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KT *.F, TR AV A II

la force de la royauté jusqu’au jour où, à ce jeu de bascule dont elle était le pivot , la royauté Huit par s’user elle-même.

Ce sont les résultats de oe crime royal contre l’unité morale de la France qu’un ministre accusait en ces termes dans un Mémoire au roi : « La nation « est une société composée de différents ordres, mal « unis, et d’un peuple dont les membres n’ont entre

* eux que peu de liens, et où par conséquent personne « n’est occupé que de son intérêt particulier. Nulle « part il n’y a d’intérêt commun visible : les villages « et les villes n’ont pas plus de rapports mutuels que « les arrondissements auxquels ils sont attribués; ils « ne peuvent même s’entendre pour mener les tra-

* vaux publics qui leur sont nécessaires. »

Déjà, sous le roi Jean, le Dauphin de France, qui devint le roi Charles V, avait signalé dans les corporations ce germe de ruine. « En greigneur partie, « disait-il, sont faits plus en faveur et proufit des « personnes de chacun niestier que pour le bien com- « mum »

La plaie secrète des jurandes et des maîtrises avait tellement grandi au dix-huitième siècle que, d’après même un de leurs historiens les plus dévoués , l’opposition d’intérêts qui existait de l’une à l’autre avait rendu presque tout progrès impossible dans l’industrie. Choque corporation étant maîtresse absolue dans le genre de travail dont ses statuts lui garantissaient

le monopole, il n’en était pas une qui ne pût, par 10.

LA ROYAUTÉ

exemple, empêcher une amélioration quelconque dans tout produit pour lequel le concours de quatre ou cinq professions était nécessaire ; il lui suffisait de se refuser, par routine, intérêt, esprit de corps, envie de nuire , à faire autrement qu’elle n’avait fait jusque-là.

Et personne n’avait rien à lui dire, pas même le pouvoir ; car elle se serait présentée avec quelque arrêt du conseil, qui, s’armant d’un grand luxe de contraventions, de procès-verbaux et d’amendes, lui interdisait ou lui ordonnait certains procédés, certaines matières, certaines formes, certaines localités, certains produits. Maître des cultures de la terre, l’État voulait l’être aussi des fabrications de l 'industrie. Celte ubiquité, cette omniscience, celte omnipotence de réglementation constituaient bien certainement un despotisme plus fatigant, plus tracassier que ne l’avait jamais été le pouvoir des Césars : celui-ci répondait à l’esclavage , et celui-là avait la prétention de répondre à ce qu’exigeait l’affranchissement du servage et de la féodalité. Les Césars opprimaient franchement et ne se vantaient pas de faire de la liberté; Louis XIV donnait pour motif à son despotisme le bonheur de ses peuples.

La plus détestable tyrannie est celle qui prend le masque des intérêts et du salut de l’humanité ; car elle aspire à se procurer les bénéfices matériels du pouvoir absolu avec l’autorité morale que donnent les sollicitudes bruyantes de la prospérité publique.

Quand ce régime des jurandes aura duré de

ET LE TRAVAIL

Louis IX à Louis XVI, rie la seconde moitié du douzième siècle aux dernières années du dix-huitième , alors, seulement alors, viendra un ministre honnête homme qui , en face des iniquités enracinées par ce long espace de temps, osera proclamer que « le droit de tra- « vailler est la propriété première, la plus sacrée, la « plus imprescriptible de toutes; que toute loi qui « lui porte atteinte viole le droit naturel et doit être « considéré comme nulle de soi; que les corporations « existantes sont, en outre, des institutions bizarres « et tyranniques, produit de l’égoïsme, de la cupidité « et de la violence. » Mais quand l’illustre Turgot sera tombé sous les clameurs et les intrigues des injustices qu’il voulait extirper, quinze années s’écouleront encore avant que la royauté de l’usurpation et la société du monopole se décident, mais trop tard comme toujours, à jeter aux Ilots montants de la mer plébéienne tous ces privilèges de la noblesse , du clergé et de la bourgeoisie , de la liberté et du travail , dont le poids les faisait sombrer.

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