variétés de ses vexations , la perpétuité de l’impôt romain.
Quand, à la place d’une royauté protectrice, dont , pour les rallier à elle, les évêques leur avaient donné l’espérance, ils ne trouvèrent qu’une royauté qui, vivant des monstrueuses combinaisons fiscales de l’Empire, ne protégeait que l’ingénieuse et tyrannique milice des anciens collecteurs des Césars , les hommes libres, les possesseurs aimèrent mieux être les serfs des seigneurs, mais les affranchis du fisc,
LA ROYAUTÉ
que les hommes libres du roi , mais les serfs de l’impôt. C’est ainsi qu’avant la conquête, pour échapper aux servitudes fiscales, ils avaient préféré la servitude apparente avec les Barbares à l’apparente liberté romaine sous les Césars.
Ce furent donc bien les rois qui achevèrent de précipiter la société sur la pente effrénée où les grands , l’Église et la couronne lui servaient le breuvage empoisonné du patronage.
La souveraineté, la terre, l’individu, la liberté, le peuple en firent les frais.
La souveraineté dégénéra en suzeraineté; la propriété ne fut plus que le vol ; la personnalité disparut dans le vasselage ; et le peuple roula , de la possession et de la liberté, dans le servage et dans la misère. La féodalité était constituée.
Sans doute le seigneur n’avait pas sur le vilain, comme jadis le maître sur l’esclave , une puissance absolue ; mais le vilain était son sujet , et le seigneur, comme souverain , le pouvait à son gré tailler et imposer; comme propriétaire, il en pouvait exiger et il en exigea trop souvent ces redevances toujours odieuses, souvent absurdes, par lesquelles l’homme se trouve plus asservi, plus humilié, que par les sévérités les plus cruelles de l’esclavage.
Quant aux serfs, « Leur sire, dit Beaumanoir au « chapitre 45 de sa Coutume du Beauvoisis, peut « penre tout que ils ont, à mort et à vie, et les corps « tenir en prison toutes les fois qu’il lui platt, soit à
« tort soit à droit. Il n’est tenu à répondre fors à >< Dieu. »